Un album de Le Gray pour la BnF


28/12/16 - Acquisition - Paris, Bibliothèque Nationale de France - « Le Gray comme photographe est à la fois un artiste et un savant » affirmait Alexandre Dumas dont le portrait en pied figure parmi les 113 photographies de Gustave Le Gray réunies en album par Léon Maufras, avocat et ami du photographe (ill. 1). Après la mort de Maufras, l’ensemble fut offert à Alfred de Vigny dont les annotations sur les bords sont encore visibles. Il a finalement été mis en vente par Artcurial le 15 novembre dernier (ill. 1 à 4).


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1. Gustave Le Gray (1820-1884)
Portrait d’Alexandre Dumas en pied, 1859.
Épreuve sur papier albuminé - 30 x 20,4 cm
Paris, BnF
Photo : Artcurial
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2. Gustave Le Gray (1820-1884)
Autoportrait, 1857.
Épreuve sur papier albuminé,
retouches à l’encre noire - 24,7 x 18,4 cm
Paris, BnF
Photo : Artcurial
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Cet album, qui regroupe des photographies à la fois rares et de grande qualité, a été déclaré trésor national à l’unanimité le 19 octobre. Mais il n’a pas été préempté, sous prétexte que cela dévaluerait le prix de l’œuvre, qui serait déjà diminué par le classement trésor national. Des scrupules du ministère de la Culture récents et injustifiés : car le classement ne diminue pas le prix (et souvent bien au contraire), il interdit juste de vendre l’œuvre à l’étranger pendant deux ans et demi. Le vendeur pourrait tout aussi bien, avant de mettre l’objet en vente, s’assurer qu’il obtient le précieux sésame.
Par ailleurs, il semble que la BnF, qui conserve le fonds le plus important de cet artiste, ait manifesté depuis plusieurs années son intérêt pour cet ensemble de Le Gray1. Le propriétaire avait donc la possibilité de le vendre de gré à gré et c’était son choix de le mettre aux enchères. Une préemption n’aurait par conséquent rien eu de choquant.
Quoi qu’il en soit, la BnF s’en sort mieux que Versailles (voir la brève du 17/12/16) puisque cet album adjugé 275 800 euros a pu rejoindre ses collections grâce à un collectionneur privé2 qui a accepté de l’acheter, puis de le revendre au même prix à l’État, le temps pour la Bibliothèque de réunir les fonds.


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3. Gustave Le Gray (1820-1884)
Portrait d’Alfred Auguste Le Gray,
fils du photographe
, vers 1858.
Épreuve sur papier albuminé - 25,4 x 19,4 cm
Paris, BnF
Photo : Artcurial
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4. Gustave Le Gray (1820-1884) e
Portrait du personnel de l’atelier de fixage
de Gustave Le Gray
, 1857-1858.
Épreuve sur papier albuminé 24,8 x 18,4 cm
Paris, BnF
Photo : Artcurial
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Ces photographies, certaines inédites, sont tirées sur papier albuminé et ont réalisées entre 1857 et 1860 dans le fameux atelier parisien de Le Gray, boulevard des Capucines ; elles correspondent aux années d’apogée dans la carrière de l’artiste, chargé de photographier l’empereur Napoléon III et l’impératrice Eugénie. Ces tirages, qui témoignent de son talent technique et artistique dans le genre du portrait, sont aussi remarquables pour leur grand format, très coûteux à cette époque. Outre plusieurs portraits de Maufras, qui a lui-même composé cet album, différentes personnalités du Second Empire y sont déclinées dans des poses variées : des artistes, Auguste Clésinger, Giuseppe Palizzi, des poètes et écrivains comme Théodore de Banville, Alexandre Dumas, et puis l’on passe de l’actrice Mélanie au Prince Murat. Des proches du photographe se mêlent aux célébrités, notamment son fils à la bouderie enfantine (ill. 3). Quelques portraits de groupes sont également notables (ill . 4). Enfin, plusieurs modèles restent à identifier.

Le Gray ne fit pas que des portraits. Il photographia le Salon annuel des Beaux-Arts, participa à la Mission héliographique qui avait pour but d’inventorier en images le patrimoine monumental de la France ; il fut aussi connu pour ses marines. On oublie parfois son rôle dans l’évolution technique de la photographie. Il eut une formation de peintre, avant de s’essayer au daguerréotype, et passa rapidement à la technique du négatif sur papier qu’il améliora en 1851 grâce au procédé du papier ciré sec. Sur le site de la BnF, Sylvie Aubenas revient sur la carrière, le talent et le rôle de Gustave Le Gray, qui inventa des procédés essentiels, enseigna la photographie et chercha à l’imposer au sein des beaux-arts. Il fut longtemps et injustement éclipsé par Nadar auquel beaucoup de ses portraits ont été attribués à tort.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, mercredi 28 décembre 2016


Notes

1L’album est évoqué dans le catalogue de l’exposition sous la direction de Sylvie Aubenas « Gustave Le Gray, 1820-1884 », présentée en 2002 à la BnF et au Getty. Il fut en outre présenté dans l’exposition « Alfred de Vigny et les arts » à Paris, Musée de la Vie romantique, 22 novembre 1997 - 1er mars 1998.

2Ce collectionneur est aussi un donateur des musées français, bien connu pour associer ses chiens aux donations qu’il fait.





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