Thomas Campbell démissionne de son poste de directeur du Metropolitan Museum


local/cache-vignettes/L159xH240/7a60dca17cbde57d-a2431.jpg28/2/17– Démission – New York, Metropolitan Museum – La nouvelle vient de tomber (voir notamment le New York Times) : Thomas Campbell, qui était directeur du Metropolitan Museum depuis 2008 (voir la brève du 9/9/08), vient de démissionner (fortement poussé vers la sortie). Selon ce journal américain, il codirigera le musée jusqu’à son départ effectif en juin avec Daniel H. Weiss, le président du Met, qui prendra ainsi temporairement un rôle exécutif.

Lors de nos deux séjours récents à New York, en septembre à l’occasion de la Tefaf puis en janvier pour les ventes aux enchères, nous avions pu constater à quel point la gestion de Thomas Campbell était remise en cause par tous les conservateurs et historiens de l’art américains. Le Metropolitan traverse notamment une grave crise financière qui l’a amené à licencier de nombreuses personnes de manière brutale. Cette crise a été aggravée par des décisions incohérentes, comme celle de dépenser 185 millions de dollars pour occuper pendant dix ans les anciens locaux du Whitney Museum of Art.

Un ancien conservateur du Metropolitan Museum nous a livré son témoignage : « Beaucoup de nous avions l’impression que, très tôt après sa nomination, il s’est éloigné de ses origines de conservateur. Par exemple, ayant publié lui-même deux des plus beaux catalogues produits sous Philippe de Montebello, il a nommé un chef au département des éditions qui a changé ce qui est sans doute la plus belle série de catalogues dans l’histoire des musée en des publications souvent quelconques, et moins sérieuses. En général, il semblait avoir une tendance à nommer à la tête des départements des conservateurs (les "curatorial departments") des esprits plutôt pratiques que créatifs et imaginatifs, tandis que dans les département de soutien (merchandising, digital media, design, marketing, education, etc.), il avait une préférence pour des gens dits brillants mais avec peu d’expérience dans les musées, et qu’il a d’ailleurs presque tous dû virer après un an ou deux. Il s’est aussi tourné très vite vers l’art moderne et contemporain, sans s’y connaître particulièrement. Ses décisions de louer l’ancien Whitney Museum sur Madison Avenue et d’élargir considérablement l’équipe dédiée à la présence du musée en ligne nous semblaient très risquées d’un point de vue financier, ce qui s’est avéré juste. Et ni dans les acquisitions, ni dans la programmation, il ne savait imposer un goût, une vision, des idées comme le faisait souvent si bien Montebello. »

En février, rappelle le New York Times, l’ancien directeur du département des dessins, George Goldner, qui a pris sa retraite en 2014, avait déclaré, dans un article intitulé « Le Metropolitan Museum est-il une "grande institution en déclin" » : « avoir hérité d’un musée aussi fort que le Met il y a dix ans - avec une grande équipe de conservateurs - et voir ce qu’il est devenu aujourd’hui est inimaginable1 ». De nombreux conservateurs, selon cet article, étaient également opposés à sa politique qui a également consisté à diminuer le nombre d’acquisitions et les crédits consacrés aux expositions. Le journal constate que : « la manière dont Mr Cambell a perdu la confiance de ses conservateurs a été particulièrement frappante, étant donné qu’il venait de leur rang, ayant passé 15 ans comme le spécialiste de la tapisserie au musée »2

Un conservateur sorti du rang qui devient directeur d’un grand musée international, qui diminue le nombre d’expositions et d’acquisitions, dont la politique est fortement critiquée en interne et qui se retrouve avec un déficit important... Toute ressemblance avec une autre situation existant ailleurs non loin de chez nous serait purement fortuite.


Didier Rykner, mardi 28 février 2017


Notes

1« To have inherited a museum as strong as the Met was 10 years ago — with a great curatorial staff — and to have it be what it is today is unimaginable. »

2« The degree to which Mr. Campbell lost ground with curators was particularly striking, given that he came from their ranks, having spent 15 years at the museum as a tapestry specialist. »





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