Un marché de l’art fort est un atout pour le patrimoine


JPEGL’annonce de la création d’un Salon de la peinture ancienne (voir l’interview) par un groupe de dix marchands parisiens est une excellente nouvelle. Car tout ce qui est bon pour le marché de l’art à Paris l’est aussi pour le patrimoine et les musées français. La multiplication des galeries et des événements de ce type aura forcément pour conséquence de faire prendre conscience à ceux qui en ont les moyens que l’art ancien, loin d’être démodé, est une source de plaisir infini. On pourrait ainsi retrouver un cercle vertueux qui verrait les œuvres d’art revenir en France pour y être vendues, le nombre de collectionneurs augmenter et, à terme, les musées s’enrichir davantage.

Les gouvernements successifs n’ont jamais vraiment compris cela. Les freins mis par les pouvoirs publics au développement du marché de l’art ancien sont innombrables, car ils assimilent les œuvres d’art à une marchandise ordinaire. La TVA à l’importation est un non sens absolu : un collectionneur ou un marchand qui ramène en France une œuvre d’art doit payer une taxe de 5,5 %, alors que cette importation, loin d’appauvrir le pays, est une source d’enrichissement pour le patrimoine français. Alors que les collectionneurs devraient être aidés et célébrés, on ne voit en eux que de riches égoïstes et privilégiés ce qui suffit à les rendre suspects. Après l’exposition « Passions privées » organisée en 1995 au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris, plusieurs d’entre eux, qui avaient pourtant généreusement prêté leurs œuvres, avaient fait l’objet d’un contrôle fiscal. Pas une année ne se passe sans que resurgisse dans la bouche de certains politiques l’idée d’inclure les œuvres d’art dans l’impôt sur la fortune. Cette simple évocation suffit d’ailleurs à faire fuir les œuvres d’art à l’étranger. L’art ancien est encore plus brimé que l’art contemporain. Seul ce dernier bénéficie de la loi sur le 1% artistique1. Certaines aides fiscales sont accordées exclusivement aux entreprises qui collectionnent l’art contemporain. Si de telles mesures servent à aider les artistes, les étendre aux œuvres du passé permettrait de mieux protéger le patrimoine qui est une des richesses de notre pays.

Alors que les conservateurs français étaient parfois très réticents ne serait-ce qu’à envisager une collaboration avec les marchands, les choses évoluent peu à peu. Le Salon du dessin a pour une part ouvert la voie, les institutions jouant désormais pleinement le jeu et participant aux diverses manifestations (colloques, expositions,…) qui accompagnent la semaine du dessin. Les comportements se modifient et beaucoup de professionnels des musées commencent à comprendre que les marchands ne sont pas leurs ennemis mais constituent un rouage essentiel du circuit des objets. Comment les institutions publiques auraient-elles pu réunir leurs collections sans les collectionneurs ? Comment ceux-ci auraient-ils pu collectionner sans les marchands ? Où les musées trouveraient-ils leurs acquisitions ? Combien de peintures, de sculptures, de dessins ont-ils été sauvés de la destruction parce que des marchands les ont trouvés, les ont compris, les ont étudiés, les ont restaurés ? Les marchands, nous avons déjà eu l’occasion de le souligner, sont fréquemment eux-mêmes des historiens de l’art, et font souvent avancer cette discipline.

Voilà pourquoi nous souhaitons bonne chance à ce nouveau Salon dont nous espérons qu’il rencontrera un grand succès. On nous annonce déjà des expositions, des événements organisés en partenariat avec les musées, un peu sur le modèle du Salon du dessin. Faire de Paris la capitale du marché de l’art ancien est un objectif ambitieux mais possible.

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Didier Rykner, mercredi 1er décembre 2010


Notes

1. Celle-ci oblige toutes les entreprises publiques à dépenser une part du montant des travaux qu’elles effectuent en achat d’œuvres d’art contemporain.



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