Trois peintures pour Worcester


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1. Otto Dix (1891 - 1969)
Femme enceinte, 1931
Huile sur toile - 82.9 × 61.9 cm
Worcester Art Museum
Photo : Worcester Art Museum

6/9/16 - Acquisition, Worcester Art Museum - Deux peintures très différentes ont récemment rejoint les collections du musée de Worcester, dans le Massachusetts, acquises auprès de collectionneurs privés. La première est un fascinant tableau d’Otto Dix, peint en 1931 (ill. 1) : une femme enceinte et nue est présentée à mi-corps devant un fond neutre, elle tourne la tête vers le mur dans une attitude presque honteuse. Ses seins lourds tombent sur son ventre, elle tient de son bras gauche, un peu rigide, un drapé qui cache son sexe. Le camaïeu de bruns et de beiges sur lequel se détache ce corps pâle et massif accentue le dépouillement de la scène.
Otto Dix, après la Grande Guerre, délaisse l’expressionnisme pour la Nouvelle Objectivité et s’attaque ici à deux thèmes traditionnels de la peinture : le nu féminin, qui n’a plus rien d’idéal ni de sensuel, et la maternité, qui n’a plus rien de sacré ni de tendre. En peignant ce corps déformé, sans visage, il saisit la réalité physique et sociale d’une grossesse, après la guerre, sous la République de Weimar. Le sujet revient souvent dans son œuvre dessiné et peint. Sur une autre toile réalisée un an plus tôt, il choisit de peindre dans des tonalités ocres un modèle habillé et le visage tourné vers le spectateur, mais les yeux dans le vague. Le ton est totalement différent, dans une peinture de 1919 qui montre un être fantastique, rouge et bleu, fait de courbes et de contre-courbes dynamiques.
L’œuvre acquise par le musée de Worcester était détenue par la galerie new yorkaise Moeller Fine Art et a été présentée dans plusieurs expositions1. Un dessin lié à cette peinture est passé sur le marché de l’art.


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2. Philippe Jacques van Brée (1786-1871)
Vue de l’atelier de Ian Franz van Dael à la Sorbonne
Huile sur toile - 124,5 x 155,3 cm
Worcester Art Museum
Photo : Worcester Art Museum
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3. Philippe Jacques van Brée (1786-1871)
Vue de l’atelier de Ian Franz van Dael à la Sorbonne
Huile sur toile. 46 x 56,5 cm
Worcester Art Museum
Photo : Worcester Art Museum

Le musée a par ailleurs acquis un tableau de l’Anversois Philippe-Jacques Van Brée, ainsi que son esquisse (ill. 2 et 3). La toile achevée avait été mise aux enchères par Christie’s le 15 juin 2015, tandis que l’œuvre préparatoire était passée en vente à Drouot le 27 février 2013, puis proposée chez Talabardon et Gautier au salon Paris-Tableau en 2014. Les deux étaient réunies sur le stand des marchands à la dernière édition de la TEFAF à Maastricht.
Van Brée décrit l’atelier parisien de son compatriote, le peintre de fleurs Jan Frans Van Dael (1764- 1840). La chapelle de la Sorbonne, après la Révolution, fut en effet transformée en atelier d’artistes, et c’est là qu’aurait travaillé Van Dael, côté jardin, comme le suggère une porte ouverte à droite de la composition. La pièce est animée par plusieurs femmes, élèves du maître, installées devant leur chevalet dans un joyeux capharnaüm : des fleurs sont déposées sur la table, sujet de leur travail, tandis que leurs chapeaux s’entassent sur un fauteuil. L’une d’elles l’a gardé et se tient debout, au fond, elle doit être une visiteuse ; une autre élégamment vêtue d’un châle se tient debout, un carton à la main, on ne sait si c’est une cliente ou une élève. Une autre encore est assise et lit un livre, à gauche. Étonnamment, Van Deal est absent de son atelier ou plutôt il est indirectement présent par son portrait accroché au mur, tableau dans le tableau au milieu de ses propres œuvres, des natures mortes, des études d’oiseaux, mais aussi une collection de papillons et une série de vases antiques.
Jan Frans Van Dael arriva à Paris vers 1785 et renouvela la peinture de fleurs. Son atelier était fréquenté par les femmes de la bonne société et il comptait parmi ses clientes l’impératrice Joséphine, puis Marie-Louise. Adèle Riché (1791-1878) dont les natures mortes sont visibles dans plusieurs musées, fut une de ses élèves.
Van Brée quant à lui se forma à l’Académie royale d’Anvers et se rendit à Paris en 1811 où il resta cinq ans. Ce tableau fut donc réalisé peu avant son départ pour Rome, puisqu’il fut exposé au Salon de Paris de 1817. Le thème de l’atelier est récurrent dans son œuvre, comme en témoignent dans un autre atmosphère L’Atelier de femmes peintres, exécuté en 1831, ou l’Atelier du peintre à Rome peuplé de femmes beaucoup moins habillées.


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, mardi 6 septembre 2016


Notes

1La Nouvelle Objectivité, l’Art moderne allemand dans la République de Weimar 1919-1933," printemps 2015 au Museo Correr, Venise et automne 2015 au LACMA.





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