Un Suédois à Paris au 18e siècle. La collection Tessin


Paris, Musée du Louvre, du 20 octobre 2016 au 16 janvier 2017.

« Dans le portrait de M. de Tessin, grand maréchal de Suède, on reconnaît l’homme de haute naissance et de grand air, l’homme d’un génie supérieur, l’homme d’esprit et de goût, l’homme estimé et chéri des Suédois1 ».

Depuis 19502, un certain nombre d’expositions ont permis au public français de découvrir le nom de Nicodème Tessin le jeune (1654-1728) qui fut sans doute, avec son fils, l’un des plus francophiles sinon le plus francophile des Suédois. Avant tout consacrées aux dessins de sa collection et à l’influence de Versailles et des aménagements parisiens3 sur le Royaume de Suède, elles laissaient ce fils, Carl Gustaf (1694-1770), dans l’ombre. Seule la grande exposition qui célébrait, 40 ans plus tard, les rapports entre nos deux pays au XVIIIe siècle4, sut lui faire une place. C’est tout l’honneur du Département des Arts Graphiques du Musée du Louvre, appuyé par le Département des Peintures, d’avoir organisé, grâce à la générosité du Nationalmuseum de Stockholm (actuellement en travaux), cette très belle exposition, diplomatique au meilleur sens du terme, qui permet enfin de lui rendre, en France5, un véritable hommage. Il était fils et petit-fils d’architectes de la Cour et son père fut conseiller du roi de Suède, baron puis comte et Surintendant de ses Bâtiments (fonction calquée sur le modèle français). Il séjourna en France en 1687 et, en plus de ses visites à Versailles, Marly ou Meudon, il en profita pour acquérir - puis se faire envoyer - des dizaines de projets, d‘esquisses, et de dessins d’ornements, dont il saura s’inspirer dans les plans du nouveau palais de Charles XII (chantier qui se prolongea, avec plusieurs interruptions, de 1697 à 1750). Nicodème rédigea même un Traité de la décoration intérieure, publié en 1717, témoignant de ses influences. Après sa mort, en 1728, Carl Gustaf lui succéda officiellement comme Surintendant et responsable du chantier, mais ce fut l’architecte Carl Härleman (1700-1753), un ami personnel et l’autre source du très riche fonds de dessins d’architecture et d’ornements du musée de Stockholm, qui dirigea de fait le chantier jusqu’à sa mort6. En effet, Carl Gustaf ne voulut jamais être un praticien mais « un homme à idées » et, pour son malheur, un amateur passionné et un acteur politique.

Lors d’un premier séjour à Paris en 1714, où il devait, selon la volonté de son père, entrer en apprentissage auprès de Jean Berain mais surtout se pénétrer de l’architecture et des décors francais7, il eut le privilège d’être présenté au Roi même si les projets de Nicodème (pour le Louvre ou pour le Temple d’Apollon à Versailles) ne recevront guère d’écho. Après un bref séjour italien, plus mondain, Carl Gustav était de retour dans la capitale à l’hiver 1718 mais, après la mort subite de Charles XII, qui finançait son voyage, il dut rentrer à Stockholm. Si les aspirations administratives et politiques de Carl Gustav Tessin constituent globalement un échec, cette exposition montre qu’il en fut tout autrement dans le domaine artistique. En effet, l’éducation soigneuse qu’il avait reçue, sa curiosité et un beau mariage (avec Ulla Sparre qui, en plus de sa fortune familiale, était une filleule de Louis XIV), le préparaient à tirer pleinement parti de ses deux autres séjours à Paris. Il commença à acheter des tableaux dès son voyage de noces (1728-1729)8, mais c’est lors de son ambassade officieuse, entre 1739 et 1742, qu’il profitera pleinement de ses contacts et des loisirs9 que lui laissaient ses activités. Carl Gustaf, qui fut chargé de défendre la cause de la Suède10, de faire venir des artistes français et d’acquérir des œuvres qui puissent contribuer au décor du Palais Royal, effectua des achats officiels, où il rencontra bien des difficultés11, mais surtout personnels12. Malheureusement, après son retour en Suède, et même s’il exercera des fonctions assez importantes auprès de la nouvelle Reine, Louisa Ulrika (1720-1782), son appétit pour les Arts (« Est-ce qu’un homme affamé, ayant des dents et sa liberté, peut se tenir auprès d’une table dressée sans manger »13) et ses ambitions politiques, le plongeront dans une situation financière délicate14. Il devra céder l’essentiel de sa collection de tableaux à son souverain dès 174915, et la plus grande partie de ses dessins l’année suivante, au prince héritier, sans pourtant cesser d‘acquérir livres et œuvres d’art quasiment jusqu’à sa mort en 177016 . Le plus célèbre de ces achats ultérieurs est sans doute le magnifique Canard blanc d’Oudry17, disparu depuis 1992.

