Splendeur des collections du Prince de Liechtenstein


Evian, Palais Lumière, du 4 juin au 2 octobre 2O11.

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1. Exposition Splendeur des collections du
prince de Liechtenstein
au Palais Lumière d’Evian.
De gauche à droite : Rubens, Mars et Rhéa Silvia, tableau achevé
et modello ; Massimiliano Soldani-Benzi, Bacchus ; Rubens,
La Victoire et la Vertu et Francesco Maggiotto, Bacchus et Ariane

Nous avons eu plusieurs fois l’occasion sur La Tribune de l’Art de parler de la collection du prince de Liechtenstein, l’une des plus importantes conservées actuellement en main privée mais surtout l’une des plus vivantes. Le prince, héritier d’une longue tradition familiale qui remonte à la fin du XVIe siècle avec Karl Ier, est en effet l’acheteur de peintures anciennes sans doute le plus actif sur le marché de l’art et nous avons ici publié plusieurs de ses récentes acquisitions.
Le Palais Lumière d’Evian a réussi un très beau coup en s’assurant l’exposition d’une partie de cette collection (ill. 1). Si l’on excepte la présentation à la galerie Kugel d’un important ensemble de bronzes (voir la brève du 13/9/08), il s’agit de la première fois qu’une telle sélection est montrée en France. Le nombre d’œuvres n’est pas immense (une centaine tout de même), mais le choix est remarquable et donne une excellente idée de ses points forts.

Le catalogue qui accompagne cet événement remplit son rôle car il permet de comprendre comment la famille princière a pu réunir une telle collection. Celle-ci a d’ailleurs subi des mésaventures récentes puisqu’au cours du XXe siècle, principalement à la suite de la seconde guerre mondiale, certaines œuvres importantes durent être vendues. Mais depuis le milieu des années 70, et singulièrement cette dernière décennie, les achats ont été si nombreux qu’ils lui ont rendu tout son lustre. Et en 2004 le Gartenpalais qui l’abrite a été ouvert au public (voir la brève du 18/3/04)


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2. Pierre Paul Rubens (1577-1640)
Mars et Rhéa Silvia, vers 1616/1617
Huile sur toile - 46 x 66 cm
Vienne, Liechtenstein Museum
Photo : Didier Rykner
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3. Pierre Paul Rubens (1577-1640)
La Déploration du Christ, vers 1614-1615
Huile sur toile - 150 x 204 cm
Vienne, Liechtenstein Museum
Photo : Didier Rykner

Rubens est l’un des artistes les mieux représentés. A Evian, on pourra admirer côte à côte Mars et Rhéa Silvia qui appartient à la collection depuis 1710 et son modello acheté en 1977 (ill. 1 et 2). Le prince régnant actuel, Hans-Adam II, a depuis acquis pas moins de quatre autres Rubens : La Conversion de saint Paul (en 1997), deux esquisses : La Chasse de Méléagre et Atalante et La Chasse de Diane ainsi qu’en 2002 une œuvre de jeunesse, vers 1601-1602, Le Christ triomphant de la Mort et du Péché. Ces œuvres ne sont pas montrées à Evian où l’on verra cependant Satyre et jeune fille au panier de fruits dont on jurerait qu’il s’agit d’un Jordaens, La Victoire et la Vertu, une grande huile sur toile pour une fois un peu décevante, sans doute en raison d’une importante participation de l’atelier et surtout une Déploration du Christ (ill. 3) d’une qualité exceptionnelle.
Pouvoir montrer autant de Rubens suffirait à témoigner de l’importance de la collection. Mais on verra aussi à Evian rien moins qu’un Rembrandt précoce, Amour à la bulle de savon, un Portrait d’homme de Frans Hals, trois portraits de Van Dyck, un Saint Jean l’Evangéliste lisant par Guido Reni (ill. 4), un Joos de Momper exceptionnel, tant par sa taille (198 x 300 cm) que par sa qualité, une Veduta de Canaletto ou L’Intérieur du Panthéon à Rome de Panini…


