Thomas Couture


Thomas Couture : la fabrique des grands formats. Amiens, Musée de Picardie, du 16 octobre 2015 au 21 février 2016.

Thomas Couture. Méthodes et entretiens d’ateliers. Senlis, Musée d’Art et d’Archéologie, du 17 octobre 2015 au 6 mars 2016.

Thomas Couture. L’Enrôlement des volontaires de 1792, des études préparatoires au tableau final. Beauvais, Musée départemental de l’Oise, du 17 octobre 2015 au 11 janvier 2016.

Thomas Couture dans les collections du Palais de Compiègne. Compiègne, Musée national du Palais, du 17 octobre 2015 au 1er février 2016.

Thomas Couture portraitiste. Compiègne, Musée Vivenel, du 17 octobre 2015 au 31 janvier 2016.

Thomas Couture, peintre de la société parisienne. Paris, Musée de la Vie Romantique, du 5 octobre 2015 au 28 février 2016.

L’exposition Thomas Couture se déroule simultanément dans cinq musées de Picardie1, ainsi qu’au Musée de la Vie Romantique (mais où ne sont présentés que quatre tableaux et un dessin). Hélas, nous n’avons pu nous rendre que dans quatre d’entre eux et nous n’avons pas vu la présentation de Beauvais qui est aussi celle qui se termine le plus tôt (le 11 janvier exactement). Jacques Foucart a cependant parlé récemment ici (voir l’article) de la réouverture de ce musée et de la salle consacrée à L’Enrôlement des Volontaires, l’immense toile de Thomas Couture (ill. 1). Celle-ci est entourée, à l’occasion de l’exposition, d’un ensemble d’œuvres graphiques qui viennent compléter sa présentation déjà riche de plusieurs esquisses peintes, le fond du Musée de l’Oise s’étant vu renforcé d’un certain nombre d’œuvres déposées par Orsay.


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1. Thomas Couture (1815-1879)
L’Enrôlement des volontaires de 1792
Huile sur toile - 480 x 915 cm
Beauvais, Musée départemental de l’Oise
Photo : Musée départemental de l’Oise
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2. Thomas Couture (1815-1879)
Le Baptême du prince impérial, 1856-1862
Huile sur toile - 480 x 790 cm
Compiègne, Musée national du château
Photo : RMN-GP/D. Arnaudet

Au Palais de Compiègne, autre étape de ce parcours Couture, un grand tableau inachevé est aussi conservé, mais il ne fait pas partie du parcours habituel. On peut néanmoins le voir sur demande et à certaines heures2. Il s’agit du Baptême du prince Impérial (ill. 2), et un certain nombre d’esquisses peintes et de dessins préparatoires à ce tableau est également présenté dans une salle qui s’ajoute à la petite rétrospective consacrée à Marcello et dont nous parlerons d’ici peu.
Le Musée national du château de Compiègne conserve un important fonds d’œuvres de Thomas Couture, donné dans les années 50 par sa famille (don Bertauts-Couture) et en 1970 (don Grodet-Moatti sous réserve d’usufruit, entré en 1976). Outre celles déjà citées, en rapport avec le Baptême du prince Impérial, on y voit des dessins et esquisses préparatoires pour de grands tableaux (Le Fauconnier - ill. 3, L’Amour de l’or…), ainsi que deux raretés dans l’œuvre de l’artiste : une Brouette chargée de légumes dans la cour d’une ferme et la vue d’un jardin de presbytère dans lequel lit un prêtre (ill. 4). On ne penserait pas tout de suite à Couture si l’on ne savait pas qu’il s’agit de lui. Malheureusement, ces deux petites tableaux (et beaucoup d’autres) ne sont pas reproduits dans le catalogue.


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3. Thomas Couture (1815-1879)
Le Fauconnier, vers 1850
Pierre noire et rehauts de craie - 54 X 43 cm
Compiègne, Musée national du château
Photo : Didier Rykner
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4. Thomas Couture (1815-1879)
Le Presbytère de Villiers-le-Bel, après 1869
Huile sur toile - 73 x 92 cm
Compiègne, Musée national du château
Photo : Didier Rykner

Nous pouvons en dire un mot ici. S’il a le mérite de contenir quelques bons essais sur Thomas Couture et d’être bien publié, avec de bonnes photos, on ne peut pas réellement l’appeler un catalogue d’exposition. Les toiles sont seulement listées, beaucoup n’ont pas de notice et/ou ne sont pas reproduites, aucune n’a d’historique ou de bibliographie. On peut expliquer cela par la parution prochaine (d’ici deux ans) du catalogue complet de l’œuvre de Thomas Couture. Celui-ci avait été commencé par Bénédicte Pradié-Ottinger, ancienne directrice du Musée de Sentis, trop tôt disparue (voir la brève du 19/7/12), et est désormais poursuivi par Thierry Cazaux qui a également largement participé à ces expositions. Il reste qu’il est dommage que l’ouvrage qui accompagne ces expositions ne soit pas plus complet. Un prêteur, un peu agacé que son tableau, exposé à Senlis, ne soit jamais analysé ni même reproduit dans le catalogue, nous a même contacté. Il s’agit d’une esquisse peinte lors d’un concours de l’École des Beaux-Arts quand on n’y voit pas vraiment encore la main si caractéristique de Thomas Couture. Le catalogue, sur cette petite toile, n’est pas seulement succinct. Il est presque inexistant, la mention se contentant de « Le Sacrifice de Noé, 1837. Huile sur toile. H. 0,196 m ; L. 0,247 m. Collection privée. »

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5. Thomas Couture (1815-1879)
Tête de Pierrot, vers 1853
Huile sur toile - 64 X 54 cm
Senlis, Musée d’Art et d’Archéologie
Photo : Francis Vidal

Avant d’arriver à Senlis où le nombre d’œuvres présentées est le plus important, restons à Compiègne et intéressons-nous au Musée Vivenel, où une grande salle présente essentiellement des portraits, l’un des genres de prédilection de Couture. Il s’agit ici ici d’œuvres de petite taille, portraits dessinés et peints, études pour de plus grands tableaux ou figures de fantaisies (ill. 5).

