21/2/04 – Attribution – Raphaël – La Madone aux œillets de Raphaël, qui vient d’être acquise par la National Gallery de Londres (voir brève du 14/2/04), serait une copie due au peintre néoclassique italien Vincenzo Camuccini (1771-1844) selon James Beck, professeur d’histoire de l’art à l’Université de Columbia, spécialiste de la Renaissance Italienne et auteur d’ouvrages sur le peintre d’Urbino.
Les tableaux importants nouvellement réapparus font fréquemment l’objet de contestations par certains érudits, mais la discussion porte généralement sur le fait de savoir si l’œuvre est authentique, mal attribuée ou n’est qu’une copie contemporaine. Dans le cas qui nous occupe, le professeur Beck affirme que le tableau serait un faux sciemment exécuté par Camuccini, trois siècles après Raphaël, afin de tromper les experts. Ses principaux arguments, qu’il a eu l’occasion de développer plusieurs fois et qu’il publiera dans un article à venir, sont les suivants :
- le tableau, propriété jusqu’il à y a peu du duc de Northumberland, provient directement de Vincenzo Camuccini, qui est connu pour avoir beaucoup copié les maîtres de la Renaissance1, - le dessin sous-jacent à la Madone serait typique des dessins connus de Camuccini et n’aurait rien à voir avec la technique de Raphaël (on y voit en particulier des hachures dans la tête de l’enfant), - la qualité ne serait pas celle d’un Raphaël : « le dessin des figures, spécialement les mains et les pieds, sont assez faible, le modelé insuffisant et [la lumière] confuse et peu convaincante »2.
Nous nous garderons bien entendu de prendre parti dans cette affaire. Notons toutefois que James Beck avait d’abord pensé que le tableau était dû à un artiste flamand, actif dans l’atelier de Raphaël, en raison selon lui de la précision du dessin, du traitement semblable à une miniature et d’une certaine froideur dans le traitement du sujet. L’option Camuccini est récente. Il serait tout de même étonnant que la National Gallery et le Getty Museum, qui se sont disputé l’achat de ce Raphaël, n’aient pas procédé aux examens scientifiques qui devraient permettre de dater le tableau avec suffisamment de précision pour écarter l’hypothèse d’un faux XIXe. C’est pourtant ce qu’affirme James Beck. Celui-ci est d’ailleurs assez seul dans sa croisade, la plupart des autres spécialistes de Raphaël ne mettant pas en doute l’attribution. L’affaire est cependant à suivre.
Lien vers Artwatch international, le site de l’organisation présidée par James Beck, luttant notamment contre les restaurations abusives. L’affaire du Raphaël y est largement abordée.
