La Wallace Collection de Londres qui, depuis 1890, a l’habitude de publier le catalogue de ses œuvres, a édité l’an dernier une nouvelle recension réalisée par Stephen Duffy et Jo Hedley. Ce grand et volumineux ouvrage, largement illustré de fort belles reproductions en couleurs - ensemble et détails -, se substitue dorénavant au catalogue en deux volumes, fort bien documenté, qui avait été publié en 1986 grâce aux recherches de John Ingamells.
Bien connue des amateurs de lieux d’exception, Hertford House, Manchester Square, dont les responsables ont su conserver l’ambiance et une grande partie de la présentation originale, renferme de nombreux trésors. Peintures, sculptures, meubles, armes et armures avaient été réunis par cinq générations d’amateurs depuis le milieu du dix-huitième siècle jusqu’à 1897, date à laquelle la veuve du dernier représentant de la lignée, Richard Wallace, fils bâtard de Richard Seymour-Conway, légua les œuvres présentées au rez-de-chaussée et au premier étage de Hertford House à la nation britannique. Plus tard, John Murray Scott, son héritier, l’ancien secrétaire de son mari, céda encore quelques œuvres à l’Etat anglais, mais nombre d’autres, particulièrement les écoles françaises, qui se trouvaient à Paris, furent vendues à Lady Sackville of Knole et lors de quatre ventes publiques.
L’introduction, parfaitement documentée, retrace la vie des quatre derniers Marquess of Hertford et de leur descendant, - les deux premiers collectionneurs par convenance, le troisième par goût et le dernier par passion, tout comme son fils -, et, grâce à leurs archives conservées, raconte à grands traits la constitution de la collection, les achats lors des voyages, les acquisitions en ventes publiques et les incursions dans les Salons parisiens, qui permettaient aussi de garnir les murs des résidences parisiennes de la rue Laffitte et de Bagatelle. Mais cette fringale d’art semble avoir cessé un beau jour, vers 1872-1875, lorsque la place vint à manquer.
Puisque les auteurs disposaient de l’ensemble des archives, un seul regret peut être formulé à l’issue de la lecture de cette première partie : l’absence, même sous forme de tableaux sommaires, d’un répertoire de ce qui a quitté les collections Seymour-Conway et Wallace, et permettrait au lecteur d’aujourd’hui d’avoir une vue précise et complète des goûts de cette dynastie de collectionneurs et d’apprécier à sa juste mesure la partie d’origine française de l’ensemble.
Quoi qu’il en soit 780 dessins et peintures, dont aucun ne pêche par sa faiblesse, sont encore inscrits sur l’inventaire de la collection que passent en revue les auteurs du catalogue selon une méthode rigoureuse et minutieuse : biographie de l’artiste, informations techniques précises (et en centimètres), suivies d’un commentaire faisant le point sur le sujet, ses variantes et son historique, précédant les mentions d’acquéreur et de date, et fournissant quelques références bibliographiques. Même les habitués du lieu qui n’ont souvent qu’une vision globale des œuvres disposées sur plusieurs rangées jusque sous les corniches, seront surpris du nombre et de la qualité des peintures et des dessins réunis, depuis les primitifs italiens jusqu’aux vedettes du Salon qui firent la gloire de l’art français du dix-neuvième siècle, de Rosa Bonheur à Félix Ziem. Le but de ce commentaire n’étant pas une recension de cet ensemble, je ne citerai que pour mémoire les dix-huit Boucher et les dix-huit Greuze, les magnifiques séries de portraits anglais par Reynolds, Gainsborough ou Lawrence, et ces multiples copies autographes de tableaux exposés au Salon, que l’Etat français avait été plus rapide à acquérir que les Seymour-Conway et que Richard Wallace.
Pour convaincre un peu plus ceux qui s’avéreraient réticents quant face à l’intérêt de ce nouveau catalogue, il est encore nécessaire d’évoquer les nombreuses attributions et réattributions proposées. Variées et subtiles, bien que trop légèrement argumentées parfois, elles concernent presque toutes les périodes, et vont de l’identification d’une œuvre de Niccolo Pisano jusqu’à l’intégration d’un nouveau numéro dans le corpus de Jean-Antoine Watteau, qui fait passer à huit le nombre de toiles originales de l’artiste conservées au sein de la collection Wallace.
Le travail est remarquable et sera d’une indéniable utilité. L’équilibre harmonieux des parties consacrées aux textes et aux images en fait aussi un ouvrage destiné à tous, mais peut-être est-ce cette volonté de réaliser un séduisant volume qui nous prive d’une bibliographie et d’une liste des expositions un peu développée. Cette volonté a aussi nui aux précisions utiles sur l’état des œuvres qui figuraient, même sommairement, dans le catalogue précédent et qui, en 1999, ajoutaient au prestige des recherches de Louise d’Argencourt et de Roger Diederen dans le remarquable ouvrage sur les peintures françaises du dix-neuvième siècle du musée de Cleveland, monument toujours insurpassé de l’érudition mise à la disposition d’un catalogue de collection.
Stephen Duffy, Jo Hedley, The Wallace Collection’s Pictures. A Complete Catalogue, Londres, Unicorn Press and Lindsay Fine Art, 2004, 50 £. ISBN 0-906290-38-4
