Entre cour et jardin. Marie-Caroline, duchesse de Berry


Sceaux, Musée de l’Île-de-France, du 23 avril au 23 juillet 2007.

1. François Gérard (1770-1837)
La duchesse de Berry et
ses enfants, Louise-Marie-Thérèse
d’Artois et Henri-Charles-Ferdinand-
Dieudonné d’Artois,
duc de Bordeaux
, 1822
Huile sur toile – 275 x 181 cm
Versailles, musée national du château
Photo : RMN / Christian Jean / Jean Schormans

La Restauration, qui voit le retour des Bourbons, a mauvaise presse dans l’opinion publique et ses principaux protagonistes sont souvent décriés. Une personnalité échappe à cette vision critique : Marie Caroline, duchesse de Berry (1798-1870) a laissé, de son vivant jusqu’à nos jours, une empreinte marquante dans le cœur des français. Princesse de conte de fées, elle sut apporter sa fraîcheur et sa spontanéité à une cour vieillissante et à un régime agonisant.

Une scénographie réussie pour illustrer le séjour français (1816-1830) de la duchesse de Berry

Le musée de l’Île-de-France, implanté au cœur du domaine de Sceaux, consacre jusqu’au 23 juillet une exposition à cette personnalité de légende. Les nouvelles salles d’exposition, se trouvent, dès la grille d’entrée franchie, dans les anciennes écuries de Colbert, rénovées en 2006. Elles se composent de deux plateaux de quarante mètres de long et six mètres de large. La configuration des lieux, sorte de long couloir un peu étroit ne facilite pas la tâche, mais la disposition en « open space » permet avec quelque talent et les moyens appropriés de réaliser, comme ici, une belle scénographie. Michel Albertini a découpé l’espace en une succession de pièces intimes, chacune consacrée à un thème précis. La présentation est agrémentée d’un véritable travail sur la lumière qui parvient à recréer chaque fois des ambiances différentes.

2. Louis Hersent (1777-1860)
Henri-Charles-Ferdinand-Marie Dieudonné
d’Artois, duc de Bordeaux et sa sœur
Louise-Marie-Thérèse d’Artois
, vers 1821
Huile sur toile - 148 x 110 cm
Versailles, musée national du château
Photo : RMN

L’exposition s’attache uniquement à la vie de Marie-Caroline entre son arrivée en France en 1816, pour épouser le duc de Berry, et son départ, après la chute de Charles X, en 1830. Le propos est à la fois chronologique, avec les grands événements de la vie de la princesse, géographique, avec le rappel des lieux où elle vécut et thématique avec une évocation des activités favorites de la princesse (chasse à courre, botanique, lancement de la station balnéaire de Dieppe, collectionnisme). La magie opère grâce au subtil mélange entre œuvres d’art de grande qualité, souvenirs personnels et éléments de décor, voire reconstitution du cadre de vie de la duchesse. L’osmose est particulièrement réussie dans la salle où figure le tableau de Louis Hersent (1777-1860)1 représentant ses enfants, Henri-Charles-Ferdinand-Marie-Dieudonné d’Artois, duc de Bordeaux, dans son berceau, et sa sœur, Louis-Marie-Thérèse d’Artois, juchée sur une chaise d’enfant et lui tenant la main (ill. 2). Auprès de cette composition sont réunis le berceau, retrouvé et identifié par le commissaire de l’exposition, Patrick Guibal, dans les réserves du Château de Compiègne, et qui a fait l’objet d’une restauration complète pour l’occasion, la chaise d’enfant, provenant de Château de Chambord, et la bordure du rideau du berceau, toujours conservée dans les collections du Mobilier national. Le meuble textile, très important à cette époque et souvent oublié de nos jours, est d’ailleurs fortement représenté dans cette exposition. Le Mobilier national a prêté des pièces de tissu des décors de l’époque, telles des garnitures de siège ou des bordures de rideaux. S’y ajoutent des reproductions fournies par les maisons Prelle et Braquenié qui participent largement à l’ambiance ainsi recréée.

