Un Rubens trouvé sur une brocante !


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Pierre-Paul Rubens (1577-1640)
Portrait d’un ecclésiastique
Huile sur toile - 85 x 60 cm
Collection particulière
Photo : D. R. (domaine public)

1/4/14 - Découverte - C’est bien un Rubens ! C’est la formidable nouvelle que l’expert Richard Cartier a annoncé à l’heureux propriétaire d’un Portrait d’ecclésiastique qui l’avait déniché il y a dix ans sur une brocante des environs de Nice. Dix ans pour, enfin, faire reconnaître l’authenticité de cette toile qu’il avait acquise pour seulement 100 euros. L’œuvre est désormais en cours d’étude par le Louvre qui devrait bientôt rendre son verdict, mais pour le spécialiste, le doute n’est plus permis : « Nous avons procédé à toutes les analyses nécessaires, au carbone 14, aux polyéthylènes, aux rayons X et aux rayons infra-violet, une toute nouvelle technique que j’ai inventée, et tout nous dit que l’œuvre a été peinte à Anvers vers 1615, par Rubens. C’est scientifique. »

C’est la fin d’un long combat pour son propriétaire, un comptable de Carcassonne qui souhaite rester anonyme et que nous appellerons Jean. Il se trouvait alors en vacances sur la Côte d’Azur et avait hésité à se rendre sur la brocante où il l’a trouvée, des amis l’ayant invité à venir prendre un pastis. « C’est fou, quand j’y pense, j’aurais pu passer complètement à côté… Mais dès que j’ai vu ce tableau, j’ai su que c’était important. On voit tout de suite que c’est une grande main. D’ailleurs, regardez, c’est comme si le modèle vous suivait des yeux quand vous vous déplacez devant lui. Seul un maître est capable de cela. »
Jean n’avait alors aucune formation en histoire de l’art. « C’est simple, je croyais que Rubens était le leader d’un groupe de heavy metal se souvient-il en souriant ». Mais armé de son seul œil et de son instinct, il décide alors de faire des recherches sur la toile qu’il vient d’acquérir. « Au début, tout le monde se moquait de moi. Tu nous fatigues avec ta croûte me disait ma femme ! Mais j’ai persévéré ».
Pendant dix ans, Jean va donc visiter les experts de Rubens du monde entier, de la Chine à l’Alaska. Le premier espoir est venu des États-Unis lorsque John Rupert, directeur du Rubens Institute de Milwaukee accepte enfin de le recevoir. « C’était très émouvant se rappelle Jean. Le professeur Rupert nous a d’abord accueillis avec méfiance. Mais dès qu’il a vu le tableau, il a immédiatement prononcé le nom de Rubens. J’ai failli pleurer, j’ai immédiatement envoyé un SMS à ma femme pour lui dire qu’elle avait eu tort de me quitter, que c’était bien un Rubens, que je n’étais pas fou et obsessionnel comme elle ne cessait de me le répéter. Ça m’a fait un bien fou. Parce qu’elle ne cessait de le répéter, que j’étais fou et obsessionnel. Alors que non, je ne suis pas fou et obsessionnel. Ni fou, ni obsessionnel ! ».

Jean et Richard Cartier ont écrit un livre sur ce tableau, publié par voie électronique et qui pourra être téléchargé pour la modique somme de 39 €. « La vérité sur le Rubens retrouvé » décrit, comme un véritable feuilleton, la redécouverte et l’attribution de ce tableau. « En réalité, cette peinture remet en cause tout ce que l’on connaissait sur Rubens. C’est une œuvre clé dans sa carrière, l’aboutissement de sa formation et le début de sa maturité. »
Selon John Rupert, l’œuvre pourrait valoir dix millions d’euros au minimum. Un grand marchand parisien aurait déjà offert cette somme, mais Jean n’a pas donné suite : « J’ai vu dans un journal qu’un tableau de Rubens s’était vendu en 2002 presque 50 millions de livres. Je ne suis pas un gogo. » Son rêve secret, en réalité, est de voir le tableau accroché au Louvre : « Je serais prêt à faire un effort financier très conséquent pour que ce chef-d’œuvre finisse au Louvre. Pour 45 millions d’euros, c’est à eux. Mais il faut qu’ils se dépêchent, car un grand musée américain est déjà sur les rangs. »

Voilà qui nous change des attributions ridicules et des découvertes qui n’en sont pas. Souhaitons qu’une entreprise mécène ou une souscription puissent faire rentrer ce Portrait d’ecclésiastique dans les collections publiques françaises. On ne comprendrait pas qu’une fois de plus un trésor national comme celui-ci finisse dans un musée étranger.


Didier Rykner, mardi 1er avril 2014





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