On attendait avec impatience ce catalogue. L’ancien conservateur du musée des Beaux-Arts d’Orléans, Eric Moinet, avait découvert de nombreuses toiles du XVIIe siècle roulées ou oubliées dans les réserves et les avait exposées, avec les peintures conservées au musée et déjà connues. S’il faut rendre hommage à Annick Notter, aujourd’hui en charge des collections, d’avoir su mener à bien un projet qui n’était, à l’origine, pas le sien, le rôle d’Eric Moinet ne doit pas être oublié.
L’ouvrage est utile, indispensable même, tant sont nombreuses les découvertes et les nouvelles attributions. Le catalogue de Mary O’Neill, qui datait de plus de vingt ans, a bien vieilli. Plus de vingt-cinq tableaux ont vu leur attribution changer ou s’affiner. Parmi ceux-ci, notons un très beau Louis de Boullogne le jeune (Sainte Famille avec Sainte Anne, Sainte Elisabeth, Saint Jean-Baptiste et Saint Joachim, n° 6 du catalogue) et un grand retable, Saint François-Xavier en oraison devant la Vierge et l’enfant (n° 11), de Michel Corneille l’ancien. Ces deux tableaux avaient été jugés inexplicablement, dans le catalogue de 1981, de copies "très faible" ou "très grossière". Plusieurs œuvres jusqu’alors anonyme ont été rendues à l’artiste orléanais Pierre Poncet. De qualité assez moyenne, elles témoignent de l’existence d’une école locale encore mal connue, mais cependant bien intégrée dans la peinture du temps, puisque Poncet fut élève de Vouet et maître de Noël Coypel, avec lequel il aurait réalisé, selon Dominique Brême, un tableau représentant Saint Simon Stock représentant le scapulaire des mains de la Vierge, également conservé au musée (n° 32).
Les découvertes sont nombreuses. En premier lieu, celles de tableaux peints pour le château de Richelieu, par Nicolas Prévost (n° 119 à 121). Ces toiles aux couleurs raffinées qui avaient beaucoup souffert et qui ont fait l’objet d’une importante restauration pour l’exposition étaient réputées perdues. Elles sont en passe aujourd’hui de devenir célèbres, puisqu’elles ont été immédiatement empruntées pour l’exposition Richelieu, l’Art et le Pouvoir à Montréal et à Cologne.
Un petit panneau de Juste d’Egmont, ayant fait partie du décor de la galerie des hommes illustres du Palais-Cardinal (n° 78), une rare toile religieuse de Nicolas de Largillierre (Sainte Femme au pied de la Croix, n° 21) ou un Frère Luc (Saint François d’Assise, la vision de la fiole d’eau transparente, n° 14), ces deux derniers tableaux mis en dépôt au musée en 2000, montrent l’importance des œuvres retrouvées.
Si l’on ajoute que l’ouvrage catalogue fort intelligemment certains tableaux conservés dans la cathédrale (Jouvenet, Vignon et Jacques de Létin, dont on peut cependant se demander pourquoi seules deux toiles sur les quatre existantes sont publiées), on mesurera mieux l’apport de cet ouvrage à tous les amateurs de peinture française du XVIIe siècle.
Ouvrage collectif, sous la direction d’Annick Notter, Les Maîtres retrouvés, Coédition Somogy - Musée des Beaux-Arts d’Orléans, 2002, 37 €.
Un tableau de l’atelier de Simon Vouet (présenté comme "d’après" cet artiste, n° 100), représente sans doute Bacchus et Erigone. Ne peut-on pas, à titre d’hypothèse, rapprocher cette toile d’un tableau également attribué à l’école de Vouet et conservé à Dijon au Musée Magnin (n° 488 du récent catalogue des peintures françaises) ?
