Un buste en bronze d’Antoine Benoist acquis par le Louvre


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Antoine Benoist (1632-1717)
Buste de Suzanne Phélypeaux, 1690
Bronze - 61,8 x 26,5 x 24,8 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : Galerie Kugel

6/3/14 - Acquisition - Paris, Musée du Louvre - Le musée du Louvre a acquis auprès de la galerie Kugel un buste de Suzanne Phélypeaux par Antoine Benoist. Il complète ainsi sa collection de bustes en bronze du XVIIe siècle français d’un rare exemple de portrait féminin. Artiste célèbre sous Louis XIV, dont il obtint de nombreux privilèges passant rapidement d’un des dix peintres ordinaires du roi au « peintre du roi et son unique sculpteur en cire coloriée » puis au rang de chevalier de Saint Michel dit « chevalier de l’ordre du roi », Antoine Benoist est aujourd’hui largement méconnu et très peu de ses œuvres sont conservées.

Le buste grandeur nature représente une jeune femme à la tête tournée vers la gauche coiffée d’une ample chevelure faite de tresses nouées autour du crâne et d’anglaises retenues par un ruban tombant sur les épaules et la poitrine découvertes. Il repose sur un piédouche en marbre. Il est signé sur le côté droit « A. BENOIST EQUES FEC AD VIVUM 1690 » (« Chevalier Antoine Benoist fait sur le vif 1690 ») et porte en son dos une plaque scellée postérieurement gravée « SUZANNA PHELYPEAUX / FRANCIÆ CANCELLARII SOROR ; / MDCC. / EX ARCHETYPO CEREO, ANNI. M.D.C.LXX. » (« Suzanne Phélypeaux, sœur du Chancelier de France, 1700, d’après le modèle en cire, an 1670 »).
L’œuvre aurait été commandée par le frère du modèle, Louis Phélypeaux, comte de Pontchartrain, devenu Chancelier de France en 1700, mentionné sur la dédicace, ou par son mari, Jérôme Bignon, garde de la Bibliothèque du roi. Selon la galerie Kugel la plaque aurait ensuite été commandée par Jérôme III Bignon comme marqueur de l’ascension sociale de la famille, peu de temps après que son oncle, Louis Phélypeaux de Pontchartrain, ait été appelé à la charge de Chancelier. Elle est longtemps restée chez les descendants du modèle avant de passer dans une collection privée suisse.
Fondue en 1690, à la mort de Suzanne Phélypeaux (1641-1690), elle est la reprise en bronze d’un modèle moulé en cire par Antoine Benoist vingt ans plus tôt, aujourd’hui disparu, en un véritable portrait souvenir qui a vocation à pérenniser le visage de la défunte. Cependant, la ciselure très soignée, les reliefs du visage si précis que l’épiderme est perceptible, laissent supposer Geneviève Bresc-Bautier1 qu’il ne s’agit pas d’une « transcription mécanique d’une cire colorée […] mais [d’]une recréation » pour laquelle le sculpteur s’est très certainement adjoint le savoir-faire d’un fondeur.

Le modèle en cire de 1670 appartiendrait à un groupe plus large d’effigies en cire dont Antoine Benoist s’était fait une spécialité. Portraitiste des cercles de la Cour, surnommé Benoît du Cercle, il a constitué une grande collection de personnalités en cire, pas moins de quatre-vingt-dix sont mentionnées dans son inventaire après décès, dont seul le portrait de Louis XIV subsiste aujourd’hui, conservé à Versailles. Les têtes et bustes grandeur nature moulés directement sur les sujets étaient ensuite colorés, coiffés de perruques, pourvus d’yeux en émail et vêtus de tenues fournies par les modèles eux-mêmes. Elles étaient exposées chez lui rue des Saints Pères en une surprenante préfiguration des collections de Madame Tussauds à Londres ou du musée Grévin à Paris. Si les effigies royales en cire relèvent d’une longue tradition qui remonte au Moyen Age, tour à tour festives, votives et funéraires, elles ne perdureront pas après Louis XIV et vivent avec Antoine Benoist leurs dernières heures de gloire. Le grand réalisme obtenu par l’empreinte directe entrant alors en contradiction avec le portrait royal ou de cour que l’on veut magnifié.

Outre le portrait en cire de Louis XIV, un médaillon en bronze sculpté et deux portraits peints réalisés pour sa réception à l’Académie en 1681, celui du sculpteur Jacques Buirette et celui du peintre Gabriel Blanchard, sont également conservés à Versailles. La Bibliothèque nationale de France conserve, elle, un relief des Portraits de Louis le grand selon ses âges. Le buste en bronze de Suzanne Phélypeaux fait donc figure d’exception et semble être l’unique témoignage d’une reprise en bronze d’une effigie en cire dite du « Cercle de la Cour ».

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Julie Demarle, jeudi 6 mars 2014


Notes

1Geneviève Bresc-Bautier, « Antoine Benoist, cet illustre inconnu qui sculptait "sur le vivant" », Grande Galerie n° 24, juin-aout 2013, p. 16-17.





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