Un Daniele da Volterra réexposé au Louvre


1. Le David et Goliath exposé dans la
Grande Galerie du Louvre
Photo : D. Rykner

1/12/07 – Accrochage – Paris, Musée du Louvre – Depuis quelques jours, la Grande Galerie du Louvre expose le David et Goliath peint par Daniele da Volterra, artiste toscan du XVIe siècle, grand ami et disciple de Michel-Ange. Après avoir connu une longue restauration, ce tableau revient au musée en occupant, non pas une cimaise, mais bien le centre de la galerie (ill. 1).
Il s’agit en effet d’un cas plutôt rare de tableau peint sur deux faces, représentant la même composition sous deux angles de vue différents (ill. 2 et 3). Il faut reconnaître là une illustration du fameux paragone, débat intellectuel où la peinture prétendait rivaliser avec la sculpture quant à la représentation du réel. C’est pourquoi l’artiste a, dans ce cas, favorisé une configuration aussi inhabituelle pour une œuvre peinte, mais lui permettant de montrer plus de volumes que sur une seule surface.

Autre caractéristique peu commune de cette œuvre, son support. A l’habituelle toile, Daniele da Volterra a préféré une ardoise d’une taille tout à fait inhabituelle. L’ardoise, comme d’autre supports tels que le cuivre, permet d’obtenir un aspect plus brillant de la couche picturale. Mais sa consistance friable a occasionné des problèmes de conservation accuentués par ses grandes dimensions, d’où la longue et délicate opération de restauration rendue nécessaire ces dernières années. Le poids même du support avait nécessité la réalisation d’un piètement et d’un cadre spécifiques, d’une belle facture.


2. Daniele da Volterra (1509-1566)
David et Goliath, recto
Huile sur ardoise - 133 x 172 cm
Paris, Musée du Louvre

3. Daniele da Volterra (1509-1566)
David et Goliath, verso
Huile sur ardoise - 133 x 172 cm
Paris, Musée du Louvre


De Daniele da Volterra, on connaît surtout les repeints de pudeur sur les figures devêtues du Jugement dernier de Michel-Ange à la Chapelle Sixtine, tâche lui ayant valu le surnom de Braghetone... Quelques expositions et publications lui ont heureusement rendu une place bien plus importante, et le David et Goliath du Louvre témoigne de son assimilation talentueuse de la manière michelangelesque. S’inspirant fortement mais librement du même sujet traité par le maître dans un écoinçon de la voûte de la Chapelle Sixtine, Daniele da Volterra accentue la violence de la scène et les effets de contrastes entre les protagonistes.
Cité par Vasari dans ses Vite, le tableau fut commandé vers 1550-1551 par Monseigneur Giovanni della Casa, lettré et ecclésiaste d’origine florentine qui effectua une partie de sa carrière à Rome. Protégé d’Alexandre Farnèse, et auteur notamment d’un ouvrage de courtisanerie, Della Casa fut portraituré par Pontormo (Washington, National Gallery of Art). Le David et Goliath resta en Italie jusqu’en 1715, année où Louis XIV le reçut comme cadeau diplomatique. Ce n’est qu’en 1811 que l’œuvre rejoignit le Louvre, et plus précisément la galerie d’Apollon, avant d’être envoyée à Fontainebleau en 1939 où il fut exposé dans la chapelle. Il est heureux que ce tableau des collections royales, qui n’avait pas vraiment de liens avec Fontainebleau, retrouve un bel écrin au sein de la galerie des peintures italiennes.

Pour conclure, rappelons que le Louvre conserve aussi de cet artiste un Portrait de Michel-Ange, en bronze, ainsi qu’un ensemble de dessins. Parmi ces derniers se trouvent certaines esquisses préparatoires au chef-d’œuvre de Daniele, la Descente de croix de la Trinité des Monts à Rome, tableau lui aussi récemment restauré.

English version


Benjamin Couilleaux, samedi 1er décembre 2007



Tip A Friend  Envoyer par email
imprimer Imprimer cet article

Article précédent dans Brèves : Deux Carus pour le Louvre et le Met

Article suivant dans Brèves : Antonio Paolucci, nouveau directeur des musées du Vatican