6/3/05 – Acquisitions - Madrid, Real Academia de bellas artes de San Fernando - A quelques pas du Prado et de la collection Thyssen, l’Académie des beaux-arts, fondée en 1744, possède près de 1000 peintures, 3000 dessins, des sculptures et des objets d’art, réunissant des fonds de diverses provenances (confiscation des biens jésuites, séquestre de la collection Godoy, morceaux de réception et épreuves des concours académiques, nombreuses donations disparates). L’histoire de la peinture espagnole de 1550 à 1900 y est évoquée de façon très complète, à la fois par des séries d’œuvres de ses plus grands peintres (toiles célèbres de Zurbarán, Cano, Goya) et par des natures mortes, des scènes mythologiques et allégoriques, des paysages, genres moins habituels pour cette école. Rubens, Reni, Dominiquin, Giordano, Mengs ou Batoni sont représentés par des tableaux remarquables, ainsi que d’autres artistes étrangers, absents ou rares dans les musées espagnols (Arcimboldo, Hans Muelich, Corrège, Jan Jansens, Fragonard, Michel Van Loo, Magnasco)1.
Depuis 25 ans, grâce aux arrérages du legs Fernando Guittarte, la collection a pu s’enrichir de plusieurs peintures de premier plan2. Parmi celles entrées récemment, on note :
Francisco Bayeu (1734-1795), Autoportrait (ill.1), acquis en 1999 des héritiers du marquis de Toca. Ce portrait d’apparat date de la fin de la vie de l’artiste, vers 1792-1795, alors au faîte de sa gloire puisqu’il vient d’être nommé directeur de l’Académie. Il se montre en train d’exécuter un Combat d’Apollon et Marsyas, plus proche des idéaux classiques de Mengs que des décorations rococo plafonnantes qui ont fait sa propre renommée. Il se révèle fatigué, marqué par la maladie qui va l’emporter3, et qui explique peut-être les parties inachevées, notamment dans le haut de la veste. On comprend l’intérêt pour l’Académie de posséder un autoportrait d’un de ses plus célèbres administrateurs, alors qu’elle possédait déjà plusieurs œuvres de sa main, dont un Portrait du Roi Charles IV, contemporain de date et très proche stylistiquement. A sa mort en 1795, Francisco Goya s’inspira de cette toile pour réaliser, à la demande de sa nièce Feliciana Bayeu, un portrait de son beau-frère (Musée du Prado), dont il gomme tout l’aspect anecdotique. Les deux tableaux sont été exposés côte à côte de novembre 2004 à février 2005 (ill. 2).

3. Juan de Zurbáran (1620-1649)
Citrons sur un plat
Huile sur toile - 36,1 x 50,3 cm
Madrid, Real Academia de bellas artes
de San Fernando
Juan de Zurbáran (1620-1649) : Citrons sur un plat (ill.3), acquis à la vente aux enchères Alcalá à Madrid, le 29 novembre 2000. Datée vers 1640, il s’agit d’une reprise avec variantes de la partie gauche de la célèbre Nature Morte aux oranges et aux citrons de 1633, peinte par son père Francisco, conservée au musée Norton Simon de Pasadena (Los Angeles).

2. Attribué à Luis Paret y Alcázar (1746-1799)
Portrait d’un gentilhomme
Madrid, Real Academia de bellas artes
de San Fernando
Attribué à Luis Paret y Alcázar (1746-1799) : Portrait d’un gentilhomme (ill. 4), acquis en 20014. Le modèle est représenté en homme des lumières, ami des arts, et en humaniste avec une statue de Sénèque sur son bureau. Il s’agit d’une version espagnole des portraits de gentlemen de Batoni, dont l’Académie de Madrid possède plusieurs exemples, où l’attention pour le détail des habits et des objets à la mode -la lampe-bouillotte, le mobilier français- rappellent l’apparence satinée et brillante des scènes de genre de Luis Paret.
José Gutiérrez Solana (1886-1945), Procession de flagellants, acquis en 2003. Hommage au tableau de Goya sur le même thème, conservé lui aussi à l’Académie de San Fernando, dans le style expressionniste et sombre de Solana (huile sur toile, 51 x 82 cm, daté de 1933).
Site internet de la Real Academia de Bellas Artes de San Fernando
Voir aussi http://www.amerc.es/museos/BellasArtesSF.htm


