Un dessin de Schnetz pour la Madeleine préempté par Orléans


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1. Jean-Victor Schnetz (1787-1870)
Étude de femme pour la Conversion de la Madeleine
Pastel et trois crayons - 42 x 40 cm
Préempté par le Musée des Beaux-Arts d’Orléans
Photo : Lasseron & Associés
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9/2/18 - Acquisition - Orléans, Musée des Beaux-Arts - Le Musée des Beaux-Arts d’Orléans a préempté, aujourd’hui vendredi 9 février, à l’hôtel Drouot chez Lasseron & Associés, pour 6 500 € hors frais (et grâce à la société des amis du musée), un grand et très beau dessin de Jean-Victor Schnetz (ill. 1) préparatoire à la peinture murale réalisée par l’artiste dans l’église de La Madeleine à Paris.

Le chantier de La Madeleine a connu de nombreuses évolutions. Dans un premier temps, Paul Delaroche devait peindre le décor entier, racontant l’histoire de sainte Marie-Madeleine et formé du cul-de-four et de six compositions en demi-lunes en hauteur de part et d’autre de la nef. En 2001, une esquisse peinte, La Madeleine se rendant à Marseille, avait été acquise par le Musée départemental de l’Oise à Beauvais (voir cet article), tandis que le Musée du Louvre conserve notamment plusieurs dessins préparatoires à cette commande.

Finalement, Thiers décida de confier le cul-de-four à Jules Ziegler, ne laissant à Delaroche que les six peintures de la nef. De dépit, mais peut-être aussi parce qu’il ne se sentait pas à l’aise devant un si grand chantier, celui-ci renonça à la commande1. Elle fut donc partagée entre sept artistes : Ziegler donc, pour le cul-de-four, François Bouchot, un excellent peintre mort jeune à 42 ans qui réalisa la Mort de la Madeleine, dont plusieurs esquisses sont connues et dont une a été acquise également par le Musée départemental de l’Oise (voir la brève du 25/5/07), Émile Signol, Auguste Couder, Abel de Pujol, Léon Cogniet et Jean-Victor Schnetz pour les lunettes de la nef. Ces œuvres sont aujourd’hui sales, et difficilement visibles dans l’église et il faut espérer qu’elles pourront un jour bénéficier de la restauration et de l’éclairage qu’elles méritent.

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2. Jean-Victor Schnetz (1787-1870)
La Conversion de la Madeleine, 1839
Peinture à la cire
Paris, église de la Madeleine
Photo : Didier Rykner
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Le Musée des Beaux-Arts d’Orléans, grâce au legs Cogniet, conserve un grand nombre d’études peintes de Léon Cogniet pour la Marie-Madeleine au Sépulcre. Le cabinet des dessins, l’un des plus riches des musées français, avait donc toute légitimité à acquérir cette superbe feuille de Schnetz, pour la même commande. Celui-ci fut chargé de peindre, à la cire, la lunette se trouvant au dessus de la première chapelle à droite représentant La Conversion de la Madeleine (ill. 2). L’intervention de six peintres différents aboutit à une grande diversité de l’inspiration qui nuisait à l’unité de l’ensemble, ce que l’architecte Huvé regretta après le renoncement de Delaroche. Alors que l’œuvre de François Bouchot, par exemple, est d’inspiration très romantique, delacrucienne même, Schnetz au contraire choisit une composition classique, s’articulant autour de la figure centrale du Christ. Les protagonistes sont habillés comme des paysans de la campagne romaine, rapprochant ainsi ce tableau religieux des scènes de genre italienne qu’affectionnait l’artiste. La figure étudiée, très aboutie, est celle de la femme agenouillée à droite qui tient d’une main la tunique de la Madeleine et lui montre quelque chose de l’autre que nous avouons avoir du mal à identifier car très difficile à voir, tant sur place que sur les photographies.

On signalera pour terminer que ce dessin est signé et dédicacé en bas à droite « à son ami Mr. Bertin / de Vaux [sic] / 18432 ». Il faisait en effet partie, avec quelques œuvres de la vente, du mobilier du château de Villepreux dont l’essentiel avait été dispersé aux enchères en 2016 sous l’œil d’un ministère de la Culture en état de mort clinique (voir l’article).


Didier Rykner, vendredi 9 février 2018


P.-S.

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Notes

1Sur le chantier avorté de Paul Delaroche à la Madeleine, on lira l’essai de Georges Brunel dans le catalogue de la rétrospective de Nantes et Montpellier en 1999-2000.

2Le dessin est sans doute préparatoire à la peinture murale, et daté quatre ans plus tard au moment de la dédicace, à moins qu’il ne s’agisse d’une reprise plus tardive exécutée pour être offerte à Bertin de Veaux.





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