Un énarque pour l’INHA ?


Tous les grands Instituts d’Histoire de l’Art dans le monde ont pour directeur un scientifique. D’ici quelques jours, si les rumeurs (très informées) qui courent Paris se révèlent exactes, un seul fera exception : l’Institut National d’Histoire de l’Art pour lequel un énarque, conseiller référendaire à la Cour des Comptes et protégé par les plus hautes autorités de l’Etat, devrait être nommé dans les jours qui viennent.

La crédibilité de l’INHA, déjà fort mise à mal par les retards pris par la bibliothèque, dont les travaux n’ont pas encore commencé, est en jeu. Quel poids aura le nouveau directeur face à ses homologues étrangers ?
Illégitime, cette nomination serait en outre illégale. En effet, le texte du décret n°2001-621 du 12 juillet 2001 qui porte création de l’Institut national d’histoire de l’art précise que le directeur « est choisi parmi les personnalités exerçant ou ayant exercé des activités dans les domaines correspondant aux missions de l’institut ». Les missions de l’INHA sont contenues dans son nom : il s’agit d’histoire de l’art. Celui qui doit être nommé n’est pas et n’a jamais été historien de l’art même s’il fut Directeur des Affaires Culturelles de la Ville de Paris, fonction politique et en aucun cas scientifique. Par ailleurs, l’avis de vacances paru au Journal Officiel du 14 septembre 2005 précise les conditions de dépôt des candidatures, soumises à une procédure très stricte. Ce « candidat » n’a en réalité jamais fait acte de candidature et ne s’est pas plié à ces obligations réglementaires.
Un lecteur naïf pourrait penser qu’aucun postulant sérieux ne s’est présenté. Au contraire : cinq universitaires français et un conservateur étranger sont candidats, remplissant tous les conditions nécessaires à l’exercice de ce poste. Rien ne justifie un choix extérieur à ces personnalités, sinon le fait du prince.

Un énarque aurait peut-être son utilité dans l’équipe dirigeante de l’INHA, pour prendre en charge tous les aspects administratifs pour lesquels un scientifique n’est pas formé et n’apporte aucune plus-value. Mais celui-ci, comme c’est le cas dans les grands musées (mais pour combien de temps ?) doit être l’adjoint du directeur, non le directeur lui-même. Et ce dernier, historien de l’art, doit le choisir personnellement et non pas se le voir imposer par le pouvoir politique. A cette condition seulement l’INHA pourra poursuivre sereinement sa mission.


Didier Rykner, lundi 28 novembre 2005


P.-S.

En définitive, la mobilisation et les articles de presse consacrés à cette affaire ont eu raison des velléités du ministère : une historienne de l’art a finalement été portée à la tête de l’INHA le 23 juin 2006 (voir brève du 23/6/06).





imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Éditorial : Photographies interdites

Article suivant dans Éditorial : De 2005 à 2006