
1. Jean-Honoré Fragonard (1732-1806)
et Marguerite Gérard (1761-1837)
Le chat angora
Huile sur toile - 65 x 53,5 cm
Londres et Munich,
galerie Konrad O. Bernheimer
Photo : Courtesy Galerie
Konrad O. Bernheimer
Son nom toujours attaché à celui de son maître Fragonard - et la présente exposition ne fait pas exception à la règle - Marguerite Gérard a longtemps eu des difficultés à exister par elle-même aux yeux de la postérité. Depuis quelques années, grâce à Pierre Rosenberg, Jean-Pierre Cuzin et maintenant à Carole Blumenfeld, commissaire de cette exposition avec José de Los Llanos, son œuvre commence à être mieux connu et même parfois à empiéter sur celui de son beau-frère (ou l’inverse). Plusieurs tableaux sont aujourd’hui attribués à la collaboration des deux artistes.
L’exposition du Musée Cognacq-Jay commence par l’un de ces tableaux apparemment exécutés à deux mains, Le chat angora (ill. 1), typique de ces scènes de genre au faire lisse, fortement inspirées par la Hollande du Siècle d’Or. L’invention et quelques morceaux en reviendrait à Fragonard (notamment le chat, le visage de la jeune fille et la figure de la vieille femme à l’arrière-plan) tandis que Marguerite Gérard aurait peint le reste de la composition.
La présence de cette toile et de quelques portraits dessinés de Fragonard et de Marguerite n’a pour objectif que de replacer rapidement cette dernière dans son contexte familial et artistique. Car l’exposition - qui n’est pas une rétrospective, les espaces du musée ne le permettant pas - ne traite pas des relations entre le maître et son élève. Elle révèle un ensemble de petits portraits exécutés par Marguerite Gérard aux environs de 1789, dont beaucoup sont conservés en collection privée.

2. Marguerite Gérard (1761-1837)
Portrait du docteur François Thiery
Huile sur bois - 21,6 x 15,9 cm
Los Angeles, collection
Lynda et Stewart Resnick
Photo : D. R.

3. Marguerite Gérard (1761-1837)
Portrait de Marie Ledoux et de ses filles
Huile sur bois - 22 x 16 cm
Collection particulière
Photo : Pablo Gonzalez
Bien qu’il ne s’agisse pas d’une véritable série conçue comme un ensemble, chacune de ces effigies présente des caractéristiques très proches. Leur dimension est d’environ 21 x 16 cm, le modèle pose généralement assis, quelques attributs liés à sa fonction ou à son statut social donnent des indices permettant de l’identifier, un ou deux meubles calent la composition, souvent un guéridon (ill. 2) qui constitue presque une signature de l’artiste.
Les personnages représentés sont souvent des proches de Marguerite Gérard qui leur offrit probablement leur effigie. Le succès que put avoir ce type de portrait amena certains « mécènes » à lui commander le leur. Les modèles sont donc soit des artistes (Hubert Robert, Charles de Wailly...), des musiciens (Grétry), des gentilshommes (le Marquis de Mirabeau) ou des bourgeois (le docteur Thiery - ill. 2). Quelques-uns sont des portraits de groupe comme celui de la famille de Claude-Nicolas Ledoux (ill. 3) ou celui d’un autre architecte, non identifié, de sa femme et de ses deux enfants (cat. 17 ; Baltimore Museum of Art). C’est une partie de la société pré-révolutionnaire qui défile ainsi devant les yeux du visiteur.
Les petits tableaux de Marguerite Gérard, par leur taille comme par leur facture, peuvent être qualifiés de portraits de genre, par opposition à ceux réalisés par des peintres d’histoire. On les rapproche forcément, et l’exposition le fait également, des innombrables petites peintures de Louis-Léopold Boilly, mais aussi des aquarelles de Carmontelle. D’autres exemples d’œuvres comparables sont exposés. Le Portrait dit du chanteur Elleviou et de sa famille (cat. 45 ; collection privée), longtemps donné à Marguerite Gérard, a été rendu par Olivier Meslay à Henri-Pierre Danloux. La confrontation montre en effet que cette petite huile sur toile ne peut revenir à l’élève de Fragonard. Le style de cette dernière - au moins dans les années 1780 - apparaît en effet mieux grâce au rassemblement de ces tableaux. Son faire lisse et minutieux n’est pas exempt d’une certaine raideur, fort différent tout compte fait de celui de Fragonard.

4. Marguerite Gérard (1761-1837)
Portrait présumé de Jean-Jacques Lagrenée
Huile sur zinc - 18,4 x 13,5 cm
Paris, Musée Cognacq-Jay
Photo : Musée Cognacq-Jay
L’exposition est l’occasion pour le musée de montrer pour la première fois un tableau de cette série, exceptionnellement peint sur zinc, acquis aux enchères à l’Hôtel Drouot le 3 décembre 2008P1. Présenté comme Portrait d’homme dans un manteau croisé, le modèle n’en était donc pas identifié. José de Los Llanos propose, par comparaison avec une œuvre d’Alexandre-Evariste Fragonard d’après François Dumont représentant Jean-Jacques Lagrenée, d’y reconnaître la figure de ce peintre.
Signalons pour terminer l’excellent petit catalogue publié pour l’occasion, qui retrace de manière très complète l’histoire de cette série de portraits, leur place dans l’art du XVIIIe siècle et leur intérêt historique. Un seul regret : le procédé du physionotrace, inventé en 1784, et qui permettait de manière mécanique de réaliser de petits portraits (la BnF en conserve un fonds important), aurait mérité d’être expliqué plus précisément.
Carole Blumenfeld et José de Los Llanos, introduction de Pierre Rosenberg, Marguerite Gérard. Artiste en 1789, dans l’atelier de Fragonard, Edition Paris-Musées, 176 p., 34 €. ISBN : 9782758601097.
Informations pratiques : Musée Cognacq-Jay, 8, rue Elzévir, 75003 Paris. Tél : + 33 (0)1 40 27 07 21. Ouvert tous les jours sauf le lundi de 10 h à 18 h. Plein tarif : 5 €, Tarif réduit : 3,5 et 2,5 €.
Pour compléter cet article, signalons la parution des actes d’un colloque consacré à La peinture de genre autour de 1800, soit à l’époque de Marguerite Gérard. Organisé en 2007 par le Musée Fesch et la Ville d’Ajaccio avec le soutien de la Collectivité Territoriale de Corse, du Cardinal Fesch, édité par Gourcuff-Gradenigo, cet ouvrage contient des contributions de Maria Teresa Caracciolo, Marylène Dinelli-Graziani, Carole Blumenfeld, Udolpho van de Sandt, Olivier Bonfait, Camille Faggianelli, Christina Egli, Suan L. Siegfried, Mehdi Korchane, Guilhem Scherf, Ue Fleckner, Philippe Bordes et une préface de Pierre Rosenberg.
Collectif, sous la direction de Philippe Costamagna et Olivier Bonfait, La peinture de genre au temps du cardinal Fesch, Gourcuff-Gradenidoff, 2008, 208 p., . ISBN : 9782353400621.

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