Un panneau de Fra Angelico bientôt en vente à Marseille


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1. Fra Angelico (vers 1395/1400-1455) et atelier
Scènes de la Thébaïde, vers 1430-1435
Tempera sur panneau - 25,5 x 38,5 cm
Vente Leclère, Marseille le 27 octobre 2012
Photo : SVV Leclère

6/9/12 - Marché de l’art - Marseille - Les œuvres de Fra Angelico proposées à la vente sont excessivement rares. Le hasard a cependant fait que deux panneaux du peintre sont apparus récemment sur le marché français. Le premier, Saint Dominique et saint François d’Assise recevant les stigmates, avait été classé trésor national en août 2009. Son interdiction de sortie a expiré en février dernier sans qu’il soit acheté par le Louvre1 et le propriétaire a obtenu l’autorisation de l’exporter...

Un second panneau, dû à Fra Angelico et à son atelier (ill. 1), passera en vente publique le 27 octobre prochain à Marseille chez Leclère. Il avait été identifié par Michel Laclotte en 2001, et publié par ses soins en 2005 dans les actes du colloque Da Giotto a Botticelli - pittura fiorentina tra Gotico e Rinascimento2. Il s’agit d’un fragment provenant d’un tableau découpé au début du XIXe siècle sans doute par un marchand peu scrupuleux, et dont quatre autres éléments étaient déjà connus, appartenant tous à des musées3.
Le premier, l’un des chefs-d’œuvre du Musée Thomas-Henry à Cherbourg, représente la Conversion de saint Augustin ; le deuxième, Saint Benoît en extase dans le désert, acquis en vente publique par le duc d’Aumale, est aujourd’hui conservé à Chantilly ; le troisième, sans doute Grégoire le Grand refusant la tiare pontificale, appartient au Philadelphia Museum of Art ; enfin, le Musée Royal des Beaux-Arts d’Anvers (actuellement fermé pour travaux), peut d’ordinaire montrer Saint Romuald interdit l’entrée du couvent à l’empereur Otton III.

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2. Fra Angelico (vers 1395/1400-1455) et atelier
Reconstitution de La Thébaïde, vers 1430-1435
Tempera sur panneau - 25,5 x 38,5 cm
Musée Condé, Musée Thomas-Henry
Philadelphia Museum of Art
Koninklijk Museum voor Schone Kunsten d’Anvers
Photo : Leclère et musées propriétaires

Le panneau vendu à Marseille constituait la composition centrale de l’œuvre découpée. Selon Michel Laclotte, celle-ci s’est transformée en véritable puzzle qu’il est possible désormais de reconstituer (ill. 2), malgré l’absence d’un sixième et dernier fragment, peut-être encore à retrouver4.
Cette œuvre représente « différentes activités de la vie quotidienne des cénobites : travaux des champs, conciliabule spirituel à côté du couvent. S’y ajoute la figuration des Trois morts et des trois vifs, symbole de la vanité (qui apparaissait par exemple dans la fresque du Triomphe de la mort, à côté de la Thébaïde de Buffalmacco, au Camposanto à Pise)5 ». Avec les scènes de la vie des saints Augustins, Romuald, Grégoire et Benoît, l’œuvre d’origine était donc, selon Michel Laclotte, « une sorte de Thébaïde, autour d’un couvent au bord de la mer ». Rappelons qu’une Thébaïde est une représentation de la vie des Pères du désert.

Retrouvé dans une collection dans la région de Montpellier, ce panneau montre encore, malgré quelques usures presque inévitables pour une œuvre aussi ancienne, de très beaux morceaux - le couvent par exemple -, et de subtils détails comme les superbes oiseaux et papillons multicolores qui parsèment la composition.
Les mésaventures de ce panneau qui mesurait à l’origine environ 46 x 92 cm illustrent en partie ce dont parle l’exposition actuellement en cours à Ajaccio : la redécouverte des primitifs au tournant du XIXe siècle et les pratiques parfois plus que douteuses de certains marchands qui n’hésitaient pas à disperser les panneaux des polyptyques ou à découper les œuvres. Ce fragment a d’ailleurs été illustré dans le catalogue.
Il reste à espérer que, bien qu’autorisé à sortir du territoire, il puisse rester en France et être acquis, pourquoi pas, par un musée de province...

English Version



Didier Rykner, jeudi 6 septembre 2012


Notes

1Rappelons ce que la commission des trésors nationaux disait à son propos : « [...] ce tableau, qui n’a apparemment pas subi de modifications importantes depuis son origine, présente un bon état de conservation ; [...] ce panneau, d’une grande rareté à l’instar des œuvres peintes de cette période et qui aurait été conservé depuis longtemps dans une collection française, représente sans doute un des seuls de cet artiste encore conservé en mains privées en France [...] il apparaît important de [le] retenir sur le territoire comme un témoin de la première Renaissance italienne ». Il est dommage que le non achat d’un trésor national et son autorisation de sortie du territoire ne soit pas, comme son classement, publié au Journal Officiel ; la transparence y gagnerait.

2Michel Laclotte, « Autour de Fra Angelico : deux puzzles », Da Giotto a Botticelli - pittura fiorentina tra Gotico e Rinascimento, Atti del convegno internazionale, Firenze, Università dgli Studi e Museo di San Marco, p. 187-200.

3Signalons que la société de vente a publié un petit catalogue consacré à ce tableau et où celui-ci est soigneusement étudié.

4Il est possible cependant qu’il ait définitivement disparu car n’ayant pas de valeur commerciale suffisante à l’époque (il ne représentait probablement pas une scène figurée).

5Michel Laclotte, op. cit.





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