Un portrait de Lamartine par Lehmann acquis par la Maison de Balzac


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1. Henri Lehmann (1814-1882)
Portrait de Lamartine, 1847
Huile sur toile - 56 x 45 cm
Paris, Maison Balzac
Photo : Maison Balzac

13/4/15 - Acquisitions - Paris, Maison de Balzac - « Mais le trait dominant du visage, plus même que l’intelligence, était la bonté communicative. Il vous ravissait l’esprit quand il parlait ; même en se taisant, il vous ravissait le cœur. Aucune passion de haine ou d’envie n’aurait pu être exprimée par cette physionomie : il lui aurait été impossible de ne pas être bon. »1. Ainsi Alphonse de Lamartine - sans abuser de la litote - décrivait-il Honoré de Balzac qui lui rendait bien son amabilité :« Cher et illustre poète, si toutefois l’orateur n’est pas plus grand encore, vous êtes trop haut placé pour savoir ce qui se passe dans les sphères terrestres... »2. Pourtant, si Balzac n’exprimait sur son visage « aucune passion d’envie », certaines de ses lettres suggèrent qu’il la ressentait, justement à l’égard du poète, de l’homme politique et du noble fortuné qu’était Lamartine.

Tous deux se rencontrèrent probablement dans le salon littéraire des Girardin, comme l’explique Yves Gagneux dans un article à paraître, et tous deux se retrouvent aujourd’hui à la Maison Balzac qui a acheté le portrait de Lamartine par Henri Lehmann lors d’une vente organisée à Pau par l’étude Gestas-Carrere le 27 septembre 2014 (ill. 1).
Présenté en buste, de profil, dans un médaillon, tel un relief de David d’Angers ou d’Adam Salomon, cette effigie peinte en 1847 par un élève d’Ingres, ressemble étonnamment à un dessin, à cause de la prédominance de la ligne qui appuie sans indulgence les contours de ce visage marqué par les années, tandis que la couleur est réduite à un camaïeu de bleu-gris et de bruns. A la même époque, d’autres artistes réalisèrent un portrait de Lamartine : Henry Wyndham Phillips choisit lui aussi le profil dans une composition plus solennelle, tandis qu’Ary Scheffer préfère la pose de trois-quarts et une attitude déterminée. Plus jeune, c’est sans doute le poète romantique plutôt que l’homme politique qui retient l’attention d’un Decaisne qui le montre assis sur un rocher, entouré des lévriers qu’il aimait tant. Quant au baron Gérard, il fit le portrait classique d’une figure romantique, et Lamartine le trouva « beau, naturel, poétique et ressemblant »...

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2. Auguste Lemoine d’après Henri Lehmann
Portrait de Lamartine, 1848
Lithographie - 63, 5 x 44 cm

Venu d’Allemagne en 1831, Lehmann fut l’un des meilleurs élèves d’Ingres (voir l’article). Il devint un décorateur et un portraitiste renommé à Paris où il s’installa définitivement après un séjour en Italie. A Rome, il retrouva son maître, et se lia avec Liszt et Marie d’Agoult dont il fit plusieurs portraits, l’un notamment, est comparable à celui de Lamartine, par sa composition, sa sobriété et l’exagération des traits de son modèle.
Le tableau acquis par la Maison de Balzac, dont on connaît une étude au crayon (non localisée) ainsi qu’une gravure d’Auguste Lemoine (ill. 2), devrait être restauré. Il rejoindra ensuite d’autres figures littéraires qui côtoyèrent Balzac, comme Théophile Gautier. Les collections conservent en outre quelques caricatures savoureuses, qui décrivent le cercle de Delphine de Girardin vu par Grandville, tandis que F. Roze s’amuse des « contrastes littéraires » en opposant « La Prose et le vers du XIXe siècle »3 dans une lithographie qui met en scène Balzac et Lamartine : en robe de moine, bien ancré sur la terre avec ses jambes courtes et son ventre rebondi, le premier jongle avec une dizaine d’exemplaires de Vautrin, alors que le second, immense, fin et plié en deux, entoure de ses bras une pile de volumes des Méditations, toujours « trop haut placé pour savoir ce qui se passe dans les sphères terrestres » comme lui disait Balzac.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, lundi 13 avril 2015


Notes

1Lamartine, Cours de littérature, 1864, cité par Yves Gagneux dans un article à paraître.

2Lettre de Balzac à Lamartine, 14 mars 1840, cité par Yves Gagneux dans un article à paraître.

3lithographie pour Le Monde dramatique n°11, 1840, p.273.





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