Quatre expositions de dessins à Paris


Le Mystère et l’Eclat. Pastels du musée d’Orsay. Paris, Musée d’Orsay, du 30 septembre 2008 au 4 janvier 2009.
Renaissance et maniérisme aux Pays-Bas. Dessins du musée des Beaux-Arts de Budapest. Paris, Musée du Louvre, du 9 octobre 2008 au 12 janvier 2009.
Antoine-François Callet décorateur. Paris, Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts, du 20 octobre 2008 au 30 janvier 2009.
Ingres ombres permanentes. Paris, Musée de la Vie Romantique, du 16 septembre 2008 au 4 janvier 2009.

1. Ernest Duez (1843-1896)
Paysage, vers 1885
Pastel - 45,3 x 55,8 cm
Paris, Musée d’Orsay
Photo : Musée d’Orsay / RMN :

Parmi les nombreuses expositions parisiennes de cette rentrée, plusieurs sont consacrées aux dessins, catégorie dans laquelle sont généralement inclus les pastels. On commencera donc cette revue par l’exposition très réussie d’Orsay, qui présente une large sélection des feuilles de sa collection exécutées dans cette technique.
S’agissant d’une présentation faite à partir du fonds du musée, le choix peut difficilement être critiqué, d’autant que les commissaires ne se sont pas contentés de prendre uniquement de grands noms mais se sont aussi attachés à montrer à un large public des peintres moins connus, tels que Pierre Prins, Wynfort Dewhurst, Ernest Duez, François Garas... L’accrochage, sur des murs très heureusement colorés, est d’une réelle intelligence, ne craignant pas de confronter les artistes sans forcément tenir compte de la hiérarchie communément admise. On est ainsi frappé de constater à quel point la collection d’Orsay est complète et d’une qualité homogène.
Le livre publié à cette occasion n’est pas le catalogue de l’exposition. De très nombreuse œuvres exposées en sont absentes, et certains pastels publiés ne sont au contraire pas montrés. Il est regrettable qu’un véritable catalogue raisonné exhaustif n’ait pu être publié à cette occasion. Il s’agit ici plutôt d’un album, seulement enrichi de quelques courts essais.

2. Antoine Callet (1741-1823)
Homme nu, bras étendu, étude pour la coupole de la
Chapelle de la Vierge de l’église Saint-Sulpice à Paris
Pierre noire, sanguine, craie blanche - 22,9 x 36,8 cm
Paris, ENSBA
Photo : ENSBA

Pour sa part, l’Ecole des Beaux-Arts poursuit sa vaillante politique de petites accrochages, systématiquement accompagnées d’un catalogue. Le dernier montre des feuilles d’Antoine-François Callet, à l’occasion d’un double événement : la découverte dans le fonds de l’Ecole de plusieurs dessins de l’artiste recueillis par son élève André Dutertre et le don récent de deux dessins de l’artiste (brève à venir).
Callet s’avère un excellent dessinateur, très original notamment dans certaines feuilles qui semblent annoncer le XIXe siècle et qui pourraient avoir été exécutées par un artiste comme Alexandre Hesse (ill. 2), dont l’ENSBA conserve par ailleurs un fonds important. On s’explique mal que quelques dessins soient beaucoup plus faibles, notamment ceux préparatoires aux camaïeux du décor de la chapelle de la Vierge de l’église Saint-Sulpice. Brigitte Gallini, spécialiste de l’artiste, auteur d’un catalogue de ses dessins (mémoire de DEA non publié) et qui en prépare la monographie, nous a affirmé que les dessins n° 16, 20, 26, 29, 30 et 31a sont des copies de Dutertre d’après Callet, comme l’indiquerait la signature du premier visible sur ces feuilles. On doit alors s’interroger également sur les n° 20, 22, 24 et 25, eux aussi de médiocre qualité, même si les annotations laissent entendre qu’il s’agit bien d’œuvres de Callet1. Dutertre, dont quelques dessins sont exposés, est un artiste sans grande envergure qui aurait tout à fait pu exécuter ces feuilles discutables.

