Un Saint Jérôme attribué à Jean Ducamps acquis par Cambrai


Attribué à Jean Ducamps (vers 1600-après 1638)
Saint Jérôme
Huile sur toile - 131 x 96 cm
Cambrai, Musée des Beaux-Arts
Photo : Whitfield Fine Art

23/12/11 - Acquisition - Cambrai, Musée des Beaux-Arts - Jean Ducamps, élève d’Abraham Janssens, natif de Cambrai et qui fut actif à Rome, est un artiste qui échappe encore largement aux historiens de l’art. Naguère encore, l’œuvre la plus célèbre qui lui était attribuée, connue à plusieurs exemplaires, était La Mort vient à table aujourd’hui donnée avec certitude au florentin Giovanni Martinelli.
Il y a quelques années, Gianni Papi a proposé d’identifier Jean Ducamps avec le Maître de l’Incrédulité de saint Thomas, un peintre anonyme dont plusieurs tableaux ont été regroupés autour d’un tableau conservé au Palazzo Valentini à Rome1.
Jean Ducamps (ou en italien Giovanni del Campo) est connu notamment par sa biographie donnée par Joachim von Sandrardt dans sa Teutsche Akademie. Il y décrit une Libération de saint Pierre qui appartient à cet ensemble du Maître de l’Incrédulité de saint Thomas et qui fut récemment prêtée à la galerie Whitfield à Londres, sous le nom de Ducamps, pour son exposition Caravaggio’s Friends & Foes. Elle y était rapprochée, semble-t-il assez justement, d’un Saint Jérôme appartenant à Clovis Whitfield (ill.), entraînant ainsi l’attribution de cette dernière toile à ce même artiste.

Ce très beau Saint Jérôme vient d’entrer au Musée des Beaux-Arts de Cambrai. Qu’il soit effectivement de Jean Ducamps (né dans cette ville) ou non, l’achat d’un tableau caravagesque de cette qualité par un musée français se justifie pleinement et doit être salué à sa juste mesure. Cette opération, pour 200 000 €, avec l’aide du FRAM Nord-Pas-de-Calais et d’une participation substantielle de la mairie de Cambrai, revêt en outre une particulière importance pour ce musée qui n’avait pas fait d’acquisition onéreuse depuis près de dix ans. L’œuvre s’insérera naturellement dans ses collections en faisant la transition entre la peinture caravagesque flamande (il conserve notamment un Joueur de carte de Théodor Rombouts) et la peinture française du XVIIe (qui n’est jusqu’ici représentée que par des œuvres de la fin du siècle). Jean Ducamps, un peu comme son contemporain Nicolas Régnier, lui aussi élève de Janssens, originaire de la toute proche Maubeuge, et qui fit carrière en Italie dans le style caravagesque, se trouve à la croisée des cultures Française, Flamande et Italienne2.

English version


Didier Rykner, vendredi 23 décembre 2011


Notes

1. Sur Ducamps, voir aussi récemment : Francesca Cappelletti « Giusto Fiammingo e Giovanni del Campo », in I Caravaggeschi, percorsi e protagonisti, t. II, Skira, Milan, 2010 p. 435-439.

2. Nous remercions Mael Bellec (conservateur récemment nommé du Musée des Beaux-Arts de Cambrai) et Arnauld Brejon de Lavergnée (qui est à l’origine de cet achat) pour leur aide dans la rédaction de cet article.



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