Foire de Maastricht (TEFAF) 2007


Maastricht, MECC, du 9 au 18 mars 2007.

1. William Etty (1787-1849)
Jeune femme nue couchée
Huile sur toile - 62 x 77 cm
Paris, Galerie Didier Aaron & Cie
Photo : Didier Rykner

Il est difficile d’imaginer, lorsque l’on arrive à la Foire de Maastricht, que le plus grand Salon d’antiquités du monde se cache dans ces bâtiments à l’architecture médiocre. Pourtant, une fois entré, on oublie absolument le lieu qui les abrite. Décoré avec goût, l’endroit est très agréable, et tout est fait pour faciliter le parcours, à commencer par des sièges confortables qui permettent au visiteur de, parfois, faire une pause dans le véritable marathon qui l’attend.
Délaissant l’archéologie et l’art moderne et contemporain, on ne parlera ici que de tableaux anciens. La sculpture est en effet à peu près absente, les dessins peu présents. En revanche, le nombre de chefs-d’œuvre de la peinture est extraordinaire. Malgré la difficulté de plus en plus grande, dont se plaignent la plupart des marchands, à se procurer des œuvres importantes, un particulier ou un musée riche et avisé pourrait ici, en peu de temps, se constituer une collection tout à fait remarquable. Il est évidemment impossible de tout décrire et de tout signaler. On se contentera donc de grappiller, ici ou là, des tableaux séduisants, sans forcément chercher à représenter une image fidèle de la répartition des siècles ou des écoles ni s’arrêter nécessairement aux noms connus ou aux œuvres les plus importantes. La subjectivité sera reine. Cet aperçu devrait donner envie aux amateurs de se rendre dans ce grand musée éphémère qui n’est pas si loin de la France. A partir de Paris, la visite peut se faire dans la journée. Elle laissera le visiteur fourbu, mais heureux.

2. Simon Vouet (1590-1649)
Sainte Catherine
Huile sur toile - 132 x 124 cm
Londres et New York, Richard Green
Photo : Richard Green

3. Simon Vouet (1590-1649)
Portrait allégorique de Marguerite de Beauclerc,
Baronne d’Achères et de Rougemont,
Marquise d’Estiau
, vers 1640
Huile sur toile - 114,5 x 145 cm
Monaco, Adriano Ribolzi
Photo : Adriano Ribolzi


4. Nicolas Poussin (1594-1665)
La sainte Famille avec saint Jean-Baptiste
Huile sur toile - 51 x 68 cm
Londres et New York, Agnew’s
Photo : Agnew’s

Notons d’abord que, pour le XVIIe siècle, les écoles nordiques et italiennes sont surreprésentées. La peinture française de cette époque se fait assez discrète, hors quelques marchands français, Eric Coatalem notamment (Vierge à l’enfant de Vouet) chez qui on retiendra aussi une toile de la fin du XVIIIe siècle, de Bénigne Gagnereaux, un saisissant Portrait de cheval. Didier Aaron montre aussi plusieurs tableaux français du XVIIe siècle, de Charles Dauphin, Thomas Blanchet, Reynaud Levieux... Chez ce dernier marchand, on admirera également une très belle peinture anglaise, un nu féminin d’une rare sensualité, de William Etty (ill. 1).
Les lecteurs de La Tribune de l’Art connaissent bien la Sainte Catherine d’Alexandrie de Simon Vouet (ill. 2) récemment réapparue (voir brève du 18/9/06). Elle est présentée ici par son nouveau propriétaire, Richard Green. On pourra regretter un nettoyage un peu excessif. Un autre Vouet, chez un marchand qui n’est pas spécialisé dans la peinture (Adriano Ribolzi, de Monaco), attire l’attention (ill. 3). On pourra voir encore au moins deux portraits de Philippe de Champaigne, dont l’un chez Wildenstein, et trois Poussin, dont aucun n’égalent – et de loin – celui que Lyon tente d’acheter (voir brève du 2/2/07). Le plus beau des trois est présenté par Agnew’s (ill. 4) tandis que Jan Krugier présente un petit fragment et le fameux Apollon et Marsyas, jadis exposé au Louvre et que ce musée a dû rendre à ses propriétaires. Il s’agissait sans doute d’une identification remarquable, mais il faut avouer que ce tableau ne manque pas franchement aux cimaises du Louvre.

Restons dans l’art français, avec le tableau de Jacques Rousseau (ill. 5) chez Stair Sainty ; les peintures de chevalet représentant des architectures de cet artiste, qui a décoré le Salon de Vénus à Versailles, sont très rares.

5. Jacques Rousseau (1630/1-1693)
Perspective architecturale : un Temple
Huile sur toile - 77 x 122 cm
Londres, Stair Sainty Ltd
Photo : Stair Sainty Ltd

6. Louis Finson (1670/78 ?-1617)
Les Quatre Eléments
Huile sur toile - 179 x 169,2 cm
Milan, Galerie Rob Smeets
Photo : Galerie Rob Smeets


Cette revue, décidément très partielle et partiale, ne peut ignorer le tableau sans doute le plus extravagant de cette foire, et dont le seul défaut serait d’avoir déjà été présenté l’année dernière : Les Quatre Eléments de Louis Finson (ill. 6). Que cette toile extraordinaire n’ait pas encore trouvé acquéreur laisse perplexe. Une telle œuvre, d’un des suiveurs les plus précoces du Caravage, serait bien digne du Louvre qui n’en possède aucun. L’iconographie, très complexe, est décrite en détail dans un ouvrage publié par la galerie Rob Smeets, de Milan, qui l’expose. Seul tableau nordique1 – encore Finson a-t-il beaucoup à voir avec le sud de la France – dont on parlera ici, venons en maintenant à l’école italienne. Les chefs-d’œuvre foisonnent. Maurizio Canesso expose cette année un étonnant ensemble de peinture napolitaine. On retiendra une nature morte de Paolo Porpora, éblouissante de fraîcheur, et un tableau d’un artiste rare, Carlo Coppola (ill. 7).

