Le maire du XIe arrondissement veut détruire une maison du XVIIe siècle


1. La Maison Basfroi en 2006
22, rue Basfroi
Paris, XIe arrondissement
Photo : D.R.

20/9/09 – Patrimoine – Paris, Maison Basfroi – Lundi 21 septembre, au lendemain des journées du Patrimoine, le maire du XIe arrondissement Patrick Bloche souhaite faire voter par son Conseil municipal un vœu demandant qu’un immeuble datant de Henri IV perde la protection municipale dont elle bénéficie1 L’objectif est, bien sûr, de pouvoir la démolir.

La maison est située 22, rue Basfroi, ce qui lui vaut son nom de « Maison Basfroi » (ill. 1). Figurant sur le plan de Turgot de 1739, elle constitue pour la Commission du Vieux Paris un « témoignage exceptionnel de l’architecture domestique du faubourg Saint-Antoine ». En 1976, la parcelle sur laquelle elle est située conservait encore son aspect ancien, avant que les maisons qui l’entourent ne soient impitoyablement abattues. Si sa façade peut paraître ordinaire, la Maison Basfroi possède notamment un bel escalier en bois du XVIIe siècle (ill. 2), un puits en cave et des menuiseries d’origine. Elle avait défrayé la chronique en 2006 quand l’Opac cherchait déjà à s’en débarrasser sous prétexte qu’elle empêchait la construction de 55 logements sociaux. Plusieurs articles, notamment dans Le Canard Enchaîné, l’action des associations et de plusieurs élus, l’avis de la Commission du Vieux Paris enfin, avaient amené le Maire de Paris, Bertrand Delanoë, à se prononcer en faveur de la sauvegarde de ce patrimoine historique. La Maison Basfroi avait été protégée par son inscription au PLU en 2007.


2. Escalier XVIIe siècle de la
Maison Basfroi
22, rue Basfroi
Paris, XIe arrondissement
Photo : M. Lelièvre / DHAAP



3. La Maison Basfroi en 1998
22, rue Basfroi
Paris, XIe arrondissement
Photo : D.R.

Depuis, la Ville de Paris n’a absolument rien fait pour la sauver, bien au contraire. Le 25 octobre 2006, Hervé Liffran notait dans Le Canard Enchaîné que la rapidité des dégradations était étonnante : « Comme l’attestent des photos prises par des historiens, le bâtiment paraissait en assez bon état en 1998 [ill. 3], alors que l’Opac en était déjà copropriétaire. Le toit, en particulier, semblait dans un état quasi neuf. Aujourd’hui [en 2006 donc], il est en partie arraché les combles prennent l’eau et menacent du même coup la stabilité du bâtiment. Bien entendu, la toiture ne s’est pas percée toute seule, même si les patrons de l’Opac déclinent toute responsabilité pour cette dégradation qui arrange leurs affaires... »

Comme souvent, un chantage affectif (la construction de logements sociaux) est prétexte à la démolition du patrimoine, sans même qu’une solution de compromis soit réellement recherchée. Pourtant, lors de la protection de cette maison par le PLU, il était écrit noir sur blanc par la Ville de Paris que : « Une récente étude de l’Atelier Parisien d’Urbanisme a [...] permis d’établir que le programme initialement prévu (une cinquantaine de logements sociaux) serait peu affecté par cette option : environ 45 logements sociaux pourront être construits ».
Jean-Christophe Mikhaïloff, adjoint au maire du XIe, proposera demain, au nom du groupe PRG, un contre-vœu pour demander à la Mairie de Paris de prendre ses responsabilités et de restaurer au plus vite le bâtiment tout en revoyant l’aménagement de la parcelle.

Le ministère de la Culture ne s’est pas prononcé sur ce dossier. Même s’il s’agit d’un immeuble non protégé, la démolition de cette maison serait une perte évidente pour le patrimoine parisien. Une ville n’est pas faite que de monuments prestigieux. L’exemplarité de l’édifice pourrait sans nul doute justifier son Inscription sur l’Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques.

Lien vers le site du Comité de sauvegarde du 22, rue Basfroi.


Didier Rykner, dimanche 20 septembre 2009


Notes

1. Grâce au Plan Local d’Urbanisme (PLU) de la Ville de Paris.


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