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1. Salvator Rosa (1615-1673)
Jason enchantant le dragon
Plume, encre brune et lavis - 310 x 198 mm
Stockholm, Nationalmuseum
Photo : Stockholm, Nationalmuseum
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L’exposition, scandée par des cloisons qui, à deux exceptions près18, font un écho aux couleurs suédoises (le bleu profond et le jaune), commence par présenter l’homme et ses proches. C’est l’occasion de voir de premiers dessins, dont un magnifique Salvator Rosa (ill. 1) et un des projets de son père pour le Louvre, des petits bronzes et un buste à l’antique, témoignages de sa formation classique qu’il héritera de son père, puis certains de ses achats parisiens (Lancret et Pater). Watteau était déjà hors de prix à l’époque des séjours de Tessin à Paris et les deux Watteau du musée de Stockholm n’y sont arrivés qu’en 1953 (La Leçon d’Amour)19 et 1962 (La Sérénade Italienne)20. Après ce portrait en creux, l’homme se découvre, à l’occasion de son dernier voyage, par l’effigie, quasi-officielle et à mi-corps, où il pose en plastron guerrier, peinte par Louis Tocqué (1696-1772). Avant d’entrer dans la salle suivante, l’œil peut hésiter entre son superbe Vénus et Adonis de François Lemoyne21, et Le Jugement de Paris de Noël-Nicolas Coypel, qui ouvrent le florilège d’une collection qui comportait près de 70 tableaux français. On peut s’y délecter du grand Boucher (Vénus au bain avec les nymphes), qui lui arracha ce cri « Cospetto ! Que bella cosa ! »22, et admirer, en face, le comte, représenté, en véritable amateur lettré23, par Jacques-André-Joseph Aved (1702-1766). Ce tableau, lui aussi exposé au Salon de 1740, où Tessin tient en main un autre nu, la Galatée de Jules Romain d’après Raphaël, est flanqué de l’effigie de son dachshund devant un gibier24 brossée par Oudry, qui est recadré sur la couverture du catalogue.

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2. Vue d’une des salles
Photo : Usofp
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Après un premier Chardin, La Toilette du matin, qui est un unicum raffiné25, la cimaise (ill. 2) se poursuit avec la jolie Attache du patin de Lancret et un portrait de Nattier. Puis deux beaux morceaux de chasse, le Barbet débusquant un butor d’Oudry et un Lièvre de Chardin, faussement minimaliste (il demande qu’on s’arrête sur ses détails), accompagnés d’une somptueuse Nature morte aux pêches où Desportes rend hommage aux plus grands orfèvres francais, concluent, en quelque sorte, ces distractions. Un premier choix de dessins français (Oudry, Watteau, Lemoyne, le curieux Chantereau, Boucher, Natoire), accompagne deux tableaux de Boucher, aux connotations évidentes26 : une Leda et le cygne, où elle est opportunément accompagnée d’une suivante, et la Jeune femme à sa toilette de la collection Thyssen (le seul tableau interdit de photographie), quasi pendant de La Marchande de mode (ill. 3), commandée par Louise Ulrika, qui était venue à Paris en 1994. Dans le genre, pourtant très fréquenté, des tableaux de cabinet, ces œuvres suffiraient presque à confirmer la suprématie qui est généralement accordée à la peinture française de cette époque.