Du mariage au deuil

Le parcours de l’exposition débute avec l’arrivée en France de Marie Caroline de Bourbon-Sicile, fille de François Ier, roi des Deux-Siciles. Lorsqu’elle débarque à Paris pour épouser Charles-Ferdinand d’Artois, duc du Berry, fils puîné du futur Charles X, elle n’a que dix-huit ans. Le tableau d’Hippolyte Lecomte (1781-1857)2 montre Marie Caroline, au mépris du protocole, s’avançant vers un Louis XVIII vieillissant, venu l’accueillir avec toute sa cour dans la forêt de Fontainebleau. Des souvenirs de cet événement capital pour la dynastie des Bourbon, puisqu’il augure l’espoir d’une descendance, accompagnent le tableau. Suivent ensuite les années de bonheur, à l’Elysée-Bourbon, puis le tragique assassinat de duc de Berry, le 13 février 1820, à l’Opéra. La duchesse rejoint alors les Tuileries, où un appartement lui est affecté dans le pavillon de Marsan. François Kisson (1771-1839) a représenté en ces lieux la princesse, avec sa fille Louise, en tenue de deuil, dans le décor entièrement tendu de noir de son nouvel logis3. Dans les vitrines alentour, sont présentés des reliques et de nombreux objets à la mémoire du prince.

Le domaine de Rosny

3. Jean-Baptiste Camille Corot (1796-1875)
Rosny, le château de la duchesse de Berry, 1840
Huile sur papier marouflé sur toile - 24 x 35 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : RMN / René-Gabriel Ojéda



Le château de Rosny constitue le grand œuvre de la duchesse. Acheté par les Berry en 1818 au duc de Dino, il devient rapidement le havre de paix qui leur permet d’échapper au cadre rigide de la cour. Après la mort de son mari, la princesse se consacre davantage encore à sa propriété. Rosny est évoqué par des plans et des vues multiples (ill. 3), dont certaines de la main de Marie-Caroline, qui avait développé un talent certain pour le dessin et l’aquarelle. Le mobilier du grand salon, en partie reconstitué par le grand industriel du sucre Gustave Lebaudy, nouveau propriétaire du domaine pendant la seconde partie du XIXe siècle, et dispersé dans des conditions scandaleuses pendant les années 1990, est partiellement restitué dans la dernière salle du rez-de-chaussée. Plusieurs sièges, toujours garnis de la tapisserie tissée par la duchesse et ses dames d’honneur entourent le guéridon d’Henri IV de la manufacture de Sèvres que Louis XVIII avait offert au duc de Bordeaux4 L’hospice Saint Charles de Rosny, construit au fond du parc de Rosny, pour abriter le cœur de prince défunt est rappelé par la présence de pièces du mobilier d’autel de la Chapelle Saint Charles.

L’art du portrait


4. Louise-Elisabeth Vigée-Lebrun (1755-1842)
La duchesse de Berry en robe de velours bleu,
Salon de 1824
Huile sur toile - 91 x 71 cm
Collection particulière
Photo : D. R.

5. Sir Thomas Lawrence (1769-1830)
Marie-Caroline des Deux-Sicile, duchesse de Berry, 1825
Huile sur toile - 91 x 71 cm
Versailles, musée national du château
Photo : RMN / Philippe Bernard


Véritable « star » en son temps, la duchesse de Berry a été fréquemment portraiturée. Parmi ces nombreuses effigies, trois œuvres sortent du lot. Due aux pinceaux du baron Gérard (1770-1837), la première (ill.1)5, en présentant la jeune mère entourée de ses deux enfants, renoue avec les portraits d’Empire de cet artiste, comme celui de Marie-Louise avec le roi de Rome. Provenant des descendants de la duchesse de Berry et exposée pour la première fois, celle d’Elisabeth Vigée-Lebrun (1755-1842) montre la duchesse en robe de velours bleu, avec un diadème de perles (ill. 4). Il est la réplique, commandée par la princesse, de celui envoyé au Salon de 1824, où cette dernière arbore une tenue en velours rouge, dont elle fit également l’acquisition. Malheureusement le charme et la grâce naturelle du modèle ne suffisent pas à rattraper l’ouvrage d’une artiste vieillissante, et ce portrait quelque peu endommagé par un fâcheux repeint, ne contient pas le génie des représentations de Marie-Antoinette qui ont fait le renom de Madame Vigée-Lebrun. La toile6 de sir Thomas Lawrence (1769-1830), envoyéà Paris en 1825 par George IV d’Angleterre pour réaliser le portrait de Charles X, constitue la plus réussie des effigies de la duchesse de Berry (ill. 5). Coiffée d’une toque écossaise, clin d’œil à la Grande-Bretagne ou référence directe à Walter Scott, alors très en vogue, la princesse se transforme par la magie du pinceau en une héroïne romanesque.

