À Toulouse, en 2001, deux expositions avaient proposé une synthèse des connaissances sur Nicolas Tournier1 et sur le Caravagisme en Languedoc2.
Le colloque tenu à l’Université de Toulouse-Le Mirail a permis à une vingtaine d’historiens d’art de réfléchir sur la diffusion de ce style à Rome même, dans la France méridionale, et en Espagne, ce qui renvoie à des questions d’attributions, à des réflexions sur l’iconographie, la place sociale et le nombre de peintres à Rome en 1600 (communication d’Olivier Bonfait) ou en province 50 ans plus tard. Il n’y a pas de découvertes spectaculaires dans cet ouvrage, par exemple un nouveau Tournier de la période toulousaine (qui restent trop rares), mais beaucoup de précisions, des pièces d’archives inédites à propos d’artistes et de commanditaires déjà étudiés par ailleurs ou encore très mal connus (Colombe du Lys, Jean Sorlain, ... ). Axel Hémery tire le bilan de son exposition Tournier en nous rapportant les propos tenus par les participants du colloque lors de la visite des salles. Son texte, qui ne peut se lire qu’en référence au catalogue Tournier, permet de le préciser. Des attributions ont été confirmées, d’autres infirmées ; quelques tableaux se sont révélés des copies ou ont suscité un doute. Le corpus de Tournier a été constitué vers 1930 à partir d’œuvres retirées à Valentin, à Manfredi ou à Nicolas Regnier. Nombre de tableaux peu connus, passés en vente publique il y a plusieurs dizaines d’années, peuvent se rattacher à l’un ou l’autre des corpus. Gianni Papi propose de rendre certaines de ces toiles à la période italienne de Tournier (on ne peut guère le suivre pour le Salomon et la Reine de Saba) et regroupe un ensemble de peintures autour d’une Incrédulité de Saint Thomas, proche de la manière de Cecco da Caravaggio et de Tournier, dont l’auteur pourrait être de Jean Ducamps. Plusieurs doctorants ont participé : Emmanuelle Arlot fait le point de ses recherches sur Trophine Bigot en Provence, Jean-Christophe Stucilli sur la peinture à Lyon vers 1630 en insistant sur le rôle de Guillaume Perrier, Bruno Saunier et Claudine Lebrun Jouve rappellent combien Guy François et son atelier rayonnent sur le Languedoc (plusieurs propositions nouvelles corrigeant le catalogue de Jean Penent sont avancées). Stéphanie Trouvé a étudié l’emplacement original des tableaux religieux de Tournier, ce qui explique leur perspective en biais et leur iconographie liée à la confrérie des Pénitents noirs. Avec un réel talent de romancier et en s’appuyant sur des documents écrits, Christian Jouffroy et Jean-Jacques Fauré nous passionnent en faisant revivre les foyers artistiques de Montbéliard et de Narbonne au XVIIe siècle, même si hélas, il n’en subsiste presque plus aucune œuvre. Plusieurs spécialistes se penchent sur le paradoxe de ces artistes protestants qui ont œuvré pour des commanditaires catholiques. Concernant l’introduction du réalisme en Espagne, les deux contributions de Perez-Sanchez et de Valdivieso sont assez conventionnelles.
L’article de Jean-Louis Augé permettra de découvrir, pour ceux qui ne le connaissent pas encore, le Jugement Dernier de Francesco Pacheco, acquis par le musée de Castres en 1999, l’un des plus importants tableaux anciens entrés dans les musées français ces dernières années. Le recensement des nombreuses répliques et copies de la Sainte Famille de Bartolomeo Cavarozzi en France, en Espagne et en Flandres, entrepris par Pierre Curie, prouve qu’une image simple d’un peintre secondaire peut être aussi efficace dans la diffusion d’un courant artistique que le contact direct avec les œuvres difficiles et fortes d’un génie créateur comme Caravage. Il propose aussi de rendre la Sainte Famille de l’église de Lauret près de Montpellier à Sofonisba Anguisssola, plutôt qu’au cercle de Cambiaso à qui elle avait été donnée précédemment. La qualité de certaines reproductions, notamment les « tableaux de photothèques », est parfois médiocre, mais il s’agit d’un livre érudit, pas d’un livre d’art. Au final, une publication exemplaire, publiée deux ans seulement après le colloque, et qui témoigne à Toulouse d’une parfaite complémentarité musée-université.
Nicolas Tournier et la peinture caravagesque en Italie, en France et en Espagne. Actes du colloques des 7 - 9 juin 2001, CNRS, Université de Toulouse Le-Mirail, ISBN : 2-912025-11-7, 35 € (on peut le commander au 05 61 50 44 17).
