Un primitif siennois appartenant au Louvre retiré d’une vente aux enchères à Munich


15/11/10 - Insolite - Paris, Musée du Louvre - Deux marchands parisiens, ayant repéré sur catalogue une Vierge à l’enfant attribuée à l’école siennoise du Trecento qui devait passer en vente à Munich chez Ketterer le 29 octobre dernier (ill. 1), décidèrent indépendamment de se rendre sur place afin de voir le tableau et, peut-être, de l’acheter. Quelle ne fut pas leur surprise de constater, en arrivant à la maison de vente, que le panneau avait été retiré de la vacation sans aucune explication. Après avoir insisté pour connaître la raison, on leur fit à chacun la même réponse : le Louvre leur avait fait savoir que l’œuvre lui appartenait, puisqu’elle lui avait été donnée sous réserve d’usufruit.


1. Copie écran du site de Ketterer.
Cette fiche a depuis été retirée.

2. Notice du tableau de Niccolò di Buonaccorso
dans le catalogue des peintures
italiennes du Louvre


Il suffit en effet d’ouvrir le Catalogue des peintures italiennes du musée du Louvre (2007) pour trouver p. 58, dans l’Annexe 1 (« Liste des tableaux donnés au musée du Louvre sous réserve d’usufruit »), le tableau en question, effectivement peint par un siennois, Niccolò di Buonaccorso. La courte notice (toute cette section est due à Dominique Thiébaut) précise que le tableau a été offert en 1976 par Mme Lanini-Strölin (ill. 2).
Comment celui-ci a-t-il ainsi pu se retrouver dans une vente aux enchères allemande ? Les héritiers avaient-ils cherché à le céder discrètement pour spolier le Louvre ? Pas du tout : l’œuvre était mise en vente par un musée allemand, celui d’Ulm, à qui l’œuvre avait été léguée. La donatrice, très âgée, souffrait-elle de pertes de mémoire et avait-elle oublié que l’œuvre avait été donnée il y a plus de trente ans au Louvre ? Probablement. Nous n’avons pas plus de détail sur cette partie de l’affaire, le musée d’Ulm, que nous avons contacté, n’ayant pas encore souhaité répondre à nos questions.
Un don sous réserve d’usufruit devient sans contestation possible propriété de celui qui en est bénéficiaire. Le ministère de la Culture a fourni à Ulm toutes les preuves nécessaires, d’autant que le numéro d’inventaire des musées nationaux se trouve au verso du tableau. Le Louvre ne devrait pas avoir de mal à le récupérer, le musée allemand se montrant semble-t-il très coopératif.
On savait que l’inaliénabilité n’était pas aussi stricte en Allemagne qu’en France mais on peut tout de même s’étonner qu’une œuvre à peine léguée à une collection publique soit immédiatement et aussi facilement mise en vente.

Après le Degas de Sotheby’s New York (voir la brève du 3/11/10), le primitif siennois de Munich : une curieuse coïncidence veut que deux œuvres du Louvre aient failli subir le feu des enchères à quelques jours d’intervalle.

English version


Didier Rykner, lundi 15 novembre 2010



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