Un rapport parlementaire sur les musées (suite)


Le 9 juillet dernier, nous avons mis en ligne un article à propos d’un prérapport sur les musées demandé par la Commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée Nationale et confié à quatre députés. Le sujet exact était : « la gestion des réserves et dépôts des musées ».
Ce prérapport témoignait d’un travail sérieux qui ne comportait pas d’erreurs importantes, mais pas non plus de révélation particulièrement marquante. Il laissait craindre, comme nous l’écrivions, des recommandations discutables et la publication du rapport définitif est à ce titre plutôt une bonne surprise. Il ne comporte en effet que peu de préconisations inacceptables - même s’il y en a - et on y trouve même de bonnes choses ce qui, dans ce domaine des rapports parlementaires, n’est pas si fréquent. En revanche, il ignore ou met de côté beaucoup de sujets qu’il aurait été beaucoup plus pertinent d’aborder que certains des quatre sur lequel il s’est penché.

Nous aborderons successivement les quatre sujets étudiés, dans l’ordre où ils le sont.

1. Le récolement décennal.

Cette partie importante nous semble pour une large part hors sujet compte tenu de ce qui était demandé. Le rapport entre le récolement et les réserves paraît évident, celui entre le récolement et les dépôts aussi, mais rien ne justifiait de s’attarder aussi longuement sur cette affaire du récolement. Les députés voudraient en effet en faire quasiment l’alpha et l’oméga de la gestion des musées. Cela nous paraît tout à fait ridicule. Ils prennent d’ailleurs souvent comme exemple les musées allemands. Or, le directeur des arts et de la culture du ministère bavarois de l’éducation, de la culture, de la science et des arts, a déclaré aux rapporteurs qui l’ont interrogé qu’il « se félicitait de ce que les musées allemands ne se soient pas imposés une telle contrainte ».

Non qu’il ne faille pas récoler. Mais se donner une obligation légale dont on savait que, faute de moyens, elle ne serait pas respectée, nous semble absurde. On connaît le résultat : une grande partie des musées n’ont toujours pas fini leur récolement.
Le problème est bien, et c’est le rapport lui même qui cite ce chiffre, qu’il faut une personne à temps plein pour récoler 3000 œuvres d’art pendant un an (p. 31). On peut donc se poser des questions sur la qualité de récolement de certains musées qui atteignent des taux de complétude très importants, et comprendre que certains autres n’aient pu mettre en place les ressources nécessaires pour parvenir à un tel résultat.
Un exemple parmi d’autres : le Musée national d’art moderne serait parvenu à récoler 95% des 101 393 œuvres portées sur ses inventaires, soit 96 576. Si l’on applique le taux donné par le rapport, cela signifie donc que 32 années équivalent temps plein étaient nécessaires pour cette tâche. En admettant que le récolement se soit fait réellement sur dix ans, cela impliquerait que plus de trois personnes y étaient dédiées à temps plein. On peut penser au contraire que, dans le meilleur des cas, comme le souligne le rapport, les opérations n’ont pu commencer qu’en 2006, ce qui signifierait que ce sont en réalité 4 personnes qui y ont été affectées à plein temps. Admettons, mais nous avons beaucoup de mal à le croire, comme nous doutons que le Louvre ait pu, sur la même période, consacrer 20 personnes en permanence à cette action, ou le Musée du Quai Branly 15 personnes, ou le MUCEM 13.

Donc, soit certains musées n’ont pas bien fait ce récolement, soit ils ont dû y consacrer des ressources chères au détriment de leurs autres missions (conservation, enrichissement, étude, présentation au public, etc.). Il aurait été pertinent que les rapporteurs, qui se sont auto-saisis de cette question, s’interrogent sur la qualité du récolement effectué (et non pas uniquement sur des critères quantitatifs) et se demandent si d’autres tâches n’auraient pas été plus utiles : lorsque un musée est bien tenu, que ses réserves sont aux normes, que ses inventaires sont à jour, la nécessité de récoler fréquemment devient moins pressante. Car ce récolement décennal, dont la date de fin a été repoussée par le Service des Musées de France au 31 décembre 2015, délai que le rapport préconise (proposition n° 1) de prolonger encore au 31 décembre 2016, devra aussitôt terminé être recommencé !