3. Jan Harmensz. Muller (1571-1628)
Homme embrassant une jeune femme
Pinceau, sanguine, pierre noire, crayon blanc -
22,6 x 24,,8 cm
Budapest, Musée des Beaux-Arts
(Szépm ?vészeti Múzeum)
Photo : Szépm ?vészeti Múzeum

Alexis Merle du Bourg a déjà publié ici-même un article sur l’exposition des dessins flamands des Offices à la Fondation Custodia qui n’a duré qu’à peine deux mois. Le Louvre propose pour sa part de découvrir les dessins de la Renaissance aux Pays-Bas provenant du musée de Budapest. Ceux-ci sont accrochés dans les salles précédant la peinture française du XVIIe siècle, bien plus agréables pour montrer des dessins que celles de l’aile Denon. On y découvre une sélection bien choisie, du début du XVIe à l’aube du XVIIe siècle, provenant en grande partie de la collection Esterházy. On remarquera particulièrement deux ensembles, les six paysages de Pieter II Stevens (vers 1567-après 1624) et des feuilles dues à un anonyme, le maître du carnet d’esquisses de Budapest.
Le catalogue bénéficie d’excellentes reproductions et de notices succinctes, ainsi que de textes biographiques pour chaque artiste représenté ; notons ce qui nous paraît une légère erreur d’interprétation : le Couple s’embrassant de Jan Harmensz. Muller (ill. 3) est bien mal assorti et la jeune femme ne semble pas vraiment consentante ; il faut sans doute y voir un sujet plus complexe qui reste à identifier, peut-être l’illustration d’un proverbe ou une allégorie morale.

4. Jean-Auguste-Dominiqe Ingres (1780-1864)
Le prêteur, étude pour le Martyre
de saint Symphorien

Pierre noire - 22,8 x 20,8 cm
Montauban, Musée Ingres
Photo : Musée Ingres, cliché Roumagnac

Le Musée de la Vie Romantique montre enfin une sélection de feuilles provenant de Montauban. C’est toujours un bonheur de visiter ce musée au cadre si agréable, et pouvoir y admirer des œuvres d’Ingres (ill. 4) ajoute à ce plaisir. L’exposition avait été montrée préalablement à Montauban même et fait partie de la série Carte blanche du musée Ingres, inaugurée brillamment par Adrien Goetz (voir article). Avouons notre déception avec ce second livre, dû à Catherine Lépront. Pour être franc, l’ouvrage nous est tombé des mains après quelques pages. La bonne littérature (car cela est bien écrit) fait-elle nécessairement de la bonne histoire de l’art ? Ce n’est pas certain. On nous rétorquera que cela ne veut pas être de l’histoire de l’art. On s’avouera alors incompétent pour juger des qualités de ce texte.

Collectif, Le Mystère et l’Eclat. Pastels du Musée d’Orsay, Editions de la RMN, 2008, 175 p., 39 €. ISBN : 978-2-7118-5091-4.

Teréz Gerszi, Renaissance et maniérisme aux Pays-Bas. Dessins du musée des Beaux-Arts de Budapest, Musée des Beaux-Art de Budapest / Musée du Louvre, 2008, 164 p., . ISBN : 978-2-35301-206-4.

Sous la direction d’Emmanuelle Brugerolles, Antoine-François Callet décorateur, Carnets d’études 12, Editions de l’ENSBA, 2008, 96 p., 17 €. ISBN : 978-2-84056-287-0.

Catherine Lépront, Ingres ombres permanentes, Editions Le Passage, 2008, 160 p., 25 €. ISBN : 978-2-84742-114-9.


Didier Rykner, dimanche 14 décembre 2008


Notes

1. Notons également que pour Brigitte Gallini, les tableaux reproduits en illustrations 7 et 8 ne sont pas de la main de cet artiste. Elle nous précise aussi que le dessin cité en note 3 page 26, passé en vente chez Swann Galleries à New York sous le nom de Callet n’est, selon elle, pas de lui, et représente un Jugement de Salomon, ce qui est évident. Elle précise enfin que le Louis XVIII indiqué comme perdu en note 41, page 66, est en réalité conservé au Louvre.



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