Trois expositions sur François Boucher


François Boucher hier et aujourd’hui. Paris, Musée du Louvre, jusqu’au 19 janvier 2004
François Boucher et l’art rocaille dans les collections de l’Ecole des Beaux-Arts. Paris, Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts. Exposition terminée le 4 janvier 2004.
Les dessins de François Boucher. Exposition terminée le 14 décembre à la Frick Collection. L’exposition est ensuite allée à Fort Worth, Kimbell Art Museum, du 18 janvier au 18 avril 2004.

Le troisième centenaire de la naissance de François Boucher est l’occasion de plusieurs expositions de dessins, dont deux ont lieu à Paris (Musée du Louvre et Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts) et une à New York, à la Frick Collection. Par chance, cette dernière manifestation est accompagnée d’un beau catalogue également publié en français, aux éditions Scala, ce qui porte donc à trois le nombre d’ouvrages nouvellement parus et consacrés à l’art graphique de cet artiste. Une quatrième manifestation, Boucher et les écoles du Nord est prévue début 2004 (3 février - 30 mai) au Musée Magnin de Dijon.
La simultanéité de ces événements amène nécessairement une comparaison. N’ayant pas vu l’exposition de la Frick Collection, nous ne pourrons nous y référer qu’à travers son catalogue.

Les expositions à Paris

1. François Boucher
Tête de vieillard, de profil, à droite
Paris, Ecole Nationale Supérieure
des Beaux-Arts

Des deux présentations des institutions parisiennes, qui à l’occasion ont entamé une collaboration se traduisant par l’organisation d’un colloque commun [1], la plus agréable est sans doute celle du Louvre grâce à une mise en scène sobre, mais de très bon goût. L’hémicycle couleur bordeaux qui accueille le visiteur et l’accrochage sur des murs bleu-pastel de l’ancienne chapelle mettent parfaitement en valeur les dessins. On n’en pas dira pas autant des encadrements. C’est devenu une tradition au Louvre de refuser les cadres anciens pour de tristes baguettes modernes. Cela est spécialement regrettable dans le cas de François Boucher dont les œuvres seraient magnifiées par des cadres rocailles. Deux ou trois feuilles, prêtées encadrées (par exemple la Vierge entourée d’anges de la fondation Angladon-Dubrujeaud à Avignon, cat. 67), le démontrent amplement. Si cela est vrai également pour l’Ecole des Beaux-Arts, cette institution est moins critiquable car elle ne dispose pas, comme au Louvre, d’un stock de cadres anciens.
A cette réserve près, l’exposition du Louvre est sans doute, pour ce qui concerne François Boucher, la plus belle des deux manifestations parisiennes. Les organisateurs ont su dénicher des feuilles superbes conservées un peu partout dans les musées français.


2. François Boucher
Etude de quadrige
Paris, Musée du Louvre

L’école des Beaux-Arts, qui se limite à son propre fond, a étendu son investigation au delà de François Boucher et présente un ensemble de feuilles dues aux artistes français de l’époque rocaille. Si les Boucher sont dans l’ensemble moins spectaculaires que ceux montrés au Louvre, on verra cependant de lui quelques beaux dessins tels que cette puissante Tête de vieillard, de profil à droite (ill. 1, cat. 34) ou La Naissance de Cyrus (cat.15). Ce dernier, œuvre de jeunesse, provient comme beaucoup d’autres feuilles de la donation de Mathias Polakovits [2]. On remarquera un ensemble exceptionnel, jamais exposé, de projets de Gilles-Marie Oppenord pour un opéra (cat. 79). Les études pour le plafond et le rideau de scène, à la fois dessins d’architecture, d’ornementation et d’histoire justifient à elles seules une visite à l’exposition. Elles sont accompagnées d’œuvres ornementales dues à Jacques de La Joüe ou Gabriel Huquier. Les deux autres sections, dédiées l’une aux précurseurs, l’autre à ce que Pierre Rosenberg a intitulé justement « la génération de 1700 », montrent des feuilles notamment de Watteau, Bouchardon, Carle Van Loo et Natoire.

Les catalogues

Comme le Louvre, la Frick Collection expose un florilège. Il est tiré des collections publiques américaines et européennes. Le catalogue est dû à Alastair Laing, l’un des meilleurs spécialistes du peintre. Il complète heureusement les deux autres en engageant avec eux un dialogue fructueux. Ainsi, des dessins cités dans le catalogue du Louvre (par exemple le premier dessin connu de Boucher, Esquisse préparatoire pour le jugement de Suzanne ou l’Angle de la cour d’un bâtiment devenu rural, cités et reproduits en vignette p. 24 et 75) sont exposés à New York et font l’objet d’une notice complète (cat. 1 et 89).
Saluons l’important travail scientifique effectué par le conservateur des dessins de l’école des Beaux-Arts, Emmanuelle Brugerolles, qui en est coutumière. Elle a su s’entourer d’un aréopage de spécialistes pour donner un gros volume très documenté, et bien illustré. Son rapport qualité/prix est excellent. Le catalogue du Louvre offre quelques essais intéressants, dont un sur la formation de François Boucher. En insistant sur les dessins de jeunesse et les sujets historiques et religieux, ces trois expositions donnent une image de l’artiste quelque peu différente de celle qui s’était construite depuis le XIXe siècle et les commentaires des Goncourt. Boucher est certes un artiste galant, celui des nymphes et des amours, mais il est à la fois plus et mieux que cela. La puissance de certaines feuilles, nous songeons à l’Etude de quadrige (ill. 2, cat. 60 de l’exposition du Louvre) ou au Mucius Scaevola (cat. 6 de celle de la Frick) en fait également un authentique peintre d’histoire.

François Boucher, hier et aujourd’hui.
Commissariat : Françoise Joulie, chargée de mission au département des Arts graphiques du musée du Louvre et Jean-François Méjanès, conservateur en chef au département des Arts graphiques du musée du Louvre
Catalogue par Françoise Joulie et Jean-François Méjanès. Editions de la Réunion des Musées Nationaux, 160 p., 32 €, ISBN : 2-7118-4587-7

François Boucher et l’art rocaille dans les collections de l’Ecole des beaux-arts
Catalogue sous la direction d’Emanuelle Brugerolle avec la collaboration de Joëlla de Couëssin avec des contributions de Georges Brunel, Peter Fuhring, David Guillet, Françoise Joulie, Christian Michel, Marianne Roland Michel et Pierre Rosenberg. Edition ENSBA, 382 p., 33 €, ISBN : 2-84056-134-4

Les dessins de François Boucher.
Catalogue par Alastair Laing, avec un avant-propos de Pierre Rosenberg. Editions Scala, 264 p., 55 €, ISBN : 2 86656 328 X


Didier Rykner, lundi 1er décembre 2003


Notes

[1] Le colloque Regards de l’histoire de l’art contemporaine sur François Boucher a eu lieu à l’Ecole des Beaux-Arts le vendredi 28 novembre 2003.

[2] On attend toujours la publication de l’inventaire complet de cette donation de plus de trois mille dessins, comme s’y était engagé l’ENSBA par la voix de son directeur de l’époque, François Wehrlin, dans le catalogue Maîtres français 1550-1800. Dessins de la donation Mathias Polakovits à l’Ecole des Beaux-Arts en 1989.



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