Plus grave – il s’agit sans doute de la pire recommandation de ce document – il est suggéré que les crédits d’acquisition alloués par l’État aux Musées de France soient conditionnés à l’achèvement de ce récolement (proposition n° 6) ! Les députés ne savent-ils pas que ces crédits sont déjà en chute libre ? Ne savent-ils pas que certains musées n’ont, cette année et probablement dans les années à venir, plus aucun crédit d’acquisition ? Ces musées délaissés par leur municipalité seront probablement ceux qui auront le moins de moyens pour mener à bien le récolement, et on voudrait encore les pénaliser davantage en supprimant des crédits d’acquisition (qu’ils n’ont peut-être déjà plus) ? Il est dommage que la commission ne se soit pas intéressée à cette question.

On signalera, pour rire, que dans le tableau donné pp. 31-32 de l’avancement du récolement dans les musées dépendant du ministère de la Culture et de la Communication, on a fait figurer le Musée La Guerre et la Paix de Picasso à Vallauris. Celui-ci comporte une œuvre ( La Guerre et La Paix bénéficient logiquement d’un seul numéro d’inventaire). Et bonne nouvelle : cette œuvre a été récolée, le taux de récolement est donc de 100% !

En dehors de ces réflexions sur l’intérêt et la qualité du récolement effectué, et de l’exécrable proposition n° 6, plusieurs propositions sont recevables, plusieurs sont bonnes, et une est excellente.
Parmi les premières, on notera celle (n° 2) qui consiste à apporter de l’aide aux musées pour leur récolement. On se demande cependant où l’État trouvera l’argent, ou plutôt sur quel autre budget il le prendra. La proposition n° 3 : sensibiliser les élus locaux au récolement semble davantage un vœu pieu, tandis que la n° 4 paraît intéressante à suivre (que les musées les plus avancés aident méthodologiquement les autres, dans un partenariat). La n° 5 suggère d’élargir le vivier des récoleurs, à l’ensemble du personnel du musée (ce qui semble laisser penser qu’ils n’ont pas d’autre mission), « voire à des étudiants ou à des bénévoles ». Pourquoi pas, à condition que ces derniers soient soigneusement sélectionnés (on imagine bien que cela pourrait attirer des personnes peu scrupuleuses) et formés. La proposition n° 8 va de soi : que tout projet de réaménagement des musées soit couplé avec un chantier des collections (c’est souvent le cas).

La proposition n° 9 (« Numériser, à terme, l’ensemble des œuvres des collections publiques des musées de France […] ».) est bonne même si elle semble faite uniquement parce que cela « incite à la circulation des œuvres » « Circulons, circulons ! » un mot d’ordre qui imprègne tout ce rapport, nous y reviendrons. Mais il ne suffit pas de dire de numériser (d’ailleurs beaucoup d’œuvres le sont déjà comme le rapport le rappelle), il faut des moyens. Or, cette question essentielle n’est jamais abordée dans le rapport. Peut-être, comme nous le disions dans le précédent article, parce que l’Assemblée Nationale est l’une des principales responsables de la baisse des crédits dans les musées…

La proposition n° 10, en revanche, est excellente (même si elle n’a aucun lien avec le sujet de l’étude), réellement novatrice dans un rapport officiel, et on aimerait qu’elle puisse être mise en œuvre immédiatement, d’autant qu’elle ne dépend que d’une volonté politique.
Nous citons in extenso le commentaire et la recommandation :
« Les quatre corapporteurs insistent également sur la nécessité de consacrer une utilisation libre des photographies d’œuvres, entrées dans le domaine public, prises par les musées ou l’agence photographique de la RMN. La pratique consistant pour la RMN à demander aux musées une rétribution pour l’usage qu’ils font des photographies des œuvres qu’ils conservent – par cession des droits d’utilisation des documents photographiques – est pour le moins contestable – il s’agit du copyfraud – et il convient d’y mettre un terme.
Proposition n° 10 : Consacrer le principe d’une utilisation libre des photographies d’œuvres entrées dans le domaine public prises par les musées ou l’agence photographique de la RMN.
 »

La RMN n’est dans ce domaine certainement pas la pire institution1, ni la seule (on pourrait citer la BnF, ou la Parisienne de Photographie, qui dépend de la Ville de Paris). Il reste que ce terme « copyfraud » (qui dit bien ce qu’il veut dire), utilisé ici par des parlementaires, est très fort, et très juste. Ils disent ce que beaucoup proclament depuis longtemps (voir notamment le site S.I.Lex], ne sont pas des œuvres originales et ne donnent donc lieu à aucun droit d’auteur ni à aucun copyright (notion d’ailleurs étrangère au droit français).