7. Carlo Coppola (documenté à Naples de 1653 à 1665)
La Décollation de saint Janvier et de
ses compagnons à Pozzuoli

Huile sur toile - 161,5 x 239,5 cm
Paris, Galerie Canesso
Photo : Galerie Canesso

8. Daniele Crespi (vers 1595 ?-1630))
La Dérision du Christ
Huile sur toile - 108 x 91 cm
Paris, Galerie Sarti
Photo : Galerie Sarti


Chez Sarti, l’autre marchand italien de Paris, qui se spécialise surtout dans les primitifs, on reproduira le magnifique Daniele Crespi (ill. 8), peintre milanais encore absent des cimaises du Louvre.
On découvre parfois des tableaux importants d’artistes dont on ignorait tout. Qui a jamais entendu parler de Gian Giacomo Barbelli, un peintre originaire de Créma, dont on pourra voir, chez Matthiesen, un superbe Ange gardien ? Son arrière-plan laisse penser que l’envoyé du ciel vient chercher une victime de la peste (ill. 9). Le Seicento est encore représenté par un chef-d’œuvre, le Saint François soutenu par un ange d’Orazio Gentileschi (ill. 10), chez Richard Feigen où l’on verra aussi une belle Déposition de croix du Scarsellino.

9. Gian Giacomo Barbelli (1604-1656)
L’ange gardien
Huile sur toile - 203 x 150 cm
Londres, The Matthiesen Gallery
Photo : The Matthiesen Gallery

10. Orazio Gentileschi (vers 1595 ?-1630))
Saint François soutenu par un ange
Huile sur toile - 162,5 x 116 cm
New York, Richard L. Feigen & Co
Photo : Richard L. Feigen & Co


11. Johann Christian Thomas Wink (1738-1897)
L’Assomption de la Vierge, 1710
Huile sur toile - 71,8 x 42,5 cm
Munich, Daxer & Marschall Kunsthandels GmbH
Photo : Daxer & Marschall Kunsthandels


Du XVIIIe siècle italien, on verra plusieurs esquisses de Gaetano Gandolfi, dont une belle Sainte Famille avec Saint Egidio chez Robilant-Voena ou pour l’école allemande, tellement marquée par l’Italie, un bozzetto préparant un autel du monastère de Scheyern, en Bavière, peint par Johann Christian Thomas Wink (ill. 11).

12. Giovanni Paolo Panini (1691/92-1765)
Un concert
Huile sur toile - 155 x 119,3 cm
Londres et New York, Dickinson
Photo : Dickinson

13. Giovanni Paolo Panini (1691/92-1765)
Un bal
Huile sur toile - 155 x 119,3 cm
Londres et New York, Dickinson
Photo : Dickinson


Deux tableaux de Gian-Paolo Panini furent il y a peu des trésors nationaux français que l’Etat français n’a pas su retenir. Ils sont présentés sur le stand de Dickinson (ill. 12 et 13) et laisseront beaucoup de regrets aux conservateurs français.

14. Horace Vernet (1691/92-1765)
Portrait équestre de Justo Macha
Huile sur toile - 78,5 x 96,5 cm
Londres, Colnaghi
Photo : Colnaghi

15. Antoine-Jean Gros (1771-1835)
Portrait du Général Lariboisière
Huile sur toile - 73 x 59 cm
Paris, Galerie Jean-François Heim
Photo : Galerie Jean-François Heim


16. François-Joseph Navez (1787-1869)
L’Incrédulité de saint Thomas, 1823
Huile sur toile - 242 x 176,5 cm
New York, Jack Kilgore & Co, Inc.
Photo : Jack Kilgore & Co, Inc.

Poursuivons notre visite avec le XIXe siècle où l’on ignorera délibérément les grands noms de l’Impressionnisme, pour retenir un modeste mais séduisant Cavalier d’Horace Vernet chez Colnaghi (ill. 14) ou le Portrait du Général Lariboisière, par le Baron Gros, proposé par Jean-François Heim (ill. 15), dans un état admirable et d’une qualité exceptionnelle. On conclura ce bref aperçu par une très impressionnante et monumentale Incrédulité de saint Thomas de François-Joseph Navez qui avait été commandée pour l’église Saint-François-Xavier d’Amsterdam.
Les allées de Maastricht voyaient, lors de l’inauguration, se presser les plus grands collectionneurs et de nombreux conservateurs des musées européens et américains. Nul doute que certaines de nos prochaines Nouvelles brèves parleront d’acquisitions qui se sont conclues ou ont été initiées lors de la TEFAF. Le Louvre lui-même n’a pas fait exception, en achetant un tableau important. Nous en parlerons bientôt.

Site Internet de la TEFAF


Didier Rykner, dimanche 11 mars 2007


Notes

1. Nous aurions pu parler du beau Salomon de Koninck chez Bob Haboldt ou du ravissant petit cuivre de Karel du Jardin que l’on peut voir chez Grassi Studio. On ne s’attardera pas non plus sur les primitifs italiens, malgré la grande qualité de certains d’entre eux, dont un Lorenzo Monaco chez Moretti.



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