Un historique intéressant pour la « pergola » des Champs-Élysées


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1. Joseph-Antoine Bouvard (1840-1920)
Abri pour un marché aux fleurs
sur la place de la République
, 1881
Démonté en 1883 et installé sur les Champs-Élysées
État actuel
Photo : Didier Rykner

24/7/14 - Patrimoine - Paris - Dans notre brève parue le 21 juillet, nous dénoncions l’abandon par la Ville de Paris depuis plusieurs années d’une pergola située sur le jardin des Champs-Élysées (ill. 1), non loin du théâtre du Rond-Point, et nous écrivions qu’elle datait « probablement de la fin du XIXe siècle » sans pouvoir en dire plus.

Grâce à plusieurs lecteurs, dont le président de Rempart, Henri de Lépinay, nous pouvons préciser les péripéties de cet édicule qui est lié, par un hasard pas forcément fortuit, à la place de la République. C’est un intéressant document, dû à l’historienne de l’architecture Géraldine Texier-Rideau qui nous donne la clé de ce petit mystère. Cette étude a été publiée sur internet par la Mairie de Paris qui, avant de la massacrer, avait décidé de faire étudier son histoire.
En 1881 donc, l’aménagement de la place sous la direction du directeur des travaux Alphand, prévoyait quatre abris pour installer le marché aux fleurs dus à l’architecte municipal Joseph Bouvard. Ces quatre édifices en forme de pergola (ill. 2) furent installés de part et d’autre des bassins aux dauphins dont on apprend qu’eux aussi d’ailleurs avaient été dessinés - ainsi que les grilles qui les entouraient - par le même Bouvard (ill. 3).


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2. Joseph-Antoine Bouvard (1840-1920)
Projet d’abris pour le marché aux fleurs
place de la République
, 1881
Paris, Archives municipales
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3. Joseph-Antoine Bouvard (1840-1920)
Projet de bassins et fontaines
pour la place de la République
, 1881
Paris, Archives municipales

En 1883, soit seulement deux ans plus tard, il apparut que ces abris empêchaient la circulation autour du bassin. Jugés gênants et inesthétiques1, ils furent donc enlevés presque aussitôt, avant même l’inauguration officielle de la place. Au moins deux d’entre eux furent remontés, l’un sur les Champs-Élysées, l’autre le long de l’allée de Longchamp (à droite en quittant Paris) dans le Bois de Boulogne (ill. 4), en meilleur état semble-t-il que celui qui nous occupe aujourd’hui (au moins n’est-il pas considéré comme une « zone dangereuse »). Nous ne savons pas ce qu’il advint des deux autres (peut-être un lecteur pourra-t-il nous l’apprendre ?).


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2. Joseph-Antoine Bouvard (1840-1920)
Abri pour un marché aux fleurs
sur la place de la République
, 1881
Démonté en 1883 et installé sur l’avenue de Longchamp
État août 2013
Photo : Google Maps

Revenons à l’abri des Champs-Élysées : nous sommes donc en présence d’une jolie construction datée de 1881, à l’historique remarquable et due à un architecte connu, à défaut d’être génial. Il mériterait, comme celui du bois de Boulogne, d’être inscrit monument historique, et de bénéficier d’une restauration digne de ce nom plutôt que de continuer à se dégrader, au cœur de Paris, comme naguère la Mairie a laissé pourrir la place de la République afin de pouvoir la dénaturer profondément.


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5. Joseph-Antoine Bouvard (1840-1920)
Abri pour un marché aux fleurs
sur la place de la République
, 1881
Démonté en 1883 et installé sur la route de la Porte des Sablons
État mai 2012
Photo : Google Maps

Mise à jour du 24 juillet, après parution de cet article : notre appel aux lecteurs a donné un résultat puisque l’un d’entre eux nous signale qu’un troisième abri a été déplacé également dans le XVIe arrondissement, route de la porte des Sablons, à la Porte Maillot, non loin du petit train du bois de Boulogne (ill. 5). Il reste donc un quatrième édicule à retrouver, qui doit probablement encore exister quelque part dans Paris.


Didier Rykner, jeudi 24 juillet 2014


Notes

1Ils étaient évidemment encombrants par rapport aux autres aménagements de la place ; en revanche, nous les trouvons d’une élégance qui rend injuste le qualificatif « inesthétique ». Il est vrai qu’ils ne connaissaient pas alors le restaurant installé récemment par la municipalité sur la place de la République.





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