Un don des Rothschild au musée de Boston


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1. Philip de László (1869-1937)
Clarice de Rothschild, 1925 (détail)
Huile sur toile
Boston, Museum of Fine Art
Photo : Boston, Museum of Fine Art

24/4/15 - Acquisitions - Boston, Museum of Fine Art - Ce sont 186 œuvres que les Rothschild ont offertes au Musée des Beaux-Arts de Boston. Il n’y a certes pas de Rembrandt (voir l’article1), le nombre de peintures est d’ailleurs restreint, mais l’ensemble comporte des dessins, des gravures, du mobilier, des bijoux, des miniatures, des livres, des manuscrits… Le tout appartenait au baron et à la baronne Alphonse et Clarice de Rothschild, à Vienne, et a été donné par leurs petits-enfants, Bettina Burr notamment, qui fait partie du conseil d’administration du musée.
La plupart de ces œuvres furent saisies en 1938 après l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie, certaines étaient même destinées au musée du Führer. Elles furent découvertes par les Alliés dans les mines de sel d’Altaussee où elles avaient été cachées. Une partie fut restituée à la famille, installée aux États-Unis. Une partie seulement car l’Autriche en réclama un certain nombre en échange d’une autorisation de sortie du territoire. Face aux contestations et aux pressions internationales, le pays finit par faire voter une loi en 1998 sur la restitution des œuvres saisies par les Nazis. Les Rothschild, par la suite, vendirent aux enchères beaucoup de pièce de leur collection chez Christie’s à Londres en 1999.
Aujourd’hui le musée de Boston présente un florilège de ce don dans une exposition qui se tient du 1er mars au 21 juin 2015.

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2. George Romney (1734–1802)
Emma Hart, future Lady Hamilton, vers 1784
Huile sur toile - 74,9 x 61,6 cm
Boston, Museum of Art
Photo : Boston, Museum of Fine Art

On peut difficilement ne pas commencer par le portrait de Clarice de Rothschild (ill. 1), peint en 1925 par Philip de László (nous n’avons pas pu obtenir d’image complète, le tableau apparaît en entier dans une autre photo). Cet Anglais d’origine hongroise forgea sa réputation à Munich, Budapest et Vienne avant de s’installer à Londres en 1907, où il s’imposa, rival de Sargent, comme le portraitiste de l’aristocratie. Une exposition lui a été consacrée en 2010 à la National Portrait Gallery de Londres. Cette effigie est comparable à d’autres, notamment celle d’Hélène de Roumanie elle aussi présentée sur un fond neutre, coupée à la taille, un bouquet dans les mains, la tête tournée vers la droite, le regard dans le vague, vêtue de la même étoffe de soie bleu-vert. Les portraits de la duchesse d’York et de Mrs. Francis Lundley Gull, sont assez similaires, quoique moins mélancoliques.

Autre portraitiste mondain, George Romney, né quelques années après Reynolds et Gainsborough, peignit inlassablement Emma Hart, future Lady Hamilton, lui faisant incarner allégories et personnages mythologique ou bibliques. Elle apparaît pourtant, dans un tableau des Rothschild, vêtue d’une robe contemporaine (ill. 2). Le point de vue en contre-plongée et le cadrage qui coupe son chapeau et ses mains, le rideau rouge également lui confèrent une certaine monumentalité. Son visage se détache sur ce col dont les volants ressemblent à de l’écume mousseuse et dont la blancheur est renforcée par le reste de la tenue noire. L’arrière-plan agité évoque d’ailleurs un bord de mer. Le peintre met en place une composition proche du tableau de Boston dans autre portrait d’Emma Hart dit au chapeau de paille.

Enfin une peinture hollandaise du XVIIe siècle dont nous n’avons pas de reproduction2 est décrite comme la représentation d’un noble de Dordrecht à cheval accompagné de ses domestiques et d’un palefrenier ; elle est attribuée à Nicolaes Maes après avoir été un temps donnée à Thomas de Keyser et Gabriel Metsu.


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3. Tabatière
avec un portrait de Catherine la Grande
Suisse, vers 1775
Or, émail, pierres semi-précieuses
Boston, Museum of Fine Art
Photo : Boston, Museum of Fine Art
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4. En haut à gauche : Carnet de bal, Angleterre, vers 1765
À droite : Bonbonnière montée avec une pièce d’horlogerie, 1765
attribuée à John et George Hannett (actif vers 1730 à 1790)
En bas à gauche : Tabatière
Jean-Baptiste Bertin (maître en 1740)
Jean George (actif en 1752-1765)
À droite : Loupe, Angleterre, vers 1765
Boston, Museum of Fine Art
Photo : Boston, Museum of Fine Art

