Un Hammershøi pour le musée Boijmans van Beuningen


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Vilhelm Hammershøi (1864-1916)
La Pièce au Balcon à Spurveskjul, 1911
Huile sur toile - 43,2 x 53,3 cm
Rotterdam, musée Boijmans van Beuningen
Photo : Daxer & Marschall

25/03/14 - Acquisition - Rotterdam, musée Boijmans van Beuningen - Le musée Boijmans van Beuningen de Rotterdam vient d’acquérir à la Tefaf, auprès de Daxer & Marschall, une huile sur toile de Vilhelm Hammershøi, peintre danois majeur de la seconde moitié du XIXe siècle. Restée dans la famille de l’artiste jusqu’en 1918 elle passa ensuite en mains privées où elle demeura jusqu’à ce jour. Intitulée La pièce au balcon Spurveskjul (The Balcony Room at ’Spurveskjul’), elle est caractéristique de son œuvre, riche de très nombreuses scènes d’intérieurs dépouillés et dépeuplés. Si la plupart dépeignent son appartement de Strangade 30 à Copenhague (voir la brève du 25/10/12) c’est ici la maison de campagne louée avec sa femme Ida durant l’été 1911 à Spurveskjul, au nord de Copenhague, qui est à l’honneur. Cette maison avait été construite au début du XIXe siècle pour, et d’après, Nicolai Abildgaard, peintre qui compta Runge et Friedrich comme élèves.

La pièce représentée est vide de tous meubles et décors à l’exception d’un rideau qui coiffe la fenêtre du fond. Hammershøi se concentre sur l’espace lui-même, sur les lignes qui le composent et sur la lumière qui le modèle dans des tonalités sourdes de gris, de beige et de blanc. La fenêtre est close tandis qu’un battant de la porte fenêtre que l’on imagine mener au balcon est ouvert. L’extérieur n’est pas davantage suggéré, l’intérieur de la pièce est l’unique sujet du tableau. Comme le rappelle la notice du catalogue de vente les touches larges et « floues » employées par l’artiste, caractéristiques de sa dernière période, évoquent les expérimentations pointillistes contemporaines. Elle précise, par ailleurs, que cette œuvre semble être l’étude préparatoire à un plus grand tableau conservé au Statens Museum de Copenhague, l’Autoportrait, Spurveskjul (Self-Portrait, Spurveskjul) également réalisé en 1911. La silhouette de profil, tête de trois quart, un pinceau à la main, se détache sur un fond effectivement très similaire à un détail près, la poignée de porte absente de la première. Là encore l’extérieur n’est pas la clé de la composition, le peintre tournant même le dos à la lumière.

Si cette composition spatiale fait référence à Vermeer, et plus largement à la peinture hollandaise du XVIIe siècle, chez Hammershøi le dépouillement de l’espace intérieur va plus loin encore, aucune anecdote ne subsiste, toute trace de vie quotidienne est ôtée, toute intimité est gommée. L’espace silencieux obtenu appelle moins à la contemplation qu’à l’introspection, il est plus anxiogène que méditatif, il se pare d’une dimension dramatique qui n’est pas sans rappeler les œuvres d’Henrik Ibsen, comme le suggérait l’exposition Vilhelm Hammershøi : Le Poète du Silence de la Royal Academy de Londres en 2008, ou d’Ingmar Bergman.

English version


Julie Demarle, mardi 25 mars 2014





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