Témoignage d’une guide-conférencière à propos du Musée Carnavalet


D’une guide conférencière, qui souhaite rester anonyme pour des raisons bien compréhensibles (mais dont nous connaissons l’identité car nous nous refusons à publier des courriers non signés de personnes non identifiées), nous avons reçu ce mail, accablant et édifiant, à propos de la fermeture d’une très grande partie du Musée Carnavalet.

Lectrice assidue de La Tribune de l’Art, je souhaitais vous faire parvenir mon témoignage au sujet du Musée Carnavalet. Guide-conférencier en activité depuis un an et demi à Paris, le Musée Carnavalet fait partie des visites « classiques » qui nous sont demandées régulièrement. C’est en effet un lieu passionnant et d’une richesse incroyable. Afin de préparer au mieux mes visites, je me suis rendue à plusieurs reprises au musée et j’y ai ainsi découvert l’ampleur du désastre. J’ai dû m’y prendre à sept reprises pour parvenir à prendre connaissance d’à peu près l’ensemble des espaces, les salles étant pour plus de la moitié d’entre elles aléatoirement fermées. A ce jour, après neuf visites, je ne suis encore jamais parvenue à entrer dans les salles 128 à 138 (seconde moitié du XIXe).

Au gré de mes visites, je me suis entretenue à ce sujet à plusieurs reprises avec le personnel du musée, qui partage la frustration et l’incompréhension des visiteurs et leur demande de s’exprimer à ce sujet dans le livre d’or pour faire état de leur mécontentement. Médium bien dérisoire, bouteille à la mer... Récemment, j’ai pu rencontrer une des personnes du service de la communication du musée et échanger avec elle sur ce problème. Je lui ai fait part de mon désarroi en tant que professionnelle du guidage : à cause du nombre gigantesque de salle fermées (les 3/4 à vrai dire, entre 11h50 et 14h30) et en l’absence d’un planning prévisionnel, je ne suis en mesure de proposer à mes clients que des visites « découverte » du musée, au petit bonheur la chance, slalomant au gré des barrières nous empêchant d’accéder aux salles. Ni visite thématique possible, ni visite « chefs-d’œuvre », ni même visite d’une section particulière. Lui évoquant mon découragement à venir travailler au musée Carnavalet, j’ai évoqué la baisse probable du nombre de visiteurs si les professionnels venaient à reculons. Je me suis vu répondre que de toute façon le public de touristes était lui captif, donc pas de baisse de fréquentation enregistrée (et en filigrane : aucun effort à prévoir en direction du public local).

J’espère que ce témoignage pourra vous apporter un éclairage complémentaire sur ce sujet.


La Tribune de l’Art, jeudi 21 juillet 2011



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