
Pablo Picasso (1881-1973)
Le Verre, 1914
Papier collé, épinglé, gouache et fusain - 27 x 25 cm
Grenoble, Musée
Photo : Succession Picasso 2012
24/02/12 - Acquisition - Grenoble, musée - Comment acquérir un Picasso d’une valeur de 750 000 euros avec un budget d’acquisitions annuel de 390 000 euros ? Le musée de Grenoble a trouvé la formule magique par le biais de son Club de mécènes : les entreprises, membres de cette association, qui ont généreusement financé l’achat de l’œuvre à 80%, ont bénéficié de 90% d’exonération fiscale après avoir réussi à faire classer ce Picasso « œuvre d’intérêt patrimonial majeur » par la Commission consultative des trésors nationaux du ministère de la Culture. Cette mesure, rarement obtenue, permet de garder une œuvre sur le territoire français en encourageant les entreprises à participer à son financement.
Ainsi, Le Verre de Picasso (ill.), papier collé de 1914 qui fit partie de la collection de Marina Picasso et a été acquis à la galerie Schmit à Paris, vient d’entrer au musée, déjà détenteur de quelques peintures du maître, notamment La Liseuse et Le Mousquetaire enfant. Cette œuvre sur papier est un bel exemple de cubisme synthétique, deuxième phase du mouvement que Braque et Picasso développèrent entre 1912 et 1914, et qui se caractérise notamment par l’introduction de collages - de feuilles de journal, toile cirée, papier peint... - jouant sur différents niveaux de réalité et d’espace.
Tout comme la bouteille, la pipe ou l’instrument à cordes, le verre est un motif récurrent que l’on retrouve dans d’autres œuvres cubistes, son intérêt principal étant sa transparence et la diffraction optique qu’il provoque. Il s’immisce dans Bouteille de Vieux-Marc, verre et journal (1913) où l’artiste confronte le papier blanc, le papier peint et le papier de couleurs, rehaussés de fusains et attachés par une épingle ; il s’impose aussi dans As de trèfle, verre, élément de guitare (1914) où il apparaît deux fois, au crayon et peint en noir sur deux papiers là encore épinglés.
De fait, Le Verre de Grenoble est particulièrement épuré par rapport à ces œuvres composées de textures et de couleurs nuancées : ici, seul un papier enduit de gouache blanche est collé sur un fond beige, presque ton sur ton. Les formes ne s’imbriquent pas, le fusain vient compléter la découpe du papier sans épouser ses contours ; des traits serrés semblent traduire la lumière dont les rayons passent derrière le verre pour ressortir dilués dans le pied. Sur les 130 papiers collés que Picasso réalisa entre 1912 et 1914, treize seulement sont épinglés. Or l’épingle joue un rôle très intéressant puisque non seulement elle est un objet en trois dimensions, mais elle permet de ne pas disposer les deux couches sur le même niveau, contrairement à la colle ; cela provoque ainsi une légère ombre entre les deux surfaces, qui introduit un effet plastique et spatial. Par ailleurs, elle maintient les papiers avec une « feinte négligence »1 qui n’est pas dénuée d’ironie.
