
1. Jean-Louis Bezard (1799-1881)
Le Christ consolateur, 1846
Huile sur toile - 298 x 191 cm
Agen, cathédrale
Photo : CRPA - Gaillac
20/12/08 – Restauration – Agen, Cathédrale – Dans le Bulletin de la Société de l’Histoire de l’Art français 2001, paru en 2002, nous publiions le catalogue de l’œuvre de Jean-Louis Bezard1, artiste aujourd’hui bien oublié bien qu’il ait obtenu le Prix de Rome en 1829 et qu’il ait décoré pas moins de six églises parisiennes.
Certes, ce peintre parfois inégal n’est pas Ingres, pas même Flandrin. Mais il est l’auteur d’un œuvre assez abondant où l’on peut, parfois, trouver de très beaux morceaux. C’est indiscutablement le cas du Christ consolateur (ill. 1). Dans notre article, nous écrivions à son propos : « Une restauration [...] est prévue et celui-ci devrait être déposé dans la cathédrale d’Agen. » Il aura fallu attendre plusieurs années pour que cette annonce puisse enfin être réalisée : le tableau vient juste d’être restauré et sera effectivement déposé à la cathédrale, à gauche de l’entrée (celle-ci se faisant par le transept droit).
Il faut dire que la toile revient de loin. Lors de nos recherches, nous l’avions vue entreposée dans un hangar d’une entreprise de déménagement, ouvert à tous les vents, en mauvais état même si d’évidence aucune partie essentielle n’avait été touchée (ill. 2). Comment avait-elle pu aboutir là ? C’est une histoire de vandalisme officiel bien ordinaire. La chapelle de l’Hospice Saint-Jean d’Agen, construite en 1840, fut ornée en 1845-1846 d’un grand décor peint par Bezard. Il comptait notamment cinq grandes compositions, des médaillons sur fonds d’or représentant des saints ainsi que des figures en pied de saint Pierre et des évangélistes dans le cul-de-four du chœur. Cet ensemble, ainsi que les vitraux dont les cartons étaient également dus à Bezard, a subsisté en assez bon état jusqu’à la fin des années 1980 quand il fut détruit par le Conseil Général du Lot-et-Garonne pour installer dans la chapelle sa salle de réunion. Nul ne sait ce que sont devenus les vitraux et seul le Christ consolateur échappa au massacre2.

2. Jean-Louis Bezard (1799-1881)
Le Christ consolateur
Photographié vers 2000 dans un hangar
Photo : D. Rykner
Ce tableau n’a jamais été présenté au Salon de Paris. Son titre est connu grâce à la description qu’en a laissé Adolphe Magen dans un article publié en 1855 consacré au décor de la chapelle3. Ce sujet est identique à celui de la toile d’Ary Scheffer exposée au Salon de 1837 (Dordrechts Museum, une version est conservée au Van Gogh Museum d’Amsterdam). Le Christ de Bezard, cependant, n’est pas politique comme celui de Scheffer qui consolait non seulement les malades ou les mourants mais aussi les Polonais opprimés ou les esclaves. Il se contente, avec l’aide d’un ange, de soutenir une famille dans le désespoir. La mère malade ou mourante porte son dernier né tandis que son autre enfant essuie une larme. La figure la plus mystérieuse est celle du père, prostré sur la droite la main tenant un crayon (ou un pinceau ?) et posée sur un livre, tandis que de sa main gauche il s’appuie sur ce qui est peut-être une toile ou un carton à dessin. Peut-être s’agit-il d’un artiste.
La restauration, payée par le Conseil Général, a été effectuée par le Centre de Conservation et de Restauration du Patrimoine Artistique de Gaillac. L’intervention a consisté notamment à nettoyer le revers, à décrasser la toile et à alléger le vernis, à mastiquer les lacunes et à réintégrer les parties manquantes ; la toile a été consolidée et le chassis a été changé. Le résultat semble, au vu de la photo et du dossier de restauration, très réussi.
Le Christ consolateur déposé dans la cathédrale d’Agen, rejoindra ainsi une des autres grandes réalisations de Jean-Louis Bezard, le décor du chœur et des deux chapelles adjacentes. L’ensemble a été récemment restauré, avec beaucoup de soin, sous la direction de l’Architecte en chef des monuments historiques Stéphane Thouin4.
