Cher Monsieur,
Faisant suite à votre article paru sur votre site, il m’est apparu utile d’apporter certaines précisions qui ne manqueront pas d’intéresser les internautes.
Chacun s’accorde à reconnaître que la création de l’Etablissement public a été essentielle. Jusque là, en effet, Château et Domaine étaient gérés par des tutelles administratives différentes, selon des logiques différentes. Il n’y avait ni projets, ni politique d’ensemble pour Versailles, ni véritable engagement de l’Etat. Cette situation explique, notamment, la quasi absence de maintenance, d’où l’obsolescence de tous les réseaux techniques et électriques du Château, et l’état des jardins avant la tempête, les arbres n’ayant pas été coupés et replantés au moment où ils auraient dû l’être. Grâce au nouveau statut, conservateurs du musée et architectes travaillent ensemble et portent ensemble des projets de grande ampleur. Les décisions sont donc collégiales.
S’agissant des statues des jardins, un mécénat de proximité, porté, une première, par des PME de la région, des artisans, de simples particuliers, a eu un grand succès et a d’ores et déjà permis de restaurer près de 50 d’entre elles nécessitant des soins avec urgence, et de récolter, pour ce faire, près de 500 000 €. C’est le plus vaste chantier de restauration des statues des jardins jamais entrepris à Versailles, à la hauteur de cet extraordinaire ensemble si célèbre.
Les groupes sculptés des Bains d’Apollon, chef-d’œuvre de Girardon, Regnaudin, Guérin et Marsy, ont en effet beaucoup souffert au cours des années. Nous attendions pour les restaurer, les mettre à l’abri et en réaliser des moulages, non seulement un mécénat, désormais acquis grâce à la Versailles Foundation, mais aussi la décision de la Commission supérieure des Monuments Historiques, qui s’est prononcée dans ce sens le lundi 2 avril dernier, c’est-à-dire très récemment, après bien des discussions préliminaires. La question de savoir s’il faut généraliser cette démarche divise les experts depuis fort longtemps. Il y a en effet une sensibilisation générale des amateurs, des spécialistes, par rapport à l’état de cet unique musée en plein air de sculptures que sont les jardins de Versailles. Notre position est pragmatique. Les statues des jardins ont vocation à y rester une fois restaurées, exceptées celles d’entre elles qui seraient particulièrement exposées ou menacées, ou les plus grands chefs-d’oeuvre. Il revient naturellement aux scientifiques de se prononcer. L’acte de vandalisme, tout à fait isolé, qui s’est produit sur la statue d’Antinoüs n’aurait paradoxalement pas eu lieu si nous n’avions pas mis sous housse cette statue, comme toutes les autres, pour la protéger pendant l’hiver. Il est évidemment difficile de placer un agent devant chacune des 280 statues du Petit Parc…J’ajoute qu’un chantier parallèle va s’ouvrir pour la remise en état des margelles en marbre des nombreux bassins - en mauvais état, nous en avons bien conscience.
S’agissant des jardins, j’ai remarqué que vous ne disiez rien de la replantation générale, immense effort plus que décennal dont on commence à mesurer les résultats.
En ce qui concerne les Grandes Eaux, elles représentent le chiffre de 58 représentations annuelles et nous n’avons aucunement l’intention à l’avenir d’en augmenter le nombre.
Le projet de restitution de la Grille royale est un élément important du projet d’ensemble du Grand Versailles, lui aussi approuvé en son temps (2001) par la Commission supérieure des Monuments Historiques et la Direction de l’Architecture et du Patrimoine du Ministère. Son financement a été décidé par l’Etat en septembre 2003. Cette restitution, mécénée par le groupe Monnoyeur, s’inscrit dans une logique mise en œuvre depuis plus d’un siècle, consistant à revenir au Versailles de la fin de l’Ancien Régime. Elle a du sens, car elle va permettre de redonner du Château une lecture plus exacte. Ce dernier, en effet, « commençait » véritablement à la Grille. C’était à partir d’elle que l’on avait « ses entrées » à la Cour. Cette grille va avoir, en outre, une utilité fonctionnelle en délimitant un espace clos, à partir duquel les visiteurs pourront accéder aux différents circuits, ce qui va simplifier leur accueil qui est un point à améliorer, comme vous le savez. Vous ne voyez actuellement le chantier que dans sa phase la plus ingrate, les fondations : il faut attendre, pour juger, la finition de ce chantier.
