Le Musée d’Orsay enlève aux enchères à Zürich le Bûcheron de Ferdinand Hodler


Ferdinand Hodler (1853-1918)
Le Bûcheron, 1910
Huile sur toile - 130 x 101 cm
Photo : Christie’s Zurich

16/3/05 - Acquisition - Paris, Musée d’Orsay. Lors de l’exposition sur l’influence de Puvis de Chavannes sur l’art moderne [1], Serge Lemoyne, le directeur du musée d’Orsay, avait déclaré souhaiter acquérir une grande figure symboliste de Ferdinand Hodler, trop incompris en France (Hodler ne parvint pas à s’imposer à Paris, son art étant jugé trop expressionniste à l’époque, et on se souvient de l’échec, tant critique qu’auprès du public, de l’exposition du Musée du Petit Palais à Paris en 1983). Hier, il a saisi l’occasion de combler cette lacune en obtenant pour 2,52 millions de francs suisses à Christie’s Zurich, une grande toile emblématique du peintre suisse, Le Bûcheron, qui s’ajoutera aux deux tableaux de plus petit format déjà dans les salles (la Pointe d’Andey vue de Bonneville, de 1909, acquise en 1987, et le Portrait de Madame Godé-Darel malade, de 1914, entrée en 1935). Ces dernières années, des toiles importantes de Giovanni Giacometti, de Cuno Amiet et de Félix Vallotton étaient venues enrichir la représentation de l’Avant-garde suisse vers 1900 à Orsay [2].

Le bûcheron est l’une des images les plus fortes de Hodler, et parmi les plus connues. Selon le catalogue de Loosli [3], Hodler aurait exécuté près de treize versions de ce sujet [4] et d’autres sont dues à son atelier. La plus emblématique, de dimensions supérieures, est accroché au Musée de Berne et d’autres sont conservées dans des collections particulières. Celle acquise par Orsay, datée de 1910, appartenait à la collection Joseph Müller [5] et a été prêtée au Kunsthaus de Zurich. La grande tension du geste y est exprimée à la fois par le jeu de lignes de force, donné par les troncs verticaux et le ”Y” renversé de l’ouvrier, et par les coups de pinceau, vifs et alertes. Le thème de l’arbre est important chez Hodler.

L’annonce de cette acquisition, venant après celles du Portrait de Misia Sert de Vallotton (voir brève du 6/2/04), du Gérome (brève du 28/10/4), et du Messerschmidt (brève du 27/1/05) par le Louvre montre que ces musées ont maintenant les moyens financiers leur permettant, à l’instar des grands musées américains, d’acheter au prix fort sur le marché international.


Michel de Piles, mercredi 16 mars 2005


Notes

[1] Venise, Palazzo Grassi, en 2002.

[2] Le département des arts graphiques Louvre-Orsay possède trois dessins de Hodler ; un autre est au musée de Dijon.

[3] Carl Albert Loosli, Ferdinand Hodler, Leben, Werk und Nachlass, Zürich 1921-1924, tome III

[4] Cette série est liée à la commande par la banque nationale suisse à Hodler et à Eugène Burnand, en 1908, des dessins des billets de banque, sur quatre représentations du travail (L’Agriculture, L’Artisanat, Le Commerce, L’Industrie). Le bûcheron concernait le billet de 50 francs consacré à l’Artisanat.

[5] Josef Müller (1887-1977) a réuni à Soleure, au début du XXe siècle, une collection légendaire. Il commença par être mécène d’artistes suisses, notamment de Hodler, puis il acheta des œuvres françaises modernes (Cézanne, Renoir, Rouault, Picasso, Braque), et s’intéressa très tôt à l’abstraction (Miro, Klee). A partir des années 1920, il se consacra aussi à l’art africain. Plusieurs musées suisses ont bénéficié de ses largesses, dont le Kunstmuseum Solothurn (Degas, Van Gogh, Klimt, Hodler) ; sa collection d’art tribal est à l’origine de la célèbre fondation Barbier-Mueller.



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