Suvée, Navez et Odevaere : nouvelles acquisitions pour Bruges


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1. Joseph Denis Odevaere,
Rome avec le Colisée, 1808,
Plume, lavis, encre brune - 43 x 66,2 cm
Bruges, Groeningemuseum
Photo : Groeningemuseum

7/3/16 - Acquisitions - Bruges, Groeningemuseum - Le Musée Groeninge de Bruges s’enrichit des œuvres de trois artistes néoclassiques belges, au tournant du XVIIIe et du XIXe siècle ,qui passèrent tous les trois par Paris et eurent des liens plus ou moins cordiaux avec David. Un dessin de Joseph Denis Odevaere tout d’abord, est une donation de la galerie parisienne Talabardon & Gautier. Réalisé à Rome en 1808, il montre le Colisée et une partie de l’Arc de Constantin vus depuis le Palatin. L’artiste remporta le prix de Rome en 1804 grâce à La Mort de Phocion. Ce dessin rejoint au musée une peinture de l’artiste illustrant Narcisse (voir la brève du 9/7/15).

Les deux autres acquisitions sont des portraits peints. Le premier est de Joseph Benoît Suvée natif de la ville : acheté chez Talabardon & Gautier, il représente Nicolas-Joseph Bourguet de Travanet (ill. 2), assis devant son bureau, les jambes croisées ; il se tourne vers le spectateur, comme si l’arrivée de celui-ci l’avait interrompu dans son travail. Son habit et les cartes posées devant lui, avec la ville de Metz bien visible, évoquent sa carrière militaire dans l’Est de la France. Son frère aîné, Jean-Joseph-Guy-Henry Bourguet de Guilhem, marquis de Travanet était l’ancien banquier de jeu de la reine, avant d’acheter en 1791 l’ancienne abbaye de Royaumont, pour y installer une filature de coton, que reprendra son frère cadet.
Le peintre et son modèle se sont probablement rencontrés à la prison de Saint-Lazare... En effet, les deux frères Travanet furent arrêtés en novembre 1793 ; l’aîné était un « homme suspect, étalant le luxe le plus insolent », par conséquent ennemi de la Révolution ; son frère cadet fut relâché rapidement, mais il vint probablement visiter le marquis qui ne fut libéré qu’en août 1794.
Suvée quant à lui fut arrêté le 2 juin 1794 pour conspiration, puis libéré le 29 juillet de la même année. Pendant sa captivité il réalisa les portraits des personnes avec qui il était emprisonné, notamment André Chénier et quelques autres (voir la brève du 25/5/12. Il peignit le portrait de Travanet, le cadet, peu après sa sortie de prison et l’exposa au Salon de Paris de 1796 aux côtés de celui de sa femme avec ses enfants.


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2. Joseph Benoit Suvée (1743-1807)
Nicolas-Joseph Bourguet de Travanet
Huile sur toile - 130 x 97cm
Bruges, Groeningemuseum
Photo : Galerie Talabardon & Gautier
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3. François-Joseph Navez (1787-1869),
Théodore Joseph Jonet avec ses deux filles
Juliette et Emilie
, 1832
Huile sur toile - 145,2 x 119,7 cm
Bruges, Groeningemuseum
Photo : Groeningemuseum

Autre portrait entré au musée de Bruges1, celui de Théodore Joseph Jonet - juriste, magistrat et homme politique belge - avec ses deux filles Juliette et Emilie (ill. 3), peint en 1832 par François-Joseph Navez (sur l’artiste, lire cet article). Le tableau était déposé au musée depuis mai 2015, il a finalement été acheté auprès de la galerie Jack Kilgore & Co de New York. Un homme veuf pose avec ses deux filles, juste avant le mariage de l’une d’elles, Juliette, vêtue d’une robe bleue, arborant à sa main une bague de fiançailles. Navez réalisa près de 350 portraits tout au long de sa carrière que l’on peut diviser en trois groupes : ceux peints sous le regard de David avant son départ pour Rome en 1817, ceux exécutés à son retour de Rome après 1821 qui sont souvent des portraits de famille en largeur, et enfin ceux des années 1830 comme celui-ci, dans des formats en hauteur. La fraîche gaieté des couleurs, l’expression des personnages et la tendresse des gestes qui les unit les uns aux autres, le rendu des matières également, notamment les tissus des robes qui trahit l’admiration de Navez pour Ingres, font de ce portrait l’un des chefs d’œuvre du maître. L’artiste avait déjà représenté Jonet vingt ans plus tôt, en 1810, dans un tableau dont on avait perdu la trace et qu’Alain Jacob2 identifie comme étant le Portrait d’Homme du Musée du Louvre.
Le peintre utilise la formule de trois figures devant un paysage unies entre elles par des gestes tendres dans d’autres peintures, par exemple pour représenter Léons Suys et ses deux soeurs ou encore Gaspard Moeremans et sa famille


Bénédicte Bonnet Saint-Georges, lundi 7 mars 2016


Notes

1Nous remercions Laurence Van Kerkhoven pour les documents qu’elle nous a envoyés.

2Alain Jacob, « Les tableaux du peintre belge, François-Joseph Navez au Louvre », La Revue du Louvre 4 - 1996





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