La galerie de peintures modernes de la duchesse de Berry

Une partie de l’étage est dédiée à la collection de peintures modernes de la duchesse de Berry, qui se percevait comme mécène des arts et de l’industrie. Sur ce dernier point, il convient de noter qu’elle fut la première à faire ses courses « en ville », donnant son parrainage à ses fournisseurs. Durant son exil outre-Manche, le duc avait commencé une collection de peintures anciennes, puis sa famille revenant au pouvoir, il avait entrepris de devenir un bienfaiteur de l’école contemporaine, en achetant des œuvres au Salon. Après le décès de son mari, Marie-Caroline marqua peu de goût pour les maîtres anciens. En revanche et à l’exemple de l’impératrice Joséphine, elle orienta ses choix vers les artistes de son temps. De cinquante toiles à la mort du duc, la collection contemporaine en compte quatre cent quarante-cinq à la fin de la Restauration, réparties entre les Tuileries, l’Elysée-Bourbon et Rosny. Scènes de genre, principalement de style troubadour, alors très prisé, et petits paysages dominent cet ensemble dont seuls quelques spécimens sont exposés. L’école romantique lyonnaise occupe une place non négligeable, avec notamment Henri IV et ses enfants7, d’Henri Révoil (1776-1862) et le bel ensemble de quatre œuvres sur les thèmes de la musique, la poésie, la sculpture et la peinture8 de Louis Ducis (1775-1847).

La bibliothèque de Rosny

6. Alphonse Giroux (1775-1848) et
(miniatures) Félix-Marie-Ferdiand Storelli (1778-1854)
Boîte à courrier décorée de vues de Rosny, vers 1826
31 x 26 x 22 cm
Collection particulière
Photo : Photo Jean-Louis Leibovitch

La dernière salle de l’exposition évoque avec succès une autre des grandes passions de la duchesse de Berry, la bibliophilie. La mise en scène reconstitue la bibliothèque située en angle dans l’aile de la demeure de Rosny. Un bureau de Jacob-Desmalter, ayant appartenu à la duchesse, sur lequel repose sa boite à courrier (ill. 6), est placé au centre. Sur des rayonnages apparaissent les différentes reliures au chiffre ou armes de la princesse, évocation des quelques huit milles volumes que contenait la bibliothèque.
La duchesse de Berry a marqué son époque, et une exposition de cette ampleur se justifie pleinement. On aurait même pu souhaiter qu’elle circulât en d’autres lieux. Le catalogue qui l’accompagne retrace, de manière thématique, la vie en France de la princesse. On peut simplement regretter qu’il ne contienne pas une biographie, même sommaire, qui aurait permis d’aborder les autres aspects, parfois sulfureux, de la seconde partie de son existence. L’ouvrage établit également un inventaire significatif des arts décoratifs et graphiques, de la mode et du style de vie au temps de la duchesse de Berry, et constitue une référence sur cette époque.

Isabelle Tamissier-Vétois, Gérard Rousset-Charny, François Macé de Lepinay, Patrick Guibal, Françoise Tétart-Vittu, Pierre Ickowicz, Marie-Claude Chaudonneret, Christian Galantaris, Entre cour et jardin, Marie-Caroline, duchesse de Berry, musée de l’Ïle-de-France et conseil général des Hauts-de-Seine, 256 p. 40 €. ISBN 978-2-901437-21-5.


Informations pratiques  : Musée de l’Île-de-France, Château de Sceaux, 92330 Sceaux. Tél : 01 41 87 29 50. Ouvert tous les jours, sauf le mardi de 10 h à 18 h. Entrée gratuite.

Site du musée de l’Île-de-France.


Thierry Cazaux, mercredi 20 juin 2007


Notes

1. Versailles, musée national du château.

2. Ibid note 1.

3. Ibid note 1.

4. Sèvres, musée nationale de la Céramique.

5. Ibid note 1.

6. Ibid note 1.

7. Pau, musée national du château.

8. Limoge, musée de l’évêché.



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