18/10/05 – Exposition - Paris, Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts - L’ENSBA, qui grâce à son nouveau cabinet des dessins (voir brève du 21/1/05) peut maintenant organiser de petites mais fréquentes expositions, montre à partir d’aujourd’hui, et en deux fois (jusqu’au 18 novembre, puis du 21 novembre au 16 décembre) un ensemble de feuilles particulièrement intéressantes pour l’histoire de l’art. Le prêteur est Edwart Vignot qui a déniché cet ensemble alors qu’il ne portait aucune attribution et était daté des années 1930. Au terme d’une enquête minutieuse (à laquelle ont notamment participé Marie-Cécile Forest, conservateur du musée Gustave Moreau et Emmanuelle Brugerolles, conservateur à l’Ecole des Beaux-Arts) il a pu les rendre sans l’ombre d’un doute au jeune Gustave Moreau, pris en flagrant délit de « rapt du dessin chassériesque », pour reprendre le titre d’un essai du catalogue par Bruno Chenique.

1. Gustave Moreau (1826-1898)
Etude pour le Cantique des Cantiques
(soldat casqué soulevant le voile de
la Sulamite)
Mine de plomb - 24,8 x 13,8 cm
Paris, Ecole nationale
supérieure des Beaux-Arts
Photo : ENSBA

2. Gustave Moreau (1826-1898)
Etude pour le Cantique des Cantiques
(soldat casqué soulevant le voile de la Sulamite)
Mine de plomb - 29,3 x 21,9 cm
Paris, Ecole nationale
supérieure des Beaux-Arts
Photo : ENSBA
Les quelque vingt-huit feuilles (dont quatre viennent d’être offertes généreusement par Edwart Vignot à l’Ecole des Beaux-Arts - ill. 1 et ill. 2 - et une au musée Gustave Moreau) évoquent très fortement le style de certains dessins de Théodore Chassériau. Plusieurs sont pourtant préparatoires à des tableaux de Moreau : Le Cantique des Cantiques du musée de Dijon et Darius fuyant après la bataille d’Arbelles du musée Gustave Moreau. Dans ces toiles, l’artiste s’appropria totalement le style de son aîné. Qu’en était-il des dessins ? Moreau imitant Chassériau, ou Chassériau donnant à Moreau des idées pour sa composition ? La discussion sur l’attribution fut longue. La découverte de carnets de dessin conservés par le Musée Gustave Moreau et pourtant totalement inconnus jusqu’à aujourd’hui apporta la preuve absolue qu’il s’agissait bien de Gustave Moreau.
La dette de Moreau à Chassériau est donc encore plus importante qu’on pouvait le penser, ce qui ne rend d’ailleurs pas l’artiste moins grand. Il est amusant de remarquer qu’un des propres élèves de Moreau fut lui-même l’auteur d’un rapt : Georges Rouault, dans certaines œuvres des débuts, imitera à son tour son maître pour s’en détacher ensuite tout aussi rapidement.
Catalogue dû à Emmanuelle Brugerolles, Bruno Chenique, Marie-Cécile Forest et Stéphane Guégan, Quant Moreau signait Chassériau, Carnet d’études 3, édité par l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts, 2005, ISBN : 2-84056-195-6. 15 €.
