
1. Charles de la Fosse (1636-1716)
L’Assomption de la Vierge
Caen, musée des Beaux-Arts
Photo : D. R.
Avant de dire tout le bien que nous pensons de cette exposition – que nous n’avions pas pu voir dans sa version strasbourgeoise – notons tout de même les quelques réserves qu’elle nous inspire. Les organisateurs se sont cantonnés aux collections publiques françaises. Choix légitime car celles-ci sont suffisamment riches pour présenter un panorama complet de l’esquisse française au XVIIIe siècle, et parce qu’il est fondamental de faire connaître le patrimoine de nos musées. La contrepartie est que peu de découvertes sont à attendre. L’essentiel des œuvres présentées est en effet connu : seul un tableau est totalement inédit (la Mise au tombeau de Carle Van Loo, cat. 53). Ceci est dommage, d’autant que Dominique Jacquot prend soin de souligner, dans un de ses deux essais, que nos collections publiques « abritent encore bien des découvertes, bien des anonymes à attribuer et bien des œuvres à rebaptiser ». Regrettons que peu nombreuses soient ces découvertes ici présentées. Pour nuancer ce constat, notons que plusieurs acquisitions récentes sont montrées1 même si aucune n’est inédite, et que quatre esquisses sont nouvellement attribuées2. Enfin, il aurait été judicieux (au prix il est vrai d’un travail considérable) de joindre en annexe, comme cela a été fait pour des expositions passées consacrées aux richesses des collections françaises3, un répertoire, même succinct, des esquisses qu’elles conservent.

2. Jean-Honoré Fragonard (1732-1806)
Le combat de Minerve contre Mars
Quimper, musée des Beaux-Arts
Photo : D. R.

3. Jean-Simon Berthélémy (1743-1811)
Thomyris fait tremper la tête
de Cyrus dans un vase de sang
Nîmes, musée des Beaux-Arts
Photo : D. R.
Ces remarques, qui se veulent constructives, n’enlèvent rien au plaisir que procure l’exposition, et à l’intérêt du catalogue qui l’accompagne. Le choix est en effet remarquable et l’accrochage est simple mais de bon goût. On est accueilli par une œuvre qui n’est pas à proprement parler une esquisse (hors catalogue mais reproduite p. 68) : le fameux Taureau blanc à l’étable de Fragonard (Louvre). L’une des thèses de l’exposition (Fragonard fut l’un des premiers à peindre des tableaux achevés à la manière d’esquisse) est ainsi affirmée. Le taureau de Fragonard tranche aussi sur le reste des œuvres car celles-ci sont presque exclusivement préparatoires à la grande peinture historique, religieuse et mythologique. De Charles de la Fosse (ill. 1), judicieusement inclus dans le parcours, à David, aucun peintre d’histoire important n’est omis. Si les plus connus, Boucher et Fragonard (ill. 2) en tête, font preuve d’un brio incomparable, c’est parmi les peintres plus confidentiels que l’on trouve certaines des plus brillantes esquisses. Le premier est Jean-Simon Berthélémy, qui fit l’objet de deux études parues en 19794. Des six œuvres présentées, on retiendra particulièrement L’Assomption de la Vierge (cat. 60, Laon, musée des Beaux-Arts) et le Thomyris (cat. 66 A, ill. 3), d’une virtuosité et d’une légèreté de touche exceptionnelle. Quant au second, François-André Vincent, il éblouit par la versatilité de son style, tantôt franchement baroque (Orythie enlevée par Borée, cat. 92, ill. 4), souvent pleinement néo-classique (Le retour du fils prodigue, cat. 102, Caen, musée des Beaux-Arts), parfois pré-romantique, comme dans son Henri IV rencontrant Sully blessé (cat. 93, Pau, musée National du Château), autrefois attribué à Alexandre-Evariste Fragonard. Toujours, en tout cas, il montre un sens aigu de la couleur, avec des blancs subtils et veloutés. Sa palette peut aller jusqu’à évoquer la peinture vénitienne contemporaine (Allégorie en l’honneur de l’avocat et publiciste Linguet, cat. 88, Le Mans, musée de Tessé). Espérons que l’ouvrage tant attendu sur l’artiste, que prépare Jean-Pierre Cuzin, verra prochainement le jour.

4. François-André Vincent (1746-1816)
Orithye enlevée par Borée
Tours, musée des Beaux-Arts
Photo : D. R.
La salle des Etats-Généraux, fermée au public depuis plus de vingt ans, sert d’écrin à la présentation. Cette ancienne chapelle n’a en réalité jamais servi, car la Révolution arriva avant son achèvement. Avec sa colonnade, elle évoque les architectures utopistes de la fin du XVIIIe siècle. Elle sera dévolue prochainement aux grands formats du musée.
Catalogue par Dominique Jacquot, Sophie Join-Lambert, Pierre Rosenberg, Christian Michel, Marianne Roland Michel, Guillaume Faroult, Christophe Leribault, Véronique Moreau, Catherine Pimbert, Florian Siffer, Marie-Paule Vial. Co-édité par Hazan avec les musées de Strasbourg et de Tours. 25 €, édition brochée (ISBN 2-901833-65-9). 49 €, édition reliée (ISBN 2 85025 875 X).


