1/9/04 – Acquisition - Rome, Galleria nazionale d’arte moderna - Un peu comme Caspar-David Friedrich il y a trente ans, Christoffer Wilhelm Eckersberg et ses élèves sont en train de passer du statut d’artistes provinciaux un peu naïfs, collectionnés par les amateurs, à celui de « classiques » indispensables à toute grande collection [1]. Par leurs petits formats représentant de larges panoramas, leur lumière crue et contrastée, les tableaux de l’âge d’or danois fascinent. Les expositions sur le sujet se sont multipliées et Eckersberg a fait l’objet d’une rétrospective à Washington cette année [2].
Au printemps dernier, la galerie Paolo Antonacci a organisé une exposition consacrée aux séjours des artistes danois à Rome au XIXe siècle [3] et l’Etat italien a pu y acquérir la pièce majeure, une Vue du cloître de Santa Maria in Aracoeli [4] par Eckersberg. Formé dans son pays natal, ce dernier vient travailler dans l’atelier de David à Paris puis passe trois année à Rome entre 1813 et 1816. Les vues romaines sont considérées comme un des sommets de son œuvre. Il choisissait soit des points de vue originaux de lieux célèbres, soit des endroits peu visités par les touristes. Dans ce tableau, le premier plan frontal à l’excès, parallèle au plan de la toile, est découpé de façon tripartite [5] et s’oppose à l’arrière-plan construit par les lignes obliques de la perspective. Une mise en scène abstraite, une gamme de couleur réduite, à la Saenredam, expliquent l’intérêt actuel pour ce peintre.
Comme Granet et Stendhal, Eckersberg s’est particulièrement intéressé à la vie quotidienne des prêtres italiens et des moines et, par voie de conséquence, à leurs promenades dans les cloîtres. Un des exemples les plus connus est le Cloître de Saint-Laurent hors les murs (1824), conservé à l’Art Institute de Chicago depuis 1986. Concernant le bâtiment choisi, Eckersberg a aussi peint une Vue des escaliers de Santa Maria in Aracoeli (Copenhague, Statens Museum for Kunst) remarquable par la volée des marches qui partage la toile en diagonale. La Vue du cloître, premier tableau du peintre à entrer dans les collections publiques italiennes, illustrera désormais, à la Galerie nationale d’art moderne, la présence danoise à Rome au début du XIXe siècle.