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3. Francois Boucher (1703-1770)
La Marchande de Modes
Huile sur toile - 54 x 63 cm
Stockholm, Nationalmuseum
Photo : Stockholm, Nationalmuseum
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4. Pietro Testa (1612-1650)
Étude pour la figure d’Apollon
Sanguine - 41,7 x 25,9 cm
Stockholm, Nationalmuseum
Photo : Stockholm, Nationalmuseum
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Après avoir traversé le passage, on peut découvrir - ou se rappeler - que Carl Gustaf Tessin se trouvait à Paris au moment de la vente Crozat dont on peut voir la Description sommaire des dessins, rédigée par Pierre-Jean Mariette et, selon l’aveu de Tessin, l’auteur et l’ouvrage furent ses guides. Organisée du 10 avril au 13 mai 1741, cette vente fut sans doute la plus grande dispersion de dessins anciens du XVIIIe siècle, et Carl Gustaf sut y faire très bon choix27. On peut voir, autour du Portrait d’homme de Ghirlandaio tracé à la pointe de métal, dont le tableau du Louvre a popularisé le nez marqué par la maladie, l’un des rares véritables montages conçus par Vasari, les collectionneurs de dessins étant souvent respectueux de leurs illustres prédécesseurs. Organisé selon les rubriques choisies par Tessin28 (« Dessins d’élite », avec de superbes feuilles de Dürer, Goltzius, et Grünewald, « Têtes & Portraits », « Académies », dont un très beau Pietro Testa tout en tension (ill. 4), « Animaux »), le choix présenté ici, qui pourrait tourner au name-dropping (Raphaël, Titien, Primatice, Barocci (ill. 5), Reni, Zuccaro, Ricci et, plus loin, Rembrandt, Rubens, Van Dyck, Jordaens…), est celui de la beauté des feuilles et, donc, de la délectation. Les quelques dessins français29 (Bellange, Callot, Mellan, Le Sueur, La Fosse, Watteau, Antoine Coypel…) exposés ici n’ont pas à démériter. Les deux feuilles de Chauveau qui montrent le chancelier Séguier et sa suite avançant comme dans le chef-d’œuvre de Le Brun30, le recueil de dessins de costumes de théâtre, acheté - avec 24 autres - dans la vente Carignan, ou la Hure de sanglier, dessin du jeune Chardin, soulignent, encore une fois, l’éclectisme31 de Tessin.


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4. Federico Barocci (1526-1612)
Jeune homme en profil perdu
Pierre noire et sanguine sur papier bleu - 367 x 253 mm
Stockholm, Nationalmuseum
Photo : Stockholm, Nationalmuseum
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6. Robert Le Vrac Tournières (1667-1752)
Pomone d’après Aert de Gelder.
Huile sur toile - 78 x 64 cm
Stockholm, Nationalmuseum
Photo : Stockholm, Nationalmuseum
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Parmi les 243 dessins et pastels vendus par Tessin à Frederik Ier, les Français sont en minorité, ce qui est le cas dans d’autres collections suédoises de cette époque32, qui font, comme en France, la part belle aux Nordiques. Mais le choix des quelques tableaux de cette école qui sont exposés à Paris, à l’exception de la curieuse Tête d’homme au nez lui aussi abîmé du Monogrammiste I. S. ou de l’Étudiant endormi de Constantin Verhout, presque estompé dans ses rêves, nous ont moins marqué que ses tableaux français ou ses dessins. Ils confirment que Tessin, qui fut un bon client de Gersaint, y dérogeait peu au goût du temps (têtes « de Rembrandt », natures mortes (illustrées ici par Snyders et un très joli Melchior de Hondecoter) et scènes de genre à la Teniers), auxquels certains artistes, comme Grimou ou Tournières (ill. 6), rendent un hommage (très) appuyé. Un petit espace évoque la vente organisée par ses héritiers en 1786, composée d’autant de belles feuilles (on voit ici Stradan, (2) Rembrandt, Breughel…) dont il n’avait pas voulu se séparer mais que le Nationalmuseum a pu parfois racheter un siècle plus tard. Après une Religieuse déshabillée au verso par Meytens, comme il devait s’en barbouiller des dizaines, la dernière salle, plus réduite, évoque son cadre de vie à Akerö avec une image de la lande suédoise, le portrait de son épouse, qui est un des chefs-d’œuvre de Nattier, puis une reconstitution de son cabinet de travail mêlant objets (fauteuil, bureau et cartel rocaille, carlins en porcelaine, bronzes, portraits au pastel) et photos (d’un cabinet en laque et des rayonnages de sa bibliothèque).

Au risque du lieu commun, Carl Gustav Tessin fut un parfait ambassadeur des Arts français à la Cour de Suède. En plus des achats faits pour son roi33 et des équipes de peintres et de sculpteurs que son père ou lui-même firent venir à Stockholm34, il collectionna, mais sans égoïsme car, selon ses propres mots, « on ne met pas ses atours en pure perte », et cette très belle exposition montre qu’il mena ces différentes activités avec un goût souvent très sûr.

Commissaires : Xavier Salmon, Guillaume Faroult, Juliette Trey, Magnus Olausson et Carina Fryklund.