Parmi ces circuits, figure désormais la découverte de l’Opéra et de la Chapelle, décision qui a été bien entendu entourée de toutes les précautions nécessaires. Ainsi, dans la Chapelle, le public ne marche pas sur les marbres les plus fragiles (un tapis de protection est à l’étude). Quant à l’Opéra, il n’y a pas de risque particulier à faire traverser le parterre, dépourvu de tout décor, par le public qui découvre ainsi ce lieu si important dans l’histoire de Versailles.
Le bosquet des Trois Fontaines, dessiné par Louis XIV lui-même et par Le Nôtre, a été recréé grâce à la générosité des American Friends of Versailles, mécénat complété, en effet, par l’Etablissement public. Grâce à ce projet, un ensemble végétal et hydraulique d’une rare complexité et d’une grande beauté a remplacé ce qui était une simple friche, indigne de Versailles et si proche du Château, et cela pour le plus grand bonheur des visiteurs. Pierre Lemoine, ancien conservateur en chef du musée récemment disparu, s’en était à l’époque beaucoup réjoui. La splendeur des jeux d’eau animant de nouveau cet espace est je crois un succès remarquable et qui a été célébré comme tel. Ce bosquet a d’ailleurs été restitué car il ne comportait pas de décor sculpté et ne possédait qu’un décor de verdure et d’eau.
En matière de spectacles, il y en a toujours eu à Versailles, depuis Louis XIV. Notre décret statutaire (Art 2. 6) précise qu’il est de nos missions « d’organiser des spectacles notamment musicaux, de théâtre, ou de ballet dans les châteaux, le musée, le domaine » . C’est ainsi que nous accueillons, chaque année, toutes les manifestations organisées avec nous par le Centre de musique baroque de Versailles.
Si nous voulons être fidèle à la vocation du château, il est indispensable que nous présentions aussi des créateurs contemporains en contrepoint. Nous ne le faisons que par très petite touche : ainsi nous avons accueilli en 2006 pendant plus de 3 mois une exposition sur les trésors de la cour de Saxe, si étroitement liée à Versailles, et nous avons organisé sur uniquement 2 soirées une manifestation d’art contemporain dans les bosquets, dont le commissaire de l’exposition était un conservateur du Centre Georges Pompidou. En 2007, nous accueillerons 106 concerts produits par le Centre de musique baroque de Versailles à l’occasion de leur 20 ième anniversaire, et nous aurons un unique concert de 2 groupes versaillais (Air et Phoenix) qui sont internationalement reconnus. Cette offre a recueilli un immense succès puisque la vente des places a été immédiatement épuisée.
L’ouverture du domaine de Marie-Antoinette a été nécessité par la fin de la restauration du jardin anglais du Petit Trianon entreprise après la tempête de 1999 (la plus grande restauration de « jardin à l’anglaise » en France) et qui a coûté plus de quatre ans de travail. Cet ensemble célèbre est devenu très fragile et il a fallu en organiser la visite couplée avec celle des bâtiments, eux aussi fragiles et ouverts à la visite pendant la haute saison, formant un ensemble muséal exceptionnel, sous le vocable de « Domaine de Marie-Antoinette », rappel de ce domaine réservé créé pour la dernière souveraine de Versailles avant la Révolution. Le mécénat Breguet finance la restauration des pièces à l’intérieur du Petit Trianon qui ne sont pas encore accessibles au public, ainsi que la restauration du Pavillon français de Gabriel, alors que l’Etat s’est engagé à améliorer l’accueil de ce domaine précieux ( la Maison du Suisse, ouverte partiellement à Pâques 2007). Cette ouverture a été un succès sans précédent en 2006 : nous présentons en effet à nos visiteurs, avec toutes les garanties de conservation et de protection, des lieux qui n’avaient jamais été ouverts au public et qui témoignent de façon très émouvante de la vie quotidienne à Trianon (le petit théâtre de la Reine, le Pavillon français, la laiterie de propreté…).
De plus, la re-création du parfum de la Reine d’après des documents anciens (cf. « Le Parfumeur de la Reine » d’Elisabeth de Feydeau, Perrin) a permis de recueillir pour l’instant plus de 100 000 € qui sont affectés à l’achat du coffre de campagne de Marie-Antoinette par Riesener, déclaré Trésor national, qui sera exposé au Petit Trianon et présenté à tous nos visiteurs à l’issue des travaux de restauration en 2008.
