4/6/04 – Acquisitions – Lille, Palais des Beaux-Arts – Trois tableaux viennent d’enrichir les collections du musée de Lille.
Le premier est un Jacques Stella, artiste dont les œuvres ont été acquises en grand nombre par les musées français récemment (voir Brève du 26/5/04). Ce panneau d’assez grande taille [1] constitue un enrichissement important, par sa qualité et par son origine. Il semble provenir, en effet, de l’oratoire d’Anne d’Autriche au Palais Royal à Paris, qui fut aménagé après la mort de Louis XIII (15 mai 1643) lorsque la reine, devenue régente, vint s’installer au Palais Royal, nouveau nom du Palais Cardinal [2]. A propos de cet oratoire, on sait par Sauval [3] qu’il était « environné de tableaux où Champaigne, Vouet, Bourdon, Stella, Lahire, Corneille, Dorigni et Paerson ont peint en concurrence la vie et les attributs de la Vierge. » L’unique tableau identifié par Sauval est la Fuite en Egypte de Bourdon, aujourd’hui au Musée du Louvre. De ce décor sont conservés un autre Bourdon, également, au Louvre, la Présentation au Temple, l’Assomption de la Vierge de Vouet au Musée de Reims et le Mariage de la Vierge de Philippe de Champaigne de la Wallace Collection. Si un inventaire de 1788 permet de connaître d’autres œuvres appartenant à cet ensemble [4], le (ou les) tableau de Stella cité par Sauval n’est pas identifié. La provenance peut être déduite du sujet (une Naissance de la Vierge fait presque obligatoirement partie d’un cycle consacré à sa vie), ainsi que du support (un panneau de bois) et de sa hauteur (environ 71 cm) qui sont les mêmes que pour les autres tableaux connus du cycle [5]. Il a par ailleurs la même largeur que le Mariage de la Vierge de Champaigne [6]. Il faut noter cependant que les figures sont nettement plus petites et que leur rapport à l’architecture et au paysage est assez différent de celles de ce dernier tableau et des deux Bourdon. Une date de 1644-1645 est probable pour ce panneau [7].
Le musée a aussi acquis une peinture représentant Henri Regnault mort (ill. 2) [8] par Carolus-Duran. Ce dernier participa à la bataille de Buzenval à laquelle Regnault trouva la mort le 19 janvier 1871. D’après Jules Claretie [9] : « Le lendemain de Buzenval, nous étions ensemble sur le terrain plein de morts [...] Carolus Duran jeta un œil sur ces cadavres, et, parmi eux, roulé dans sa capote brune, crispé, les cheveux noirs frisés, il aperçut un mort qu’il crut reconaître. "Je suis sûr que c’était Regnault", m’a-t-il souvent dit depuis. » L’artiste peignit alors cette petite esquisse sur panneau, dont hérita son fils et que le musée vient d’acquérir sur le marché parisien. Carolus Duran y rend doublement hommage à Regnault en adoptant un style fortement marqué par la peinture espagnole que celui-ci appréciait tellement. On songe évidemment aussi à Manet devant cette œuvre qui évoque invinciblement Le Toréador mort de la National Gallery de Washington.
Enfin, le troisième tableau [10] à entrer dans les collections lilloises est un Paysage en bord de mer de Georges Michel (ill. 3). Daté des environs de 1810, il est typique de son art, avec ses grands ciels tourmentés, qui s’inspire des paysagistes hollandais tels que Ruysdael. A une date aussi précoce dans le XIXe siècle, Georges Michel présente une réelle originalité, un tempérament romantique qui anticipe la peinture de l’école de Barbizon. Le musée de Lille possédait déjà un tableau de cet artiste, de taille et de traitement comparable.



