Exposition de primitifs italiens à la galerie G. Sarti


Sano di Pietro (1406-1481)
Vierge à l’enfant avec deux anges,
vers 1450
Tempera sur panneau,fond d’or -
62 x 46,5 cm
Paris, Galerie Sarti
Photo : Galerie Sarti

15/11/05 - Paris - Marché de l’Art - La galerie G. Sarti est la seule en France spécialisée dans les primitifs italiens. Elle montre jusqu’au 14 janvier 2006 une nouvelle exposition comprenant des œuvres d’une qualité éblouissante.

Nous avions évoqué ici-même l’acquisition toute récente par le musée des Beaux-Arts de Tours, auprès de cette galerie, d’un panneau de prédelle de Lorenzo Veneziano, Les funérailles de saint Jean-Baptiste. Celui-ci était destiné à cette exposition et figure en bonne place dans son catalogue, avec une étude très complète d’Andrea de Marchi. Si le tableau est absent puisqu’il a rejoint les cimaises tourangelles, on pourra néanmoins admirer deux œuvres du Trecento vénitien. La première est une Vierge à l’enfant anonyme vers 1320, époque où l’art de la lagune est encore très proche des modèles byzantins. La seconde est due à Paolo Veneziano (documenté de 1321 à 1358), le premier peintre vénitien dont le nom a pu être associé à des œuvres conservées. Cette jolie Sainte Martyre est un pinacle du polyptyque de la Vierge des Canossiane, dont dont deux autres éléments sont connus (le centre, une Vierge à l’enfant, est déposée à la Galleria de l’Accademia et une autre Sainte Martyre est conservée dans une collection particulière écossaise).

Plusieurs panneaux du Trecento sont exposés. Signe de leur rareté et de leur qualité, ils ont tous ou presque été vendus dans les premiers jours. L’un des plus séduisants est un retable portatif de Niccolò di Tommaso, actif à Florence, Naples et Pistoia dans la seconde moitié du XIVe siècle. Il est constitué d’une Vierge à l’Enfant, d’une Pietà formant prédelle et de deux volets représentant des saints et des anges. La conservation exceptionnelle du fond d’or s’explique par la protection que ces derniers ont assurée au cours des siècles en pouvant se refermer sur l’image centrale.
Même les tableaux n’ayant pas bénéficié d’un tel dispositif sont dans un état remarquable. C’est le cas notamment d’une Vierge à l’enfant1 du florentin Agnolo Gaddi (documenté de 1369 à 1396), aux coloris chatoyants et dont la robe de la Vierge est d’une qualité inouïe ou d’une autre Madone par le peintre d’origine portugaise Alvaro di Pietro, dit Alvaro Pirez d’Evora, actif en Toscane de 1411 à 1434 : son fond d’or, décoré de feuillages, laisse encore apparaître les différences de tons recherchées par l’artiste.

On ne citera pas ici tous les tableaux de cette exposition qu’on ne saurait trop recommander à nos lecteurs. Concluons simplement sur deux chefs-d’œuvre. Le premier est un Ecce Homo de Giovanni di Paolo (vers 1395 - 1482), l’un des plus grands peintres siennois du Quattrocento. De petite taille et d’un cadrage saisissant, ce n’est cependant pas un fragment comme on pourrait le penser de prime abord, mais bien une œuvre autonome puisque le cadre en est partie intégrante. Cette tête de Christ est d’une intensité et d’une expressivité très émouvante.

Le second est une Vierge à l’enfant entourée de chérubins de Liberale da Verona (vers 1445 - entre 1527 et 1529), artiste rare, marqué par l’influence de Mantegna. La couleur des angelots, intégralement dorés, des ailes aux cheveux, et leur accumulation qui remplit entièrement la composition, confèrent à ce tableau une atmosphère étrange et poétique.

Galerie G. Sarti, Splendeurs de la peinture italienne 1250-1510, jusqu’au 14 janvier 2006. 137, rue du Faubourg Saint-Honoré, 75008 Paris.

Site Internet de la galerie G. Sarti


Didier Rykner, mardi 15 novembre 2005


Notes

1. Ce tableau est reproduit sur le site de la galerie.



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