Il est très regrettable que le catalogue des nouvelles acquisitions de peinture du Musée du Louvre n’ait pas été accompagné, comme d’habitude, d’une exposition. Si les œuvres, pour la plupart, sont exposées dans les salles, leur rassemblement aurait permis de mieux évaluer le pertinence de tel ou tel achat, et la cohérence globale de la politique d’acquisition.
Passons sur deux chefs-d’œuvre dont l’acquisition était nécessaire. Nous voulons bien sûr parler du David, le Portrait de Juliette de Villeneuve (ill. 1) et du Poussin, la Vision de Sainte Françoise Romaine. Ces deux tableaux font honneur au Louvre. L’esquisse du Déluge de Girodet trouve également tout naturellement sa place dans les salles (une confrontation avec le grand tableau serait d’ailleurs bienvenue, au moins temporairement).
Le Portrait du Comte de Pourtalès, de Paul Delaroche, le Portrait d’homme d’Eustache Le Sueur ou le Couronnement de la Vierge de Vitale da Bologna font également partie de ces tableaux que l’on pourrait croire destinés de toute éternité à intégrer les collections du musée. Deux raretés, le paysage de Charles Cuisin et un Alfred de Dreux (Fidélité, ill. 2) inhabituel pour l’artiste et romantique à souhait, sont également de très bons achats. Citons encore, au hasard, la raffinée nature morte de Balthazar van der Ast (Fleurs, coquillages et sauterelle) ou le petit tondo de Salomon de Braÿ, l’Adoration des Mages, qui vient opportunément s’ajouter, dans un genre bien différent, à la Jeune femme se peignant acquise en 1995.

1. Jacques-Louis David (1748 - 1825)
Portrait de Juliette de Villeneuve, 1824
Huile sur toile - 197 x 123 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : Musée du Louvre
Confirmée par Jean-Pierre Cuzin dans sa préface, la politique d’acquisition du Louvre peut se résumer en deux axes : acquérir les trésors nationaux, à savoir les grands chefs-d’œuvre d’artistes majeurs et combler les lacunes des collections, le Louvre ayant, pour la peinture, une vocation universelle.
Cette politique est cohérente. Encore faut-il l’appliquer avec discernement. Est-il nécessaire d’acquérir à tout prix des artistes absents des collections avec des œuvres de second plan ? Nous ne le pensons pas. Cela nuit aux peintres plus encore qu’au musée, surtout lorsqu’il s’agit de maîtres secondaires qui devraient être représentés par des pièces majeures, ou pas du tout. A cet égard, certains achats, mais aussi certaines donations sont très décevants : le legs Stuart de Clèves aurait été parfait sans doute pour un petit musée de Province (et encore !). Mais il n’avait pas sa place au Louvre. Les paysages anonymes de cette collection sont de pauvres petites choses qui passeraient bien inaperçues dans une vente courante de l’hôtel Drouot et les deux natures mortes attribuées à l’école de l’Est de la France sont fort laides. Bilcoq, pour ne citer que lui, ne sort pas grandi de son entrée au Louvre.
Le musée poursuit également des campagnes systématiques d’acquisition de série. Quand les œuvres sont de qualité, cette politique s’avère très pertinente. En quelques années, le Louvre est ainsi devenu riche en peinture danoise du siècle d’or, et même si nous ne partageons pas l’enthousiasme des conservateurs pour toutes les toiles achetées, le Louvre a su constituer en quelques années un remarquable ensemble.
Ces achats sont souvent dus au mécénat éclairé de la Compagnie de Saint-Gobain, qui aide aussi le musée à acquérir des esquisses baroques germaniques. Ces peintures sont extrêmement rares en France et dans les grands musées européens hors d’Allemagne et d’Autriche, malgré leur brio et leurs éclatantes qualités. On souhaiterait que ce mécénat puisse s’étendre également à la Bohème-Moravie, et que le Louvre puisse demain présenter des toiles de Karel Skreta ou de Josef Stern.

2. Alfred De Dreux (1810 - 1860)
La Fidelité
Huile sur toile - 46 x 38 cm
Paris, Musée du Louvre
Photo : Musée du Louvre
Au final, la moisson paraît inégale. A celle-ci doit cependant s’ajouter l’importante donation Lemme, qui avait déjà fait l’objet d’un catalogue. Ne serait-il pas raisonnable, face à des crédits raréfiés, d’acheter moins d’œuvres, plus importantes ? Pourtant, la qualité n’est pas forcément synonyme de prix élevé. La ravissante esquisse de François-Joseph Heim, préparatoire à un plafond du Louvre, a été acquise à Drouot pour la modique somme de 2000 €.
Le catalogue lui-même manque grandement de cohérence. Certains tableaux sont étudiés complètement, alors que d’autre n’ont droit qu’à une petite notice. La palme revient à la Crucifixion du Maître de Giovanni Barile, panneau pourtant remarquable et sur laquelle il y aurait beaucoup à dire. La notice peut être ici reprise intégralement : « Le tableau est actuellement en cours de restauration ». On n’en saura pas plus [1].
Enfin, ce catalogue, avec toutes ses imperfections, est proposé à un prix prohibitif : Soit 200 % d’augmentation par rapport à celui d’il y a quinze ans. Manifestement, les prix des éditions de la RMN sont indexés sur ceux des œuvres qu’elles commentent.
Sous la direction de Jean-Pierre Cuzin, conservateur général, chargé des Peintures et la collaboration de Sébastien Allard, conservateur au département des Peintures, Nouvelles acquisitions du département des Peintures (1996 - 2001), Edition de la Réunion des Musées Nationaux, Paris, 2002. 69 €.
