Dessins français antérieurs à 1862


Auteurs : Eric Blanchegorge, Hélène Guicharnaud, Pascal de la Vaissière, Delphine Riot

IMG/jpg/Couverture_Dessins_Vivenel.jpgQue la collection de dessins français du Musée Vivenel soit relativement modeste ne réduit pas le mérite de cette publication, bien au contraire. On attend d’un musée qu’il publie son fonds, quelle que soit la qualité de celui-ci. Avec cet ouvrage, bien édité (à l’exception des couleurs, trop vives), ce musée remplit son rôle et permet de découvrir ou redécouvrir des feuilles peu connues, dont certaines complètement inédites. Tous les dessins ne sont cependant pas catalogués : les fonds d’un même artiste (Robida, Fournier-Sarlovèze, Ferdinand Bac), les dessins d’architectures et ceux relatifs à Compiègne feront l’objet d’autres volumes1.

La date limite de 1862 peut paraître étrange. Elle correspond à la mort d’Antoine Vivenel, le fondateur du musée. Les dessins publiés ne viennent toutefois pas tous de sa collection. Plusieurs donations et legs ont enrichi le musée, notamment celui, en 1902, d’Alexandre Sorel qui a permis l’entrée de plusieurs feuilles françaises d’artistes de la première moitié du XIXe siècle (Jean Alaux, Joseph-Désiré Court, Félix Cottrau, Amable-Paul Coutan,...). En 1975, des dessins d’objets d’orfèvrerie de la Maison Odiot ont été acquis lors d’une vente aux enchères parisienne tandis que trois dessins furent achetés en 1983 dans une vente aux enchères à Compiègne : une Résurrection de Lazare attribuée à Louis de Silvestre (ill. 1), un Apollon et Marsyas (assez médiocre) donné à Jean-Baptiste Corneille et une sanguine du peu connu Jacques Bertaux (1745 (?)-1818), Chasseur au manchon. La collection ne semble pas s’être enrichie depuis.


1. Attribué à Louis de Silvestre (1675-1760)
La Résurrection de Lazare
Pierre noire, craie blanche - 41 x 26,9 cm
Compiègne, Musée Vivenel
Photo : Musée Vivenel

2. Ici attribué à un
artiste anonyme français, vers 1820
Œdipe recueilli par les bergers
Plume, lavis d’encre brune - 26 x 21 cm
Compiègne, Musée Vivenel
Photo : Musée Vivenel


3. Pierre Lelu
Le pape Pie VI reçoit le plan hydraulique
de l’ingénieur Gaetano Rappini

Graphite, plume, encre noire
et lavis d’encre brune - 59,8 x 45,4 cm
Compiègne, Musée Vivenel
Photo : Musée Vivenel

On se permettra de remettre en cause l’attribution d’un dessin, sans proposer un nouveau nom, mais en suggérant un nouveau siècle. Œdipe recueilli par les bergers (ill. 2) attribué à Philibert-Benoît Delarue, un artiste mort en 1780, nous semble dater plutôt des années 1820 et être dû à un artiste français à Rome. Ce lavis rappelle, par la facture, Géricault, sans que ce nom prestigieux puisse sans doute être retenu. Il fait également songer à Jean-Victor Schnetz ou à un peintre proche de celui-ci. La feuille était d’ailleurs considérée jusqu’ici comme du « début du XIXe siècle ». Il n’y a pas, à notre avis, de raison de la vieillir de cinquante ans.

Si ce catalogue ne révèle aucun chef-d’œuvre, il permet de découvrir des feuilles très intéressantes. On notera ainsi le beau et grand dessin de Pierre Lelu, Le pape Pie VI reçoit le plan hydraulique de l’ingénieur Gaetano Rappini (ill. 3), une Bacchanale de Louis-Félix Delarue, un dessin double face de Jean-Jacques Feuchère, dont le recto, La Poésie, la Musique et la Peinture illustre la couverture, trois Papety, dont un beau portrait de Vivenel lui-même (rappelons que le musée conserve également un portrait peint de Vivenel par Papety) ou un beau lavis de François Marius Granet, Moines dans un cloître.

Eric Blanchegorge, Hélène Guicharnaud, Pascal de la Vaissière, Delphine Riot, Dessins français antérieurs à 1862, Musée Antoine Vivenel, Compiègne, 2006, 138 p., 25 €. ISBN : 2-9524381-0-2.


Didier Rykner, dimanche 25 février 2007


Notes

1. Notons que certaines feuilles, de toutes les écoles, avaient fait l’objet d’une exposition en 1970, Dessins connus et inconnus du musée Vivenel. Seul un catalogue ronéotypé avait été publié, mais Pierre Rosenberg en avait fait une recension dans La Revue de l’Art (n° 9) où plusieurs étaient reproduits. Il est dommage que les deux sanguines de Pierre-Adrien Pâris reproduites dans La Revue de l’Art soient absentes de ce catalogue, mais sans doute ont-elles été considérées comme des dessins d’architecture.



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