À Senlis, qui bénéficie de nombreux prêts, à peu près tous les genres sont représentés. Une salle, celle de la chapelle, est en permanence consacrée à Couture, et c’est l’occasion d’y présenter quelques œuvres provenant d’autres musées, mais aussi une acquisition récente d’une tête d’ange préparatoire au décor de la chapelle de la Vierge à l’église Saint-Eustache (voir la brève du 20/10/15). Senlis est d’ailleurs depuis longtemps un musée qui achète beaucoup de Thomas Couture. On verra donc ici notamment son Denier de saint Pierre acquis en 2004 (voir la brève du 12/1/06) et d’autres toiles et dessins acquis ces dernières années.
On remarquera cependant qu’un tableau seulement « attribué à » Couture, appartenant au Musée d’Art Roger-Quillot de Clermont-Ferrand, est en réalité d’un de ses élèves. Ceci n’est pas évident à première vue, mais lorsqu’on le sait (c’est Thierry Cazaux qui nous l’a signalé), cela devient évident en comparant avec ceux qui l’entourent. Il aurait été d’ailleurs préférable de ne pas le présenter, ou au moins de ne pas l’ « attribuer à » Couture.

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6. Thomas Couture (1815-1879)
Stella Maris, vers 1851
Huile sur toile - 43,5 x 51 cm
Paris, collection particulière
Photo : Didier Rykner

La tournée des musées picards s’achève à Amiens où deux salles montrent une petite dizaine d’œuvres venant toutes d’autres lieux car, aussi curieux que cela puisse paraître, ce musée par excellence du XIXe siècle ne possède aucun Thomas Couture.
On y verra certaines toiles de grande dimension dont La Courtisane moderne, qui se trouve depuis quelques années sur le marché de l’art, mais aussi une imposante étude pour le pavillon Denon au Louvre au crayon, sanguine, lavis gouache et pastel sur papier marouflé sur toile appartenant au Musée de Sentis. On pourra aussi y admirer deux autres belles esquisses pour la chapelle de la Vierge de l’église Saint-Eustache, un ange agenouillé appartenant à Compiègne et une étude d’ensemble pour une des trois compositions, Stella Maris (ill. 6).

Cette exposition, répartie sur plusieurs musées est à la fois une bonne initiative qui permet à ces établissements de travailler ensemble (cette année est prévue une nouvelle collaboration sur la peinture italienne en Picardie), mais les conditions matérielles (aller d’un musée à l’autre) empêchent de se faire une idée complète de l’œuvre de ce peintre et de son importance. Il mériterait - pourquoi pas à l’occasion de la parution du catalogue de Thierry Cazaux - de bénéficier un jour d’une vraie grande rétrospective.

Commissaires : Olivia Voisin (Amiens), Marie-Bénédicte Astier-Dumarteau (Senlis), Josette Galiègue et Richard Schuler (Beauvais), Gilles Grandjean et Laure Chabanne (Compiègne, Palais de Compiègne), Claire Iselin (Compiègne, Musée Vivenel) et Jérôme Farigoule (Musée de la Vie Romantique).

Sous la direction d’Olivia Voisin avec la collaboration de Thierry Cazaux, Thomas Couture romantique malgré lui, 2015, Gourcuff-Gradenigo, 144 p., &9 €. ISBN : 9782353402168


Informations pratiques :
Amiens, Musée de Picardie, 48 rue de la République, 80000 Amiens. Tél : +33 (0)3 22 97 14 00. Ouvert tous les jours sauf le dimanche matin et le lundi de 10 h à 12 h et 14 h à 18 h (le mercredi, de 10 h à 18 h, le dimanche, de 10 h à 19 h). Tarifs : 5,50 € (réduit : 3,50 €. Site internet.

Senlis, Musée d’Art et d’Archéologie, place Notre-Dame, 60300 Senlis. Tél : + 33 (0)3 44 24 86 72. Ouvert tous les jours sauf le lundi et le mardi, de 10 h à 13 h et de 14 h à 18 h. Tarifs : 6 € (réduit : 3 €). Site internet.

Beauvais, Musée départemental de l’Oise, 1 rue du Musée, 60006 Beauvais. Tél : + 33 (0)3 44 10 40 50. Ouvert tous les jours sauf le mardi de 11 h à 18 h. Tarifs : entrée gratuite. Site internet.

Compiègne, Musée et domaine nationaux du Palais de Compiègne, place du Général de Gaulle, 60200 Compiègne. Tél : +33 (0)3 44 38 47 00. Ouvert tous les jours, sauf le mardi, de 10 h à 18 h. Tarif : 9,5 € (réduit : 7,5 €). Site internet.

Compiègne, Musée Vivenel, 2 rue d’Austerlitz 60002 Compiègne. Tél : +33 (0)3 44 20 26 04. Ouvert tous les jours sauf le lundi de 10 h à 13 h et 14 h à 18 h. Tarifs : 3 € (réduit : 1,5 €). Site internet.


Didier Rykner, lundi 4 janvier 2016


Notes

1On nous pardonnera de continuer à parler de cette région qui existe toujours malgré la réforme territoriale.

2Il est prudent d’appeler le musée.





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