Un Delacroix pour Ottawa


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Eugène Delacroix
Christ à la colonne, vers 1849
Huile sur toile - 35,7 x 27,3 cm
Ottawa, Musée des Beaux-Arts du Canada
Photo : MBA du Canada

11/12/14 - Acquisition - Ottawa, Musée des beaux-arts du Canada - Longtemps déposé au Metropolitan Museum de New York, un tableau d’Eugène Delacroix, Le Christ à la colonne, a finalement été acquis auprès de son propriétaire par le Musée des Beaux-arts du Canada.

L’œuvre est peinte sans autre élément narratif ; le spectateur n’est diverti par aucun détail : il est invité à contempler la nature humaine du fils de Dieu, son dénuement, sa solitude et sa souffrance moins physique que spirituelle. Son corps courbé se détache dans un espace ocre et neutre, vide et austère, d’où les bourreaux sont absents. Le jeu d’ombre et de lumière participe à la mise en scène dramatique de cet épisode de la Passion : le dos du Christ est éclairé violemment tandis que son visage reste dans la pénombre. Étonnamment, il n’a pas de marques de flagellation. Il n’est pas non plus couronné d’épines mais le manteau rouge qui git à ses pied évoque le Christ aux outrages et l’Ecce Homo.
Une peinture très similaire à celle-ci se trouve au Musée des beaux-arts de Dijon, signée et datée de 1852, à peu près de la même époque - tardive - que celle d’Ottawa réalisée autour de 1849. L’attribution du tableau de Dijon à Delacroix a un temps été contestée, mais ne fait plus de doute aujourd’hui. Dans cette peinture, qui fut gravée par Victor Loutrel1 - Jésus est couronné d’épines. La composition en revanche est la même : le Christ présenté de trois-quarts dos est vêtu d’un drapé qui s’arrête à la taille et le même manteau rouge est jeté sur le sol. La même porte en contre-bas laisse apparaître des soldats qui sont peut-être aussi esquissés dans la peinture d’Ottawa, mais qu’on distingue difficilement. Leur présence est plus claire dans la gravure de Loutrel.

On sait que Delacroix admira La Flagellation de Rubens, lors d’un séjour à Anvers en 1850, et s’en inspira probablement pour son tableau. « En sortant, le Jésus flagellé, le Saint Paul…, chef-d’œuvre de génie s’il en fut. Il est un peu déparé par le grand bourreau qui est à gauche. Il faut vraiment un degré de sublime incroyable pour que cette ridicule figure ne gâte pas tout. A gauche, au contraire, et à peine visible, un nègre ou mulâtre qui fait partie des bourreaux, et qui est digne du reste. Ce dos en face, cette tête qui exprime si bien la fièvre de la douleur, le bras qu’on voit, tout cela est d’une inexprimable beauté. »2


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, jeudi 11 décembre 2014


Notes

1Le Christ au pilori, gravé par Victor Loutrel d’après Delacroix, pour la collection Adolphe Moreau, Paris, Bibliothèque Nationale de France. Gravure signalée dans une notice du Musée des Beaux-Arts de Dijon rédigée par Sophie Barthélémy.

2Eugène Delacroix, Journal, 8 juillet 1850.





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