Les Rothschild ont aussi donné de nombreux portraits miniatures dans des techniques variées. Peintre émailleur, le Suisse Jean Petitot (1607-1691) voyagea en Italie et à Londres avant de travailler à la cour de Louis XIV qu’il représenta plusieurs fois dans de précieux médaillons dont l’un se trouve désormais à Boston. On trouve également Marie-Antoinette décrite par Pierre Pasquer à l’émail sur cuivre en 1773. Les portraits pouvaient orner de petites boîtes, l’une d’elles, réalisée en Suisse vers 1775, est dotée de l’effigie de Catherine la Grande (ill. 3).
Les Rothschild collectionnaient d’ailleurs toute une série d’objets dits « de vertu », étuis, bonbonnières, tabatières, décorés de laque, d’or, d’émaux et de pierres précieuses (ill. 4) ; une production qui connut un âge d’or au XVIIIe et à laquelle le musée Cognac-Jay avec consacrée une jolie exposition (voir l’article).

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5. Heinrich Füger (1751–1818)
Joseph Barth (1746-1818)
Ivoire - 7.6 x 5.7 cm
Boston, Museum of Fine Art
Photo : Boston, Museum of Fine Art

Dans la galerie de petits portraits peints sur ivoire, on compte Georgiana, duchesse du Devonshire représentée par l’Anglais Samuel Shelley (1756-1808), mais aussi l’archiduc François I, futur empereur d’Autriche, la reine de Suède, épouse de Gustave III, ou encore l’ophtalmologiste Joseph Barth (ill. 5), tous peints par Heinrich Füger, figure du néo-classicisme à Vienne où il dirigea l’Académie à partir de 1795 puis la Galerie impériale en 1806. Il peignit également sur ivoire des scènes historiées ; une Bacchante nourrissant une colombe lui est ainsi attribuée.

La préciosité n’est pas le propre des petits objets et les Rothschild ont aussi donné de belles pièces de mobilier du XVIIIe français qui vont de la commode Régence attribuée à Étienne Doirat à la commode Transition de Jacques Van Oostenrik dit Jacques Dautriche, originaire des Pays-Bas, installé à Paris vers 1740 et réputé pour ses marqueteries à motifs architecturés. Quelques grands noms entrent dans la collection comme Jacques Dubois (maître en 1742) auteur d’un bureau plat (on peut en voir un autre au Louvre) ou Claude-Charles Saunier à qui l’on doit une commode dotée d’un panneau de laque japonais (ill. 6). Matériau aussi prisé en Europe que la porcelaine ou les pierres dures, la laque était importée : les ébénistes n’hésitaient pas à démonter cabinets et paravents afin d’insérer les panneaux dans des meubles occidentaux. Les artistes cherchèrent en vain à percer le mystère de sa composition, ils réussirent cependant à en imiter l’effet (voir l’article). Fils et petit-fils d’ébénistes, Claude-Charles Saunier (1735-1807) fut reçu maître en 1752, mais ne fit enregistrer ses lettres de maîtrise qu’en 1765, lorsqu’il reprit l’atelier de son père.


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6. Claude‑Charles Saunier (1735 - 1807)
Commode à encoignures, vers 1770-1780
Bois, laque
Boston, Museum of Fine Arts
Photo : Boston, Museum of Fine Arts
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7. Albrecht Dürer (1471-1528)
Armoiries de la mort, vers 1503
Boston, Museum of Fine Arts
Photo : Boston, Museum of Fine Arts

Pour finir, le musée a reçu plusieurs dessins allemands. Quatre sont de la main de Johann Elias Ridinger (1698-1767) graveur renommé à Augsbourg, notamment pour ses scènes de chasse : deux portraits de Guillaume Auguste, Duc de Cumberland et George II roi de Grande-Bretagne sans doute3 liés à deux gravures, et deux dessins d’oiseaux Birds of Prey, I Know All the Birds on the Mountain. Plus tardive, une Vue de Prater, Vienne est de Johann Henrich Ramberg (1763-1840). Autre nationalité, autre ton, une feuille du caricaturiste anglais Thomas Rowlandson représente Le Contrat de mariage.

Quant aux gravures, un ensemble détaille les événements qui marquèrent l’histoire des Pays-Bas, de la France, de l’Allemagne et de l’Angleterre de 1535 à 1620, gravé par Frans Hogenberg (vers 1540-vers 1590) et Abraham Hogenberg (actif en 1608-1653). On passe aussi des Armoiries de la mort par Albrecht Dürer (ill. 6) - qui vient rejoindre un autre exemplaire conservé au musée - aux gravures d’ornements de François Boucher dans un recueil des années 1750-1770. De la fragilité à la préciosité de la vie.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, vendredi 24 avril 2015


Notes

1Il ne s’agit pas de la même branche de la famille.

2Nous la rajouterons si nous le pouvons.

3Nous n’avons pas d’illustration.





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