Un Ribera pour San Diego


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Jusepe de Ribera (1591-1652)
Saint Jacques le Mineur, vers 1632
Huile sur toile - 119,5 x 98 cm
San Diego Museum of Fine Art
Photo : SDMA

30/11/16 - Acquisition - San Diego, Museum of Art - Avant sa restauration, la peinture était considérée comme une œuvre de l’atelier de Ribera ; elle est désormais considérée comme du maître lui-même par le musée américain de San Diego qui l’a achetée à deux galeries associées pour l’occasion, Rafael Valls (Londres) et Helena Mola (Madrid).
Elle montre saint Jacques le Mineur selon une formule chère au peintre : l’apôtre est présenté sur un fond neutre, et coupé par le cadre en-dessous de la taille ; l’effet de clair-obscur renforce l’accent dramatique de son attitude, les yeux levés au ciel, le visage tendu vers la lumière.
La toile était auparavant conservée dans une collection privée napolitaine avant d’apparaître sur le marché anglais chez Fergus Hall Master Paintings, qui l’a fait restaurer - une signature est alors apparue - et la proposait pour 1,1 millions de livres.

Le personnage que l’on croyait être Jacques le Majeur, fils de Zébédée, est en réalité Jacques le Mineur : les attributs des deux saints sont relativement similaires, puisqu’ils tiennent chacun un livre et un bâton. Néanmoins, le Majeur (l’aîné) est doté du bourdon de pèlerin, tandis que le Mineur porte une sorte de gourdin, instrument de son martyre. En effet, comme le raconte Jacques de Voragine dans la Légende dorée, Jacques fut précipité dans le vide du haut du temple, mais survécut à sa chute, alors un homme lui fracassa la tête avec une « perche de foulon ».
Par ailleurs, la tradition veut que le Credo ou Symbole des apôtres ait été inspiré à ceux-ci par l’Esprit Saint avant qu’ils ne se séparent pour aller prêcher l’Évangile. Chaque apôtre aurait reçu deux articles du Credo. Ainsi Jacques le Majeur est couramment associé à cette phrase « Qui conceptus est de Spiritu Sancto, natus ex Maria Virgine » (« Qui a été conçu du Saint Esprit et né de la Vierge Marie »), Jacques le Mineur aurait quant à lui entendu ce passage « Ascendit ad caelos, sedet ad dexteram Dei Patris omnipotentis. » (« Il est monté au ciel, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant »), que l’on peut justement lire sur la toile de Ribera. La lumière qui descend sur le livre et qui éclaire le visage de l’apôtre semble donc incarner l’Esprit Saint dictant ces articles à Jacques.

L’œuvre aurait été peinte autour de 1632 ; le modèle dont s’est inspiré Ribera apparaît dans d’autres tableaux notamment Saint Joseph et l’Enfant Jésus conservé au Prado et réalisé entre 1630 et 1635, mais aussi Saint Jacques le Majeur, toile aux dimensions similaires, visible au Musée des Beaux Arts de Séville et datée de 1634.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, mercredi 30 novembre 2016





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