Collectif, Un Suédois à Paris au XVIIIe siècle. La collection Tessin, Coédition musée du Louvre éditions / Liénartéditions, 2016, 256 p. , 35 €. ISBN : 978-2359061789.

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Informations pratiques  : Musée du Louvre. Ouvert tous les jours, sauf le mardi, de 9 h à 18 h. Nocturnes les mercredi et vendredi jusqu’à 22h. Tarif : 15 €.


Moana Weil-Curiel, dimanche 18 décembre 2016


Notes

1Commentaire de l’Abbé Desfontaines sur le portrait de Tessin présenté par Aved au Salon de 1740 (Exposition de peintures, sculptures et gravures, Paris, 1740, p. 183), cité par Pontus Grate (French Paintings II. Eighteenth Century, Stockholm, 1994, p. 52) et par Guillaume Faroult dans la notice du tableau.

2La Bibliothèque Nationale organise alors deux expositions : Dessins du Nationalmuseum de Stockholm. Collections Tessin et Cronstedt : I. Claude III Audran (1658-1734) et II. Dessins d’architecture et d’ornements.

3Par exemple, Dessins du NationalMuseum de Stockholm. Collection du comte Tessin 1695-1770 Ambassadeur de Suède près la Cour de France, Paris, Musée du Louvre, Cabinet des Dessins (octobre 1970 - janvier 1971) ; Le Marais, place Vendôme, les Invalides. Dessins d’architecture des XVIIe et XVIIIe siècles provenant des collections du Nationalmuseum de Stockholm, Institut Culturel suédois (6 juin - 13 juillet 1972) ; Versailles à Stockholm, Paris, Institut Culturel Suédois (septembre - octobre 1985). Cette exposition donna lieu à un colloque, organisé à Versailles, dont la plupart des actes n’ont jamais été publiés.

4Le Soleil et l’Étoile du Nord. La France et la Suède au XVIIIe siècle, Paris, Galeries nationales du Grand Palais, 15 mars-13 juin 1994. La Vénus au bain et la Marchande de mode de Boucher, les deux Chardin, la Nature morte aux pêches de Desportes, l’Attache du patin de Lancret et les Divinités fluviales de Natoire y étaient exposés.

5Dans les pages d’introduction du catalogue, Magnus Olausson, Directeur des collections du Nationalmuseum, fait état de la bibliographie qui lui est consacrée en Suède. Du côté français, citons le bref article de Marianne Roland-Michel, qui est en rapport direct avec cette exposition : « Les achats du Comte Tessin », Revue de l’Art, 1987, n° 77, p. 26-28, et les pages que Gunnar Von Proschwitz consacre à son séjour parisien et à ses achats, dans le catalogue de 1994. N’oublions pas que l’Institut Culturel Suédois de Paris porte officiellement son nom et expose, comme en hommage, un certain nombre d’œuvres déposées par le Nationalmuseum.

6Les réaménagements, dans le style néo-classique à la mode en France, engagés par le roi Gustav III à partir de 1771, furent de bien moindre ampleur. Sauf les tableaux de Chardin (dont Le Jeune Dessinateur) qu’il rachètera dans la succession de son père, les peintres français qu’il va privilégier seront eux aussi modernes : aux Beys, Desprez (qu’il fera venir à Stockholm), Gagnereaux et Sablet acquis lors de son séjour en Italie en 1784, il ajoutera notamment quatre Lagrenée (2 cuivres et 2 toiles) et quatre Loutherbourg venant du Comte Gustaf Philip Creutz, qui fut lui aussi ambassadeur à Paris.

7« Selon mes advis il doit imiter la décoration intérieure et les commodités à l’égard de la Française, et l’extérieur par rapport à l’Italienne » (passage d’une lettre de Nicodème Tessin à Daniel Cronström datée du 30 juillet 1714, citée par M. Olausson dans l’essai biographique qui ouvre le catalogue). Plus tard, à l’initiative de Caylus, Jean-Joseph Le Lorrain proposa deux projets de décor pour le château de Tessin à Akerö. Ayant rejeté le premier, Carl Gustaf fit adapter le second par Olof Fridsberg dix ans plus tard.

8Il achète alors le Noël-Nicolas Coypel, le François Lemoyne, deux Lancret et un Pater, tous exposés à Paris. Les deux Desportes (Les apprêts du Déjeuner d’huîtres et Les Apprêts du Déjeuner de jambon, Stockholm, Nationalmuseum, Inv. NM 798-799) achetés lors du même voyage, sont évoqués ici par un troisième tableau, une Nature morte de pêches et d’orfèvrerie.