Les propositions 11, 12 et 13 concernent à nouveau le récolement et visent à mener une « étude qualitative des opérations du premier récolement décennal », à renforcer la formation des conservateurs, et celle des attachés de conservation. Pourquoi pas ? Mais on aurait aimé, par exemple, que le rapport s’intéresse vraiment aux attachés de conservation qui n’ont plus aucune formation après avoir reçu à leur concours, et pas seulement au récolement, contrairement aux conservateurs, ce qui est extrêmement dommageable pour eux et pour les musées.
Quant à la proposition n° 14, on est également tout à fait d’accord avec elle : « renforcer les moyens de contrôle du ministère de la Culture sur les musées nationaux constitués en établissements publics ». Mais on en est loin, sur un thème pourtant toujours d’actualité, et pas seulement à propos du récolement.

La proposition n° 15 s’attache à un sujet auquel La Tribune de l’Art attache beaucoup d’importance : le scandale des musées fermés. Mais elle n’y répond pas, se contentant de demander de « Diligenter une mission d’étude et d’inspection sur les musées territoriaux réputés fermés et sur l’avenir de leurs collections ». Or, dans bien des cas, les problèmes sont connus, et le ministère ne s’en préoccupe pas réellement. Et que propose le rapport ? Que les musées « réputés » fermés ou qui n’auraient pas « répondu à leurs obligations de transmission des données sur le récolement les concernant » (ce qui n’est pas tout à fait la même chose !) se voient retirer l’appellation Musée de France et que l’État « aide à la recherche d’un repreneur pour les collections ». Quel aveu d’impuissance ! Les musées fermés par les collectivités méritent mieux que cela et l’État, quoi qu’on en dise, dispose de moyens pour les obliger à prendre leur responsabilité et à rouvrir leur établissement, ne serait-ce qu’en conditionnant certaines aides financières à cet objectif. Mais pour cela, encore faut-il du courage face à des élus locaux qui se croient parfois tout puissants… Quant à jouer avec l’appellation Musée de France, il ne faut pas oublier que c’est celle-ci qui impose désormais l’inaliénabilité aux collections et que sa suppression risque de fragiliser le statut des œuvres. C’est pourquoi la proposition n° 16 est irrecevable, qui suggère, en l’absence d’un projet scientifique et culturel, le retrait de la qualité de Musée de France. Bien des élus doivent attendre cela avec impatience.
Pour cette même raison, la proposition n° 17 est au contraire excellente (mais il est étrange que les rapporteurs ne voient pas qu’elle est absolument contradictoire avec la précédente) : « Mener une réflexion en vue de l’instauration d’une procédure de mise en demeure des collectivités propriétaires de collections labellisées musées de France déclarées défaillantes » selon le système existant pour les monuments historiques. Si on comprend bien, cela signifierait par exemple obliger une municipalité à effectuer les travaux pour rouvrir son musée, imposer l’engagement d’un conservateur (obligation de la loi), etc. On peut cependant douter du sérieux de cette proposition, même si on y souscrit entièrement : à notre connaissance, aucune municipalité n’est jamais mise en demeure – même si cela est possible - pour la restauration d’un monument historique, une procédure réservée (d’ailleurs très rarement) dans les faits aux propriétaires privés…

La proposition n° 18 : « Donner au service des musées de France un rôle d’animation d’un véritable réseau de musées sur l’ensemble du territoire » ferait presque sourire : car ce rôle d’animation, ils devraient l’avoir déjà, il ne sert à rien de le lui donner. Des moyens pour le tenir seraient plus utiles…
Quant aux n° 19 et 20, ce sont des gadgets : créer un forum internet d’échange pour le personnel des musées, et publier une circulaire méthodologique sur les méthodes de récolement.

