La résurrection de Lazare de Joseph-Marie Vien, volée à l’église Saint-Roch


17/9/04 – Vol - Paris, église Saint-Roch - Ce vol a été moins médiatisé que celui du Cri d’Edvard Munch. Pourtant, il s’est déroulé à Paris et concerne une grande peinture d’un des bons artistes du XVIIIe siècle : la Résurrection de Lazare1 de Joseph-Marie Vien, conservée jusqu’alors dans l’église Saint-Roch, a disparu avant le 20 août 2004, date à laquelle le forfait a été constaté2.

Ce tableau est une commande pour le réfectoire du Couvent des Feuillants à Paris. Il fut transporté à Saint-Roch au XIXe siècle et était placé dans la chapelle du Calvaire, derrière le maître-autel3. Cette chapelle, reconstruite en 1849 et fermée depuis de très nombreuses années, est en mauvais état de conservation. On peut y voir notamment trois groupes sculptés : l’un du XVIIe siècle, le Christ en croix de Michel Anguier, les deux autres du XIXe siècle, la Mise en croix de Jehan Du Seigneur et la Mise au tombeau de Louis-Pierre Deseine.

Ce type de vol est incompréhensible et inquiétant. Incompréhensible car que peut valoir sur le marché une grande toile de Vien largement publiée ? Inquiétant car la taille du tableau (210 x 225 cm) et son sujet peu commercial pouvaient laisser penser qu’elle n’intéresserait pas un éventuel malfaiteur. Si un tableau comme celui-ci a été volé, toutes les peintures des églises parisiennes sont menacées. Pour l’emporter, les voleurs n’ont pas hésité à la couper au cutter. Il serait temps que le législateur comprenne que les vols d’œuvres d’art ne sont pas un phénomène anodin et que des peines plus sévères soient appliquées à ce type de crime. La disparition d’un tel tableau prive le patrimoine parisien d’une œuvre importante. On ne peut s’empêcher de penser que si cette remarquable chapelle du Calvaire avait été restaurée comme elle aurait dû l’être depuis bien longtemps, et ouverte au public, peut-être les voleurs auraient-ils eu plus de difficultés à commettre leur forfait. Le Service des Objets d’Art de la Ville de Paris fait un excellent travail, mais l’insuffisance de budget menace à terme de nombreux édifices religieux de la capitale.


Didier Rykner, vendredi 17 septembre 2004


Notes

1. Huile sur toile. 210 x 225 cm. Signé et daté : jos. m. vien 1758.

2. Seul Le Parisien, à notre connaissance, a signalé ce vol dans son édition du 21 août.

3. Cf. : Thomas Gaehtgens et Jacques Lugand, Joseph-Marie Vien 1716-1809, Arthéna, Paris, 1988, p. 165, n° 155.


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