Trois nouvelles acquisitions pour Orléans


11/1/18 - Acquisitions - Orléans, Musée des Beaux-Arts - Une fois de plus, le Musée des Beaux-Arts d’Orléans est à l’honneur dans nos pages pour des acquisitions extrêmement judicieuses que nous traiterons dans l’ordre chronologique de leur exécution.


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1. Erasme II Quellinus (1607-1678)
L’Annonciation, vers 1650
Huile sur cuivre - 77 x 52,5 cm
Orléans, Musée des Beaux-Arts
Photo : MBA d’Orléans
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La première œuvre, L’Annonciation (ill. 1), est un grand cuivre d’Erasme II Quellinus. Il a été acheté pour un prix plus que raisonnable, les collectionneurs le possédant, Christiane et Guy de Aldecoa (ce dernier étant décédé depuis), souhaitant favoriser le musée d’Orléans.
Sur Erasme Quellinus, brillant peintre anversois collaborateur de Rubens, nous renvoyons à notre recension de la rétrospective que lui avait consacré le Musée de Cassel en 2014. Cette huile sur cuivre, de très grande qualité et en bon état de conservation, vient rejoindre un fonds anversois déjà conséquent, mais faible en représentants de l’école rubénienne, à l’exception d’une Tête de vieil homme par Van Dyck et d’une Allégorie de l’Amour par Thomas Willeboirts, dit Bosschaert.

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2. Jean-Jacques Bachelier (1724-1806)
Enfant endormi ou Bacchus ivre, 1765
Huile sur toile - 65,5 x 81,5 cm
Orléans, Musée des Beaux-Arts
Photo : MBA d’Orléans
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La deuxième est une huile sur toile de Jean-Jacques Bachelier, représentant le jeune Bacchus ivre, acheté à la galerie Franck Baulme à Paris. Si cet artiste est aujourd’hui surtout connu pour sa peinture animalière ou ses natures mortes, il est également l’auteur de tableaux d’histoire. Cette œuvre est particulièrement frappante, non seulement par sa qualité mais par son étrange sujet. On y voit en effet un gros enfant nu, presque un bébé, le sexe caché par une feuille de vigne, au pied d’une hotte pleine de raisin, sa jambe droite reposant sur un grand récipient vide. il fut présenté au Salon de 1765 sous le titre Enfant endormi et commenté par Diderot. Celui-ci, qui d’ailleurs n’aime pas Bachelier, est comme souvent très sévère, mais avec humour : « Mauvais tableau, an insignifiant thing, dirait un Anglais. Cet enfant est un petit pourcelet [sic], qui a mangé tant de raisin qu’il n’en peut plus et qu’il est près d’en crever. Oui, voilà ce que le peintre a voulu faire ; mais il a fait un enfant noyé, et dont le ventre s’est détendu par un long séjour au fond de l’eau. J’en appelle à la couleur livide. Il ne dort pas, il est mort ; qu’on aille avertir ses parents ; qu’on fouette ses petits frères, afin que le même accident ne leur arrive pas ; qu’on enterre celui-ci, et qu’il n’en soit plus parlé »
La toile semble en réalité, bien au delà d’un simple enfant, représenter Bacchus, ivre malgré son jeune âge. Il s’agirait donc là en réalité d’un tableau hybride, à la fois nature morte, scène de genre et peinture d’histoire. L’avis de Diderot paraît aujourd’hui bien excessif. La peinture est fort belle, avec des coloris subtils et une manière un peu grasse typique de l’artiste.

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3. France, vers 1810-1820
La Libération d’Orléans par Jeanne d’Arc en 1429
Huile sur panneau - 63 x 87 cm
Orléans, Musée des Beaux-Arts
Photo : MBA d’Orléans
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Enfin, le musée a pu acheter auprès d’un particulier et pour une somme, là encore, très avantageuse, un remarquable tableau sur panneau du XIXe siècle, probablement des environs des années 1810-1820, représentant La Libération d’Orléans par Jeanne d’Arc en 1429. Cette peinture a été acquise sous une attribution à Hippolyte Lecomte qui ne convainc pas (Lecomte est un moins bon artiste). Le nom d’Alexandre-Évariste Fragonard a également été prononcé, sans emporter davantage l’adhésion. Il semble plus raisonnable de laisser l’œuvre pour l’instant dans l’anonymat. On se réjouit que son sujet, typiquement orléanais, ait ainsi permis de faire entrer sans difficulté un beau tableau anonyme (on sait combien les commissions diverses sont réticentes, à tort à notre avis, à l’achat d’œuvres sans nom d’auteur). On admirera tant la qualité de la composition pyramidale, avec ce beau vieillard tout en blanc exactement au centre1, que l’atmosphère et les coloris étranges, presque ossianesques. Nul doute qu’un jour viendra où cette superbe peinture retrouvera son auteur.


Didier Rykner, jeudi 11 janvier 2018


Notes

1Nous ne savons pas qui il est, faute de bien connaître l’histoire de la libération d’Orléans. Si des lecteurs ont la réponse, cela nous intéresse.





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