Un portrait de Voltaire par Houdon préempté par le CMN


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Jean-Antoine Houdon (1741 - 1828)
Voltaire, 1778
Marbre - 47,5 x 21 cm
Ferney, Château de Ferney-Voltaire
Photo : Muizon - Rieunier
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6/2/17 - Acquisition - Ferney-Voltaire, Château - C’est un portrait au naturel de Voltaire, sculpté par Houdon, qu’a préempté le Centre des Monuments Nationaux. Mise en vente à Drouot par l’étude Muizon-Rieunier le 31 janvier 2017, l’œuvre, estimée entre 60 et 80 000 euros, a finalement été adjugée 156 250 euros. Cet achat a pu se faire grâce au Fonds du patrimoine et au Fonds de dotation Voltaire. Le buste porte un cachet de l’atelier en cire rouge. Il rejoindra la château de Ferney-Voltaire, actuellement en cours de restauration qui rouvrira ses portes au printemps 2018.

« De tous les mille portraits qu’on a faits de M. de Voltaire depuis soixante ans, c’est le seul dont il ait été lui-même parfaitement content. Il faut avouer que jamais on n’avait rendu ses traits avec autant de grâce, avec autant d’esprit ; [...] c’est tout le feu, c’est toute la finesse, c’est tout le caractère de sa physionomie saisie dans le moment le plus aimable et le plus piquant. » écrivait Grimm en mai 1778 dans sa Correspondance littéraire.
Et pourtant, Voltaire était âgé de 83 ans lorsqu’il fut représenté par Houdon, qui n’hésita pas à détailler les rides de son visage et ses rares cheveux sur les tempes. C’est finalement son sourire ironique, sur ses lèvres et dans ses yeux, qui rend tellement expressif ce portrait. C’est avec Diderot que le sculpteur avait inauguré le buste à l’antique, tête nue, le torse tronqué, sans vêtement ; il fut exposé en 1771. Celui de Voltaire fut réalisé en 1778, quelques mois avant la mort du philosophe, lorsque celui-ci était de retour à Paris après vingt ans d’exil à Ferney.
À partir de ce portrait, Houdon conçut différentes variantes, ajoutant une perruque et un costume contemporain, ou bien le crâne ceint d’un bandeau. Le modèle au naturel ne fut jamais exposé au Salon, pourtant c’est la version la plus célèbre, reproduite à de nombreuses reprises dans divers matériaux.

Cette version inédite provient par descendance de la collection Louis-Dominique Ethis de Corny qui fut probablement le commanditaire du buste. Il échangea une correspondance avec Voltaire lorsque celui-ci était à Ferney. Commissaire des guerres pendant la guerre d’indépendance américaine pour l’armée de Rochambeau, il finit par quitter la carrière militaire, acheta un office de procureur du roi de la Ville de Paris puis fut partisan de la Révolution. Il écrivit plusieurs ouvrages et notamment Combien il est dangereux d’accorder trop de considération aux talents frivoles...
Voltaire quant à lui fut représenté par d’autres sculpteurs, plus particulièrement Jean-Baptiste II Lemoyne et Jean-Baptiste Pigalle. Mais son buste par Houdon, connu en plusieurs versions, reste le plus réputé. Selon Guilhem Scherf, celui que vient de préempter le CMN est plus beau que celui conservé au Louvre.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, lundi 6 février 2017





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