9Comme le rappelle Guillaume Faroult dans le catalogue, Carl Gustav se piqua de rédiger un conte de fées, Faunillane ou l’Infante jaune, édité (« A Badinopolis ») pour le cercle d’amis qui pouvaient avoir le plaisir de s’y reconnaître, et qu’il fit illustrer par Boucher. L’exemplaire personnel de Tessin (Stockholm, Bibliothèque Royale, Rès., RAR 57) est exposé à Paris mais, dans sa notice, G. Faroult en signale un autre à la Bibliothèque de l’Arsenal.

10La Suède, qui avait perdu la Finlande et les pays baltes occupés par la Russie, avait besoin de soutiens, le Danemark restant méfiant. La France espérait de son côté qu’elle l’aiderait à réinstaller Stanislas Leczynski sur le trône de Pologne (sa fille, la nouvelle reine de France, avait passé trois ans à Stockholm). Cette alliance fut formalisée par un Traité signé le 20 mars 1741, hélas suivi de défaites militaires.

11Les députés, qui s’opposent à des achats permettant, selon lui, d’accélérer le chantier, et de n’être pas « borné aux peintures qui se trouvent en Suède, [sont] des profanes qui ne verront ces beautés que par le gros du mur » (passage d’une lettre de Carl Gustav Tessin à Carl Härleman, datée du 11 juin 1742, citée par M. Olausson, dans le second texte du catalogue). Mais, hier comme aujourd’hui, ce sont souvent ces « profanes » qui détiennent le pouvoir d’autoriser ces achats ou pas... et Tessin avait consacré la somme annuelle destinée au décor du château, à l’acquisition des seuls tableaux d’Oudry.

12Son portrait par Aved, trois Boucher, quatre Chardin, deux Nattier, d’autres Desportes (dont ses adorables Lapins dans un paysage exposés en 1994), un Tocqué, etc. Parfois les tableaux n’étaient plus accessibles : on sait que Tessin avait payé à Chardin deux « répétitions » du Bénédicité et de la Mère Laborieuse offerts à Louis XV. De même, il avait fait faire par Donat Nonotte une copie de L’Allégorie de l’Amour Conjugal de Jean-François de Troy, dont l’original est aujourd’hui à Copenhague.

13Constat en forme d’excuse écrit par Tessin dans son Journal en 1761, cité par M. Olausson.

14Quand Carl-Gustaf quitte Paris, il devait 100 000 livres au banquier Paris de Montmartel, dette importante qui a obéré sa situation et contribué aux ventes de 1749.

15Frederick Ier les présentera à la princesse héritière Luise Ulrika, sœur de Frédéric II. Grâce aux conseils de Tessin, elle avait déjà rassemblé une jolie collection où brillaient deux Boucher (dont La Marchande de modes) et six Chardin.

16L’année précédente, Carl Gustav avait eu le bonheur de recevoir, dans son château d’Akerö, le roi puis la famille royale, réconciliés avec leur vieux « Tess ».

17Le tableau, exposé au Salon de 1753, vendu par sa succession en 1771, passe alors en Angleterre. Il n’a pas été retrouvé depuis son vol en 1992.

18Les deux cimaises longues de la salle des peintures françaises reprennent le dessin d’une boiserie crème soulignée par une moulure rose, comme pour souligner leur caractère aimable. Celles de la salle des peintures nordiques sont traitées dans un blanc crème souligné d’un liséré vert amande qui change agréablement des couleurs sombres qu’on associe souvent à ces tableaux.

19Inv. NM 5015. T. 43,8 x 60,9 cm. Ancienne collection de Fréderic II. Achat permis par plusieurs contributions et une souscription nationale.

20Inv. NM 5650. T. 33,5 x 27 cm. Anciennes collections Titon du Tillet, Randon de Boisset et Rotschild. Don anonyme via les Amis du Musée.

21Pontus Grate rappelait (op. cit., p. 188) que, dans les années 1780, ce tableau, qu’il vaudrait mieux appeler Les Adieux de Vénus à Adonis comme le faisait le peintre (voir la notice de G. Faroult), était le seul, avec le Jugement de Pâris de Noël-Nicolas Coypel, qu’avait retenu Gustav III pour représenter le dix-huitième siècle français dans la galerie du Palais Royal de Stockholm.