2. Les réserves.

Ce chapitre s’intitule exactement « Conserver les collections : pour une gestion rénovée des réserves des musées de France », ce qui semble supposer que la conservation des collections passe d’abord par les réserves, en oubliant complètement les salles d’exposition permanente. Passons.
L’ensemble de la réflexion menée par le rapport, même si elle n’est pas nouvelle, est juste dans l’ensemble. En revanche, jamais le projet absurde de décentralisation des réserves du Louvre à Lens n’est réellement abordé, il est pris comme une décision irrévocable et réfléchi, alors que ce serait le rôle d’un tel rapport d’analyser sa pertinence.

Notons tout de suite un point très important dont il convient de se réjouir : le rapport s’est interrogé sur l’inaliénabilité (se posant la question de l’intérêt de garder en réserve des œuvres qui ne sont pas exposées). Et contrairement à ce que pouvait laisser craindre le prérapport, les députés concluent négativement à l’assouplissement de ce principe ! Notons toutefois une erreur : il indiquent qu’aux États-Unis, même la National Gallery de Washington, musée fédéral, pourrait vendre les collections, ce qui est faux, comme nous l’a confirmé Mary Morton, qui y est conservateur. Autre erreur, qui n’est pas le fait des rapporteurs : ils reprennent à leur compte une réflexion d’Alain Seban affirmant que le Musée d’Art Moderne ne manque pas vraiment d’espaces d’exposition. On se demande s’il en connaît les collections.

Le rapport affirme donc clairement qu’il est important « de tenir les musées français éloignés d’une conception mercantile de leurs collections, d’autant que la vente d’œuvres aujourd’hui conservées en réserves ne rapporterait sans doute que peu de recettes aux musées et ne renforcerait pas substantiellement, sauf à prévoir des ventes massives, leur capacité d’acquisition ».
Notons toutefois qu’une phrase plus loin est assez ambiguë, et un peu contradictoire, comme s’il fallait à toute force donner tout de même des gages à ceux qui prônent la fin de ce principe : « il pourrait être envisagé d’aménager la procédure de déclassement de certaines œuvres »

Trois propositions concernent les réserves, la première (n° 21) étant purement incitative : demander à chaque musée dans le cadre de son projet scientifique et culturel une réflexion prospective sur ses réserves. On ne peut évidemment qu’être d’accord. La deuxième (n° 22) consiste à suggérer que certaine « réserves témoins » soient ouvertes au public. Là encore, nous sommes d’accord, même si ce principe de réserve visitable, excellent, n’est que très superficiellement abordé (ce sujet pourrait être bien davantage développé).
Enfin, la troisième (n° 23) fait sourire puisqu’il s’agit d’ « engager rapidement [sic] une réflexion sur l’hypothèse de réserves mutualisées des musées nationaux parisiens menacés par la crue centennale » Cela ne fait jamais que plus de dix ans qu’on en parle et que le sujet n’avance pas, si ce n’est pour le Louvre, de la manière que l’on connaît.

3. La recherche de provenance et les restitutions.

Clairement, ce thème était hors sujet, et là encore, le rapport ne constate rien de nouveau. Quoi qu’il en soit, les propositions 24 à 33, qui ont pour objectif de mieux faire connaître les œuvres MNR (Musées Nationaux Récupérations) dont les vrais propriétaires (pour celles réellement volées pendant la guerre) pourraient être reconnus, sont bonnes. Elles consistent à modifier le terme MNR (effectivement peu clair), à apposer un sigle reconnaissable sur leurs cartels, à demander des actions spécifiques de médiation pour informer les visiteurs, à organiser une exposition itinérante de ces œuvres, à moderniser le site internet Rose Valland qui leur est dédié, et le traduire en plusieurs langues, à élaborer un guide méthodologique de la recherche de provenance, à mettre en ligne des inventaires des fonds d’archives et à numériser intégralement les catalogues de ventes publiques à Paris de la période 1933-1950.

Néanmoins, ce rapport laisse entendre que toute œuvre antérieure à 1945 et acquise depuis 1933 pourrait être de provenance douteuse. C’est du moins ce que suggère le titre B de ce chapitre intitulé : « Pour une recherche systématique de la provenance des œuvres antérieures à 1945 et entrées dans les collections publiques depuis 1933 ». Ceci est relativisé par la suite puisqu’il s’agit en réalité, dans la proposition n° 37, de ne mettre en place une recherche systématique que pour les œuvres dont l’origine serait « douteuse ». Mais les moyens préconisés semblent très lourds, et très coûteux, alors que rien ne prouve en réalité que tant d’œuvres soient réellement d’origine « douteuse ». Ainsi faudrait-il créer (proposition n° 39) au sein du service des musées de France un bureau pour les recherches sur les provenances et (proposition n° 40) expérimenter un financement par l’État de recherches engagées par les musées de France sur certaines œuvres de leur collection. Rappelons simplement que le Service des Musées de France est loin de remplir les missions qu’il devrait déjà effectuer, faute de moyens humains et de budget. Partir du postulat que toute œuvre conservée par les musées proviendrait de spoliations à défaut de prouver le contraire (on a parfois l’impression que c’est de cela qu’il s’agit) est très excessif, et c’est oublier également que des œuvres inédites, nouvellement identifiées ou jusque là inconnues réapparaissent régulièrement sans qu’on puisse connaître leur provenance. On a parfois l’impression que les musées renâclent parfois à les acheter, ce qui est absurde. Il faut, évidemment, restituer les œuvres dont l’origine illégale est démontrée, mais arrêter de se censurer a priori et systématiquement.
Il est regrettable par ailleurs que jamais ne soit abordée l’obligation morale qu’aurait la Nation à proposer aux héritiers récupérant les œuvres qui leur ont été volées de les leur racheter (s’ils souhaitent les revendre, ce qui arrive fréquemment) : ce serait, outre un enrichissement des musées nationaux, un bel hommage à rendre à ceux à qui elles ont été volées et qui ont souvent été assassinés par les nazis.

4. Les dépôts.

Le titre complet de ce quatrième chapitre est : « Valoriser les collections : pour une politique dynamique et cohérente de dépôts et de prêts ». On aimerait savoir en quoi les dépôts ou les prêts « valorisent » les collections…
Curieusement d’ailleurs, le rapport explique sagement que : « Tout déplacement doit être motivé par la nécessité – par exemple, l’intérêt culturel d’une exposition temporaire – en obéissant à un protocole qui permette de vérifier l’état du bien au départ, à l’arrivée et à chaque étape de son déplacement ». Nous ne pourrions être davantage d’accord avec ce principe dont les députés ne tirent pourtant pas les conclusions qui s’imposent : interdire les déplacements non nécessaires et qui ne répondent pas à un intérêt culturel ! C’est ainsi qu’ils « saluent l’exemple du Musée d’Orsay », effectivement intéressant pour les partenariats qu’il mène avec le Musée des Impressionnismes à Giverny, ou avec le Musée Bonnard au Cannet, mais par ailleurs très discutable (pour parler par euphémisme) quand il loue ses expositions, ce qui n’est jamais évoqué dans le rapport. De même, ils jugent « particulièrement pertinentes certaines des préconisations » du rapport Seban ; sur ce rapport, nous renverrons à notre propre article.
Il est vraiment dommage que les députés ne posent jamais la seule question qui vaille : comment montrer les œuvres qu’on ne peut jamais voir et qui sont fort nombreuses (voir des exemples dans notre article sur le prérapport).

Du coup, ils reprennent l’idée d’Alain Seban (proposition n° 43) de « Transformer l’actuelle Commission de récolement des dépôts en Haut conseil des dépôts d’œuvres d’art, chargé de la coordination et du pilotage d’une politique cohérente des dépôts sur l’ensemble du territoire ». Ce n’était pas la pire, à condition qu’il ne s’agisse pas de déposséder les directeurs de musées de leur mission en leur imposant des mises en dépôts qu’ils ne souhaiteraient pas. Les deux propositions suivantes prévoient de mettre la politique de dépôt en cohérence avec le projet scientifique et culturel des musées dépositaires et que ces derniers prennent des engagements. C’est le moins que l’on espère, mais il est plus qu’étonnant que le seul engagement qui importe, celui d’exposer les œuvres, ne soit pas cité.
Quant à la proposition n° 46, qui consisterait à « étendre la règle du transfert automatique de propriété des dépôts de longue durée à ceux datant d’avant 1945 », ce n’est tout de même pas la mesure la plus urgente à prendre, surtout quand on apprend dans ce même rapport que des transferts de propriété ont eu lieu, par exemple, vers le Musée de la Roche-sur-Yon qui est pourtant largement fermé au public (hors expositions) ! Transférer la propriété d’œuvres de l’État à des municipalités qui ne donnent pas les moyens à leur musée de les exposer va totalement à l’encontre de ce qu’il faudrait faire. On ne lit rien de tel dans ce rapport !
La dernière proposition (n° 47) est tout aussi ambiguë : encourager les prêts de longue durée par l’État d’ « œuvres significatives » à des musées territoriaux. Des prêts imposés aux musées nationaux ? À qui et pour quel objectif, sinon celui d’être « dynamique » ? On n’en saura rien.

Quelques propositions complémentaires

Puisque nous critiquons certaines propositions de ce rapport, nous nous permettrons d’en faire nous même quelques-unes, sur les sujets qu’il aborde.

Proposition n° 1 : « Imposer le label « Musée de France » à des collections parapubliques, comme celles dépendant de l’Institut ».

Il est en effet inconcevable que des musées tels que Marmottan ou Chantilly ne soient pas considérés comme des Musées de France. Si le Musée Condé est protégé par les conditions de legs du duc d’Aumale, on a vu que, par exemple, les collections du Musée Marmottan ne sont pas considérées comme inaliénables et ont fait l’objet de ventes scandaleuses assez récemment.
De même, ni les collections de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts, ni celles de la Bibliothèque nationale de France (par exemple les dessins et les estampes) ne sont davantage « Musées de France », ce qui semble très étonnant.

Proposition n° 2 : « Permettre aux attachés de conservation lauréats du concours de bénéficier d’une formation de base par l’INP (et donner les moyens à l’INP d’assurer cette formation) ».

Actuellement, les attachés de conservation dont certains sont amenés à prendre des fonctions proches de celles des conservateurs, n’ont aucune formation après le concours, ce qui n’est évidemment pas normal.

Proposition n° 3 : « Imposer à tous les Musées de France les mêmes règles pour les dépôts que pour les Musées Nationaux ».

Actuellement, n’importe quel maire de n’importe ville peut décider de déposer n’importe quelle œuvre de son musée dans n’importe quel bâtiment municipal. C’est, évidemment, n’importe quoi.

Proposition n° 4 : « Reprendre les dépôts de l’État que les musées dépositaires n’exposent pas ou ne prévoient pas d’exposer à court terme, pour les proposer à d’autres musées qui souhaiteraient les exposer ».

Proposition n° 5 : « Ne transférer la propriété d’œuvres déposées par l’État qu’aux musées dont la pérennité d’ouverture est assurée et qui s’engagent à présenter ces œuvres au public de manière permanente ».

Proposition n° 6 : « Répertorier les fonds de collection en péril ou conservés dans de mauvaises conditions, notamment les œuvres appartenant à des monuments n’abritant pas de musées (cathédrales, églises, bâtiments publics…) et les proposer en dépôt à des musées s’engageant à les conserver et à les exposer. Un transfert de propriété pourrait être effectué dans l’hypothèse (fréquente) ou le dépositaire serait incapable même à long terme de les présenter ».

Proposition n° 7 : « Répertorier les fonds de musée sortant du champ couvert par ce musée et qui n’ont donc aucune chance d’être un jour exposé par celui-ci, et les proposer en dépôt à des musées s’engageant à les conserver et à les exposer. Un transfert de propriété pourrait être effectué dans les mêmes conditions que la propositio précédente ».

Propostion n° 8 : « Inventorier les tableaux de grand format, souvent roulés, et que certains musées conservent sans jamais pouvoir les exposer, faute de place. Étudier pour chacun d’eux l’opportunité de les déposer dans des bâtiments publics susceptibles de les accueillir ou dans des musées qui s’y intéresseraient (et pourraient prendre en charge leur restauration en échange d’un transfert de propriété) ».

Nous pourrions, évidemment, multiplier les propositions. Nous avons choisi celles-ci car elles ont un lien avec les sujets traités par ce rapport, et parce qu’elles pourraient être mises en place sans susciter trop de réticences, et sans budgets excessifs.


Didier Rykner, mercredi 24 décembre 2014


Notes

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