J’espère que ces précisions permettront aux internautes qui consultent votre site de mieux comprendre notre démarche, respectueuse des lieux et de leur histoire.
Pierre Arrizoli-Clementel Directeur général du château de Versailles
Réponse :
En ce qui concerne les statues, je me réjouis de savoir que la dépose des groupes sculptés des Bains d’Apollon est actée, depuis le 2 avril. C’est un pas en avant important, mais qui me paraît insuffisant car ce sont bien toutes les sculptures du parc qui sont menacées. Le mécénat consistant à les consolider ne pouvant, comme je l’ai écrit, être considéré comme une solution à long terme. Quant au vandalisme, malheureusement, l’Antinoüs n’est pas un exemple isolé, bien au contraire. Outre le groupe d’Apollon, on peut y ajouter un buste de jeune femme romaine dans le bosquet de la Reine, qui est tombé et s’est cassé il y a deux ans lorsque deux gamins sont montés sur son socle. Le buste n’est pas encore remis en place (ill. 1 et 2).

1. Buste de jeune romaine d’après l’Antique
avant l’acte de vandalisme
Versailles, Bosquet de la Reine
Photo : Claude Rozier

2. Le socle vide qui supportait autrefois le
buste de jeune romaine
Versailles, Bosquet de la Reine
Photo : Claude Rozier
Au bassin du Plat-Fond, à Trianon, une aile d’un Dragon marin a été arrachée et elle n’a toujours pas été ressoudée (ill. 3 et 4).
Il y a aussi un vandalisme quotidien, dû au manque absolu de surveillance : les visiteurs s’appuient sur les sculptures ou grimpent dessus pour se faire prendre en photos ce qui les abîme et les fragilise ; les tags sont fréquents, comme au bassin du Miroir, où un socle a été tagué, puis restauré, et tagué à nouveau.
En ce qui concerne les jardins, je suis – je vous l’avoue – incompétent sur le sujet des plantations. En revanche, je publierai sans doute bientôt un article d’une personne beaucoup plus au fait que moi, et qui montrera de manière détaillée et argumentée que celles-ci sont loin d’être satisfaisantes.
Pour les Grandes Eaux, dont acte pour le chiffre de 58 représentations annuelles, qui est – et de loin – très supérieur à celui qui existait il y a quelques années. Je maintiens que cela contribue à fragiliser les sculptures.
En ce qui concerne la grille, je n’ai rien à rajouter ni à retirer à ce que j’ai écrit, sinon que Mme Albanel elle-même a estimé dans Le Point [1] qu’elle était « très prégnante ».
J’aurais souhaité, pour la chapelle, que le tapis de protection soit étudié et installé avant l’ouverture de celle-ci.
Sur le bosquet des Trois Fontaines, je n’ai là encore rien à ajouter, si ce n’est que Mme Albanel, toujours selon Le Point, a indiqué que cette opération « ne recevrait plus aujourd’hui son feu vert ».
Je note, en ce qui concerne les spectacles, que le principal grief, c’est-à-dire l’installation des gradins autour du bassin de Neptune, indéfendable et que d’ailleurs personne n’ose défendre, si ce n’est M. Tardieu, n’est pas évoqué par M. Arizzoli-Clémentel. Je ne remets pas (et je pense que personne ne remet) en cause les concerts baroques qui ont lieu dans l’Opéra. En revanche, celui-ci n’a pas évidemment pas été conçu pour recevoir des concerts de rock sonorisés.

5. Etat d’un parquet du Petit-Trianon
après la conférence de presse du
ministre de la Culture (26 juin 2006)
Photo : Didier Rykner
Pour terminer, je n’ai rien à retrancher à ce que j’ai écrit sur Trianon, que j’aurais pu encore davantage étayer. Comme, par exemple, par cette photo (ill. 5) , qui montre le plancher du Petit Trianon après le passage des invités lors de la conférence de presse du Ministre le 26 juin 2006. Un parquet rayé, sali, qui montre bien que la surfréquentation et l’absence de mesures de protection usent de manière importante et rapide le domaine de Versailles.
P.S. Un nouvel acte de vandalisme a eu lieu en mai 2007 (voir brève du 25/5/07)