22Dans la notice du catalogue, G. Faroult rappelle la citation complète : « Boucher m’a fait une Naissance de Vénus : Cospetto ! Che bella cosa ! Il n’ [y] a des yeux que comme les vôtres qui en soient dignes » (Lettre de Tessin à Harleman, datée du 22 juillet 1740, année où le tableau, payé 1 600 livres, est exposé au Salon).

23Tessin n’aimait guère la pose « bourgeoise » favorisée par l’artiste dans ce tableau destiné à son ami Härleman. Après la mort de celui-ci en 1753, le tableau se retrouve dans la descendance du modèle jusqu’à son achat pour le musée par la Société Tessin en 1960.

24Comme le rappelle G. Faroult, Pehr, qui est un cadeau royal, est déjà présent dans le portrait du couple Tessin peint par Martin Van Meytens, à Vienne vers 1735 et son maître avait même envisagé de le faire sculpter par Bouchardon.

25Philippe Conisbee y voyait « [le] tableau de genre le plus exquis et le plus touchant de Chardin ». G. Faroult souligne sa proximité avec les « fines observations sur la décence et les subtilités de la vie intérieure féminine » décrites par Marivaux dans la Vie de Marianne. Or, comme il le rappelle, l’auteur dramatique était un autre habitué de l’appartement des Tessin durant leur séjour à Paris…

26Dans la notice du tableau de Pater (cat. 15), G. Faroult a sans doute raison d’insister sur la part importante des modèles féminins voire des sujets licencieux dans les tableaux acquis par Tessin lors de ses séjours parisiens et il souligne ailleurs, dans la notice de la Vénus (cat. 17), les affinités libertines entre Tessin et Boucher.

27Preuve de sa folie ou de sa passion ? Tessin acquiert 2 057 dessins à cette vente pour un montant de 5 072 livres 10 sols alors que le loyer de sa maison, quai des Théatins, était de 8 500 livres.

28Celle des « Scènes d’histoire » est illustrée par le dessin de Lemoyne (L’Idolâtrie de Salomon) et celui, rehaussé d’aquarelle, de Natoire (Les nymphes de Calypso) qui sont exposés dans la salle précédente.

29L’exposition de 1994 égrenait les noms - et les feuilles - de Nicolo Dell’Abate, Bellange, Callot, Deruet, Vouet, Mellan (dont le ravissant portrait supposé d’Henriette d’Angleterre), Jean Jouvenet, Antoine et Charles-Antoine Coypel, Watteau, Lemoyne, la Hure de sanglier et la Vinaigrette de Chardin, Jean-François de Troy, Pierre-Charles Trémolières…

30Le tableau est entré au Louvre en 1942 et c’est en 1944 qu’Anthony Blunt et Charles Mauricheau-Beaupré surent le rapprocher de son train lors de l’Entrée du couple royal à Paris le 26 août 1660, grâce aux inscriptions d’autres feuilles conservés à Stockholm et du témoignage de Nivelon (voir la notice de B. Gady).

31Un tableau comme le véritable Portrait de plante (en pot), attribué à Henri-Horace Roland de La Porte (Inv NM 5431), aurait pu surprendre lui aussi le visiteur parisien.

32D’ailleurs quand Louise Ulrika sera elle aussi obligée de vendre ses œuvres d’art et qu’elle cédera Drottningholm (construit par le grand-père de Carl Gustaf) avec tout son mobilier à l’État, les œuvres du XVIIIe français y seront laissées voire délaissées, y compris après la création du Royal Museum en 1792 : le premier catalogue n’en compte que 37. Il faudra attendre l’ouverture du Nationalmuseum en 1866 pour que la situation évolue favorablement.

33Dès 1740, ce sont onze tableaux d’Oudry qui arrivent à Stockholm, dont la monumentale Chasse au Cerf (T. 303 x 435 cm). Dix-sept autres peintures arrivent entre 1745 et 1747 dont six Boucher et autant de Natoire, deux autres Oudry, deux Carle Van Loo et un Restout rejoint par un second en 1748 (deux « sujets d’Alexandre », 122 x 152 cm et 126 x 152 cm). Dix-neuf de ces vingt-neuf tableaux ont étés replacés, depuis 1949, dans les Appartements royaux (Voir P. Grate, op. cit., 1994).

34Les plus renommés ayant refusé leurs invitations, C. Harleman pouvait constater que « je sens nos facultés trop petites pour de si grands personnages » (cité par M. Olausson, op. cit.).





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