Un cuivre de Guido Reni et un dessin de Degas acquis par le Städel Museum


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1. Guido Reni (1575-1642)
Assomption, 1596/1597
Huile sur cuivre - 58 x 44,4cm
Francfort, Städel Museum
Photo : Städel Museum

28/01/15 - Acquisitions - Francfort, Städel Museum - L’œuvre, qui se trouvait dans une collection suisse, avait été redécouverte à l’occasion d’une vente organisée le 23 mars 2013 par Koller à Zurich : estimée 120 000 francs suisses, elle fut adjugée 1,2 millions... Cette Assomption est bien une peinture précoce de Guido Reni (ill. 1). Elle a été achetée par Jean-Luc Baroni puis revendue au Stadel Museum de Francfort qui a pu l’acquérir grâce à l’aide des Amis du musée.
Peinte à huile sur cuivre et datée de 1596-1597 environ, elle fut probablement commandée par Astorre di Vincenzo Sampieri, chanoine de la cathédrale de Bologne et détenteur d’une importante collection d’œuvres d’art ; c’est du moins ce que suggère Carlo Cesare Malvasia (1616-1693), auteur de la première biographie de l’artiste, publiée en 1678.
Elle passa ensuite en 1811 dans la collection d’Eugène de Beauharnais, fait duc de Leuchtenberg en 1817. A Munich, Johann David Passavant (1787-1861) catalogua la collection Leuchtenberg en 1851, N. Muxel la grava, et l’on retrouve ainsi la trace de l’Assomption. Aujourd’hui, elle rejoint au Städel une autre peinture plus tardive de l’artiste représentant Le Christ à la colonne (1604).

Si le dogme de l’Assomption fut proclamé au XXe siècle (1950), sa fête est célébrées par l’Église depuis longtemps, surtout après le Concile de Trente qui insiste sur la piété mariale.
La Vierge se tient au centre, sur des nuages, entourée d’anges, les bras ouverts, les yeux levés au ciel. Reni s’inspire sans doute des Carrache, l’Assomption d’Annibale et celle d’Agostino, peintes quelques années auparavant et toutes les deux conservées à la Pinacothèque de Bologne.
On retrouve en effet la posture de Marie les bras ouverts, le visage levé, assise sur des nuages habités d’anges. Mais Reni, qui avait lui même peint un Couronnement de la Vierge en 1594-1595 pour l’église de San Bernardo, se concentre ici sur la partie céleste de l’événement, excluant les apôtres. La composition est moins dynamique, plus claire aussi, que celle des Carrache : Marie et les deux grands anges au premier plan forment un triangle stable dans ce ciel mouvant, tandis que deux rangées de chérubins se déploient symétriquement de part et d’autre d’un rayon doré descendu des cieux. Il y a déjà dans cette peinture une douceur, un raffinement propres à Guido Reni. L’ange musicien de droite au dos nu qui se retourne vers le spectateur semble encore appartenir au maniérisme tardif.
Deux œuvres très similaires à celle-ci, de la main du maître Bolonais également, sont conservées l’une au Prado (il s’agit d’une huile sur bois), l’autre à la National Gallery de Londres (huile sur cuivre).

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2. Edgar Degas (1834–1917)
Étude de Nu, vers 1888–1892
Fusain et pastel sur papier - 55, 8 x 36.8 cm
Francfort, Städel Museum
Phto : Städel Museum

Autre acquisition : une étude de nu d’Edgar Degas (ill. 2), réalisée vers 1888-1892, a été donnée au Städel par un mécène qui l’a probablement achetée auprès de la galerie Le Claire Kunst (Hambourg).
L’artiste ne se lasse pas d’étudier le corps féminin, de le malmener, de le contorsionner et de lui donner des poses qui n’ont rien de sensuel. Les femmes, chez Degas, ne s’offrent pas au regard du spectateur, elles se font surprendre dans leur intimité en train de faire leur toilette, de se laver ou de se coiffer, comme ici. On voit son visage, ce qui est finalement assez rare, et l’artiste lui confère une certaine monumentalité en la représentant en gros plan : elle semble se tordre pour faire tenir son corps dans le format de la feuille.
Le dessin acquis par le Städel porte le cachet « Lugt 658 » ce qui signifie qu’il est resté dans l’atelier de l’artiste jusqu’à sa mort et fut vendu avec le reste en 1918 à Paris. Il complète la collection du musée qui conserve du peintre un portrait dessiné de Madame Gaujelin (1867) et un monotype Repos sur le lit (vers 1876-1877). Le Musée Orsay a récemment consacré une exposition au nu dans l’œuvre de Degas (voir l’article).


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, mercredi 28 janvier 2015





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