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4. Guido Reni (1575-1642)
Saint Jean l’Evangéliste lisant
Huile sur toile - 52 x 63 cm
Vienne, Liechtenstein Museum
Photo : Didier Rykner
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5. Friedrich von Amerling (1803-1887)
Portrait de la princesse Marie Franziska von Liechtenstein
à l’âge de deux ans
, 1836
Huile sur toile - 33,3 x 26,7 cm
Vienne, Liechtenstein Museum
Photo : Didier Rykner

La collection ne se contente pas d’aligner les noms les plus célèbres. On y trouve aussi des œuvres majeures d’artistes moins connus. On peut citer ainsi une grande Adoration des Mages du Bruxellois Theodor Van Loon, ou Trois Anges musiciens d’Andrea Procaccini. La peinture italienne est d’ailleurs assez bien représentée. Le prince Johann Adam Andreas I sollicita en vain le florentin Marcantonio Franceschini pour peindre de fresques son palais. Il put tout de même en obtenir un grand nombre de toiles dont deux sont exposées à Evian.
Les artistes hollandais et flamands sont également bien représentés : outre les phares cités plus haut, on verra à Evian deux Gerrit Berckheyde ou des natures mortes de Jan Davidsz. de Heem et de Cornelis Kirk. Fort logiquement, on y trouve plusieurs peintures autrichiennes, parmi lesquelles de beaux Johann Georg Platzer et un important ensemble de tableaux Biedermeier. Friedrich von Amerling y est largement présent, notamment avec la poétique Jeune fille au chapeau de paille, une acquisition récente (voir la brève du 26/9/08) ou un adorable portrait de petite fille endormie (ill. 5). Seule la peinture française n’a pas semblé réellement intéresser les princes de Liechtenstein.


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6. Giovanni Giuliani (1664-1744)
Pied de table en bois doré, 1711
Bois de tilleul doré et argenté - 82 x 103 x 63 cm
Artiste inconnu, XVIIe siècle
Plateau
Pierres dures - 64 x 108 cm
Vienne, Liechtenstein Museum
Photo : Didier Rykner
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7. Filippo Parodi (1630-1702)
Allégorie du Vice, vers 1684-1694
Marbre - H. 76,5 cm
Vienne, Liechtenstein Museum
Photo : Didier Rykner

A côté de la peinture, il faut bien sûr parler des arts décoratifs et de la sculpture. Si le Badmington Cabinet, récemment acheté en Angleterre (voir la brève du 21/10/07) n’a pas fait le voyage, on admirera un cabinet réalisé par l’ébéniste Melchior Baumgartner ou une table au pied rococo en bois doré et au plateau incrusté de pierres dures (ill. 6).
Quelques bronzes sont exposés (dont plusieurs Massimiliano Soldani-Benzi) et deux marbres : une Allégorie du vice d’un berninisme exacerbé de Filippo Parodi (ill. 7) et un Buste du Roi de Rome par Antonio Canova.

En novembre 2012, le Liechtenstein Museum s’étendra en investissant un nouveau bâtiment, le Stadtpalais, ce qui permettra notamment de montrer plus largement le fonds Biedermeier. Un voyage à Vienne permettra donc d’admirer encore davantage les collections du Prince. En attendant, un séjour à Evian en donnera déjà un bon aperçu.

Commissaires : Caroline Messensee et Johann Kräftner

Sous la direction de Johann Kräftner et Caroline Messensee, Splendeurs des collections du Prince de Liechtenstein, 2011, Gourcuff-Gradenigo, 252 p., 39 €. ISBN : 9782353401062.

Informations pratiques : Evian, Palais Lumière, Quai Albert Besson, 75400 Evian. Tél : + 33(0)4 50 83 15 90. Ouvert tous les jours de 10h30 à 19h, sauf le lundi, de 14h à 19 h. Plein tarif : 10 €, Tarif réduit : 7 €.


Didier Rykner, vendredi 15